Les Maple Leafs dresseront un autre bilan dans une ambiance de morosité, mardi matin.

Publié le 16 mai
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Pour les fans torontois les plus excessifs, un grand ménage est nécessaire, les têtes dirigeantes doivent partir, et on doit faire exploser le noyau de joueurs.

On peut comprendre la colère des partisans des Leafs. Depuis le début de la reconstruction de l’équipe, entamée avec l’arrivée du président des Leafs, en avril 2014, Toronto n’a toujours pas franchi la première ronde.

La fin de la reconstruction torontoise a une date : le 1er juillet 2018. Ce jour-là, les Maple Leafs ont offert 77 millions sur sept ans au centre des Islanders de New York, John Tavares, dès l’ouverture du marché des joueurs autonomes.

Après deux participations en séries et des défaites en première ronde contre Washington en 2017 (en six matchs) et Boston (en sept matchs), on sentait alors cette jeune équipe prête à passer à la prochaine étape.

Or, le noyau de ce club était encore tout jeune. Mitch Marner 21 ans, Auston Matthews 20 ans, William Nylander 22 ans et le défenseur Morgan Rielly 24 ans.

L’arrivée de Tavares et son monstrueux contrat de 77 millions pour sept ans a eu des répercussions douloureuses pour l’organisation, ressentie encore à ce jour.

Le salaire de Tavares, à qui on a cousu le « C » de capitaine sur l’uniforme un an après son arrivée, a fait des envieux. Nylander, en grève, n’a pas disputé les premiers mois de la saison 2018-2019. Il a fallu lui donner presque 7 millions par année. Les agents de Matthews et Marner, attendaient Kyle Dubas avec un sourire en coin. Avec Tavares à 11 millions annuellement, Matthews a obtenu 11,6 millions par année et Marner 10,9 millions par saison.

En moins d’un an, les Leafs se compromettaient donc avec 40 millions de salaire envers quatre attaquants, soit presque la moitié de la masse salariale de l’équipe.

L’arrivée de Tavares a évidemment gonflé les attentes à Toronto. Il fallait des résultats rapides. En janvier 2019, Dubas, a échangé son choix de première ronde en 2019, l’espoir Sean Durzi et Carl Grundstrom pour obtenir le défenseur Jake Muzzin.

Depuis, les Leafs ont perdu en sept matchs contre les Bruins en première ronde (2019), en ronde préliminaire « COVID » contre les Blue Jackets (2020), en sept matchs contre le Canadien en première ronde (2021), et cette année en sept matchs contre le Lightning.

Durzi, 23 ans, un choix de deuxième ronde des Leafs en 2018, est devenu un pilier en défense cette saison à Los Angeles. Il a amassé 27 points en 64 matchs en saison régulière (35 points sur une saison complète) et a été le défenseur le plus utilisé en séries.

Grundstrom, 24 ans, a été le meilleur buteur des Kings en séries sur un pied d’égalité avec son joueur de centre du deuxième trio Phillip Danault. Ils ont marqué trois buts chacun.

Les Kings ont repêché le défenseur Tobias Bjornfot au 22rang avec le choix de première ronde. Le jeune homme, 21 ans en avril, a disputé la saison à Los Angeles, mais subi une blessure en fin de saison et n’a pas retrouvé la forme à temps pour qu’il ne déloge l’un des six défenseurs réguliers.

Malgré l’arrivée de Muzzin, Toronto a perdu en première ronde contre les puissants Bruins dans une série où Tavares a déçu avec deux buts et cinq points en sept matchs après 47 buts en saison régulière.

Le gonflement de la masse salariale des Maple Leafs a continué de hanter l’équipe au cours des saisons suivantes. Le 22 juin 2019, on a été forcé de sacrifier un choix de première ronde en 2020 (13e au total) pour se débarrasser du contrat de Patrick Marleau. Les Hurricanes en ont profité pour repêcher un certain Seth Jarvis qui, à 20 ans seulement (depuis février), est déjà membre du premier trio de l’équipe à la droite de Sebastian Aho et d’Andrei Svechnikov. Jarvis a amassé 40 points en seulement 68 matchs à sa première saison, cet hiver, et il a déjà trois buts et cinq points en sept matchs de séries.

L’arrivée de Tavares a aussi eu un impact sur le départ de Nazim Kadri. On ne pouvait plus se permettre de payer un troisième centre 4,5 millions annuellement et on avait besoin de renfort en défense. On l’a donc envoyé au Colorado pour un défenseur à 5,5 millions, Tyson Barrie, et on a récupéré un troisième centre à moins de 1 million, Alexander Kerfoot.

Barrie est demeuré seulement un an à Toronto avant de signer un contrat à titre de joueur autonome à Edmonton. Kerfoot, qu’on paye désormais 3,5 millions, a répondu aux attentes cet hiver avec 51 points, mais on l’a muté à l’aile. Kadri vient d’obtenir sa meilleure saison en carrière au Colorado, à 31 ans, à la veille de son autonomie, avec 87 points en seulement 71 matchs. Tavares en a obtenu onze de moins en disputant huit matchs de plus…

Le plafond, toujours ce même plafond gonflé à l’hélium, a forcé Toronto à se séparer du gardien Frederik Andersen pour deux gardiens pour le même prix, Petr Mrazek et Jack Campbell. Mrazek, affreux cette saison, a encore deux années de contrat à un salaire annuel de 3,8 millions.

On a aussi sacrifié l’an dernier un choix de première ronde, 24e au total en 2021, pour un joueur de location inefficace, Nick Foligno, et cette année des choix de deuxième ronde en 2022, deuxième ronde en 2023 et troisième ronde en 2024 pour Mark Giordano, qui ne fera que passer lui aussi.

En 20 matchs de séries éliminatoires depuis son arrivée à Toronto, Tavares a amassé 14 points. C’est trop peu pour un joueur payé 11 millions par année, et c’est surtout catastrophique pour tout ce que son arrivée a engendré.

En bref, on a beau repêcher Matthews et Marner très tôt, il faut aussi plus de patience, et des décisions plus avisées. Voyons ce que la direction aura à dire pour sa défense mardi.

Que décidera Patrice Bergeron ?

PHOTO JAMES GUILLORY, USA TODAY SPORTS

Patrice Bergeron

Comme Shea Weber un an plus tôt, Patrice Bergeron a servi une longue accolade à chacun de ses coéquipiers après l’élimination des Bruins aux mains des Hurricanes ce week-end. Bergeron, joueur autonome sans compensation cet été, n’a pas voulu annoncer sa décision. Voudra-t-il retourner à Boston pour un an ou deux ? Se joindre à un club gagnant ? Terminer sa carrière dans sa province natale en participant à la reconstruction du Canadien ? Annoncer sa retraite ? Une chose est sûre, son départ laisserait un vide immense à Boston.

Erik Haula, 31 ans, a pris la relève de David Krejci au sein du deuxième trio des Bruins cet hiver, mais il constitue davantage un troisième centre. Charlie Coyle est à sa place dans le troisième trio. Il n’y a pas beaucoup de relève au centre non plus. Le choix de première ronde en 2019, n’a pas un profil très offensif. Il a 21 ans et amassé seulement 15 points en 34 matchs avec les puissants Wolverines de Michigan. Jack Strudnicka ne semble pas la solution non plus. Mais les Bruins nous ont habitués aux coups d’éclat. Il en faudrait un gros pour remplacer cette légende.

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