Après que les Maple Leafs de Toronto eurent été éliminés, samedi soir, leur entraîneur-chef, Sheldon Keefe, avait souligné que le Lightning de Tampa Bay avait développé une recette pour gagner. Et que de toute évidence, il l’appliquait bien.

Mis à jour le 17 mai
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Les Panthers de la Floride viennent de constater la même chose. Si bien qu’en dépit d’un départ canon en première période, les félins se retrouvent en retard 1-0 dans cette série de deuxième tour disputée dans l’État du soleil qui brille.

Cette victoire de 4-1 du Lightning n’avait rien de bien sorcier, quand on y pense. Des unités spéciales qui fonctionnent – trois buts marqués en avantage numérique et aucun accordé en désavantage numérique. Le gardien Andrei Vasilevskiy qui a pleinement trouvé son groove – 34 arrêts sur 35 tirs, sa meilleure performance des séries éliminatoires jusqu’ici. Des joueurs dits « de profondeur » qui se signalent – l’unique but à forces égales est venu du quatrième trio. Et des vedettes qui, en l’absence de Braydon Point, se lèvent.

PHOTO SAM NAVARRO, USA TODAY SPORTS

Andrei Vasilevskiy (88), Claude Giroux (28) et Nick Paul (20)

En fait, on utilise le pluriel ici, mais le singulier serait sans doute plus approprié. On pourrait même mettre un nom sur notre idée.

Avec huit points en six matchs, Nikita Kucherov a évidemment contribué à l’effort qui a permis de vaincre les Maple Leafs au premier tour. Or, ç’a un peu passé sous le radar vu la force symbolique de la défaite torontoise, mais il avait été le pire joueur de son camp lors du septième match. Des passes brouillonnes, de mauvaises décisions, des rondelles perdues.

Mardi, le Russe a été carrément dominant. En fin de deuxième période, il a d’abord forcé Mackenzie Weegar à l’accrocher puis, pendant l’avantage numérique qui a suivi, il s’est assuré de hanter les cauchemars d’Aaron Ekblad pendant des années en l’humiliant à un contre un. Une fois débarrassé du défenseur, il a servi une passe parfaite à Corey Perry, qui a créé l’égalité 1-1.

Kucherov a remis ça en troisième période, encore avec l’avantage d’un homme, en marquant d’un tir de toute beauté, qu’il a eu environ 12 heures pour décocher.

C’est aussi le pauvre Keefe qui, le cœur pétri par l’émotion de la défaite, a pointé l’ingrédient secret de la recette des représentants de la baie de Tampa – une ville sans gentilé, si jamais ça intéresse quelqu’un.

Malgré tous ses canons offensifs, c’est le jeu défensif du Lightning qui constitue peut-être son arme la plus redoutable. En cumulant les séries de 2020 et de 2021, les hommes de Jon Cooper ont fait partie des meilleures équipes dans presque toutes les catégories défensives. En accordant des tirs et des chances de marquer au compte-gouttes, et avec l’un des meilleurs gardiens du monde devant le filet, les chances de réussite sont bonnes.

Le modèle semblait avoir fléchi pendant la série face aux Leafs. Mais on constate que la machine fonctionne aujourd’hui à fond de train. Une illustration facile : les Panthers n’ont cadré aucun tir pendant les 87 dernières secondes de jeu, et ce, alors qu’ils évoluaient à 6 contre 5. On croyait revoir la fin du match de samedi à Toronto.

Timides Panthers

Bon, on peut toujours s’épancher pendant toute une vie sur les succès du Lightning. Mais il y a aussi les Panthers qui, en perdant ce match, méritent qu’on s’attarde à leur cas.

Vasilevskiy a certes dû se signaler à quelques reprises en deuxième et en troisième période, mais certainement pas autant que ce à quoi on se serait attendu, sachant qu’il affrontait l’attaque qui vient de marquer le plus de buts en un quart de siècle dans la LNH.

C’était ordinaire à forces égales, mais on n’en parlerait pas trop si l’avantage numérique, un autre département où ça se passait assez bien merci pendant la saison, avait contribué. Grosso modo, en 2021-2022, les Panthers marquaient un but par quatre occasions (24,4 %).

En incluant leur série précédente contre les Capitals de Washington, les voilà à… 0 %. Aucun but en 21 occasions au total. C’est un gros problème. De la même manière qu’on ne peut évoquer à l’infini les Blues de St. Louis de 2019 pour espérer une remontée spectaculaire au classement en saison, il n’est pas très constructif de rappeler que les Bruins de Boston ont gagné la Coupe Stanley en 2011 avec un avantage numérique pitoyable de 11,4 %. Au fait, ces Bruins-là auraient déjà marqué deux buts avec les chances qu’ont eues les Panthers de 2022.

N’importe quel compte rendu d’un premier match se termine par un rappel que la série est jeune et que tout peut arriver. Ce n’est pas faux. Encore faut-il que les Panthers se rajustent rapidement. C’est en effet une chose de terminer au premier rang du classement général, c’en est une autre d’adapter sa cadence au rythme des séries.

Surtout quand ceux qui l’imposent connaissent par cœur la recette du succès.