(New York) Martin St-Louis était en verve, mercredi matin, pour son retour au Madison Square Garden, là où il a effectué un passage court, mais remarqué.

Mis à jour le 28 avril
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Ses métaphores étaient particulièrement à point. « Est-il toujours bon comme ça ? », s’est-on fait demander dans la salle de presse après la conférence.

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Le pire, c’est que la collègue en question n’a pas pu comprendre sa meilleure ligne du matin. « Des fois, les victoires sont des pansements, mais au fond, t’as peut-être besoin d’une opération. »

St-Louis tentait d’expliquer que les défaites à répétition ont eu comme avantage d’exposer au grand jour les trop nombreuses lacunes de l’organisation. Après tout, la saison 2021-2022 du CH, c’est :

  • le 32e et dernier rang assuré, puisque les Coyotes sont maintenant hors d’atteinte en 31e place en vertu de leur victoire de mercredi ;
  • avec maintenant 315 buts accordés, le Canadien a livré la pire performance défensive collective depuis le lock-out de 2004-2005, battant même les Penguins de 2005-2006, l’équipe qui avait provoqué une diarrhée verbale de Michel Therrien ;
  • seulement deux joueurs ont atteint le plateau des 20 buts. Josh Anderson (19) aura une dernière chance vendredi.

« Mais c’est le fun d’en gagner une de temps en temps pour le moral », avait ajouté St-Louis. Parce que oui, parfois, un sparadrap, ça ne fait pas de tort.

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Jeff Petry

Mercredi, le Tricolore en a eu un. Un but de Jeff Petry marqué avec 30 secondes à écouler en troisième période a permis au CH d’arracher une victoire de 4-3 aux Rangers.

Pas une victoire parfaite, loin de là. St-Louis lui-même a reconnu que « ce n’était pas un bon match de notre part ». Si Alexandar Georgiev, le gardien numéro 2 des Rangers, n’avait pas accordé deux buts qui ont passé à travers son corps, si Gerard Gallant n’avait pas donné congé à ses cinq meilleurs compteurs, le résultat aurait sans doute été différent.

Le paradoxe d’un entraîneur

L’autre bonne métaphore du matin, c’était celle du lanceur au baseball. St-Louis parlait des joueurs qui diversifient leur jeu, en référence directe à Chris Kreider, son ancien coéquipier qui est devenu un marqueur de 50 buts cette saison. Il disait que Kreider était auparavant un joueur qui avait seulement « une balle rapide ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

L’entraîneur-chef du Canadien, Martin St-Louis

St-Louis tente maintenant d’amener Josh Anderson, un joueur aux qualités similaires à celles de Kreider, à lui aussi diversifier son arsenal. « Si tu lances seulement une rapide, les frappeurs s’ajustent et éventuellement, ils frappent des circuits », a expliqué le Lavallois.

Mais voilà, en soirée, Petry donnait la victoire aux Montréalais avec une performance de deux buts. Le grand défenseur totalise 10 points à ses 10 derniers matchs.

« Ce n’était pas mon but, cette année, de jouer comme je jouais au début de la saison, a rappelé le héros de la soirée, après le match. J’essaie de pousser pour retrouver mon niveau des trois dernières années et je suis content de l’avoir retrouvé. »

PHOTO BRAD PENNER, USA TODAY SPORTS

Samuel Montembeault

Et comment il s’y est pris ? Plutôt que de diversifier son arsenal, il était plutôt question de retourner à la base. Dans son cas, c’est le coup de patin, de loin sa qualité première.

« Quand je patine, c’est là que les jeux s’ouvrent devant moi. C’est quand j’essaie de chercher une ligne de passe et que la pression s’amène sur moi que je me retrouve dans le pétrin. Si tu bouges tes pieds, les joueurs bougent autour de toi. C’est beaucoup plus facile de faire des jeux qu’en étant immobile. »

On ignore si Petry sera de retour à Montréal la saison prochaine. Il demeure un coéquipier apprécié — Poehling racontait qu’ils ont été au match des Yankees ensemble mardi et qu’ils se sont « éclatés » — et surtout, Petry est un défenseur droitier, là où le CH est faible.

Mais en raison de sa situation familiale compliquée, les chances d’une transaction sont bien meilleures. Le cas échéant, chaque bon match qu’il dispute ne fait qu’aider Kent Hughes en vue de l’été.

En hausse : Ryan Poehling

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Ryan Poehling

Son but était bien mérité, car il a obtenu et généré sa part d’occasions de marquer. Mine de rien, il totalise quatre buts à ses sept derniers matchs.

En baisse : Brendan Gallagher

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Brendan Gallagher

Quelques bons jeux en début de match, mais trop effacé malgré tout, surtout contre une opposition privée de ses meilleurs éléments. Il n’a pas marqué à ses 11 derniers matchs.

Le chiffre du match : 7

C’est le nombre de revirements à la fiche de Nick Suzuki. Le statisticien nous semble sévère, d’autant plus que les pertes de rondelles de ses ailiers Mike Hoffman et Cole Caufield ont été bien plus remarquées.

Dans le détail

Court, bref et concis

À part peut-être Bruno Blanchet dans son segment sur les hyper sensibles à La Fin du monde est à 7 heures, on doute que beaucoup de larmes aient été versées pendant l’hommage à Guy Lafleur au Madison Square Garden. Les Rangers ont limité ça à un court texte, deux photos à l’écran géant et un moment de silence qui a été marqué par quelques « Guy, Guy, Guy ». Sachant que les Rangers sont une des trois équipes pour lesquelles il a joué, et qu’ils ont repoussé l’hommage d’une journée pour attendre la visite du Canadien, plusieurs sont restés sur leur appétit. Il y avait en revanche pas mal plus d’amour pour la remise du tout premier trophée Rod Gilbert Mr. Ranger, qui récompense le joueur ayant montré du leadership sur la patinoire et à l’extérieur. Chris Kreider a été l’heureux élu et est venu le chercher en habit de ville. Son échange avec Judy, la veuve de Rodrigue Gilbert, était un beau moment.

Gauthier passe de la parole aux actes

PHOTO JOHN MINCHILLO, ASSOCIATED PRESS

Julien Gauthier (15) tente de déjouer Samuel Montembeault (35)

C’est une chose de se plaindre de son utilisation, mais c’est autre chose que de réagir de la bonne façon. Mercredi matin, en point de presse, Julien Gauthier admettait se sentir un peu exclu. Il venait d’être laissé de côté pour 18 des 20 matchs précédents et se disait « un peu dans le néant » en raison du manque de communication des dirigeants de l’équipe. Gauthier a donc répondu en livrant un effort inspiré, utilisant adéquatement sa charpente de 6 pi 4 et 227 lb pour se présenter près de la peinture bleue du gardien. Ses principaux péchés auront été un revirement en zone neutre en début de match et une pénalité en deuxième période, qui a mis fin à l’avantage numérique des siens. Mais les arbitres ont été sévères ; c’était bien plus un joueur qui lutte pour sa position devant le filet qu’un réel geste d’obstruction.

Lafrenière discret

PHOTO JOHN MINCHILLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Alexis Lafrenière

Les absences des gros noms des Rangers constituaient aussi une belle occasion pour certains joueurs d’obtenir davantage de responsabilités. En avant-midi, Gerard Gallant rappelait en effet qu’Alexis Lafrenière était dans une situation ingrate en raison des nombreux ailiers de talent devant lui dans la hiérarchie. Sauf qu’au bout du compte, malgré l’absence de tous les gros canons offensifs, le Québécois n’a pas tellement eu d’occasions supplémentaires, jouant 15 min 31 s. Et il n’est pas particulièrement sorti du lot, en tout cas moins que ses amis du trio de Ryan Strome, qui a été formidable.

Ils ont dit

On a simplifié notre jeu. Les Rangers avaient une formation plus lourde. Mais avons tenté d’être robustes et d’étirer le jeu et ça a été la clé.

Ryan Poehling, au sujet de son trio

Ça ressemblait à un match hors-concours. Des fois, c’est dur de jouer avec émotion. C’est le 81e match de la saison, on sait que notre saison achève. Ce sont les circonstances un peu, mais on a trouvé une manière.

Martin St-Louis

Je blaguais parce que nous avons battu toutes les équipes pour lesquelles j’ai joué : Calgary, Tampa Bay et New York. J’aurais aimé avoir joué pour plus d’équipes.

St-Louis

Je n’ai pas du tout regardé le classement. On veut juste s’assurer de terminer sur une bonne note. Il ne nous reste qu’un seul match et notre but est, évidemment, de le gagner devant nos partisans. Ce sera une soirée émotive pour Gerv [Pierre Gervais], qui prend sa retraite. Il y a encore beaucoup de choses en jeu pour ce dernier match.

Jeff Petry