Le meilleur marqueur de sa génération, et peut-être de toute l’histoire de la LNH, n’est plus. L’ex-hockeyeur Michael Bossy a succombé, à l’âge de 65 ans, à un cancer du poumon. Il s’est éteint chez lui entouré de ses proches.

Mis à jour le 15 avril
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Gagnant de quatre Coupes Stanley avec les Islanders de New York, le Québécois détient, encore aujourd’hui, le record de la LNH de la moyenne la plus élevée de buts par match en carrière (minimum 500 matchs).

Des blessures au dos l’ont forcé à prendre sa retraite à 30 ans. Or, bien qu’il ait été limité à 752 parties en saison, il a néanmoins trouvé le moyen de marquer 573 buts. Il en a ajouté 85 en 129 rencontres de séries éliminatoires.

« Mon père aimait le hockey, certes, mais d’abord et avant tout, il aimait la vie. Et jusqu’au bout de son périple, il s’est accroché. Il voulait vivre plus que tout. Cette vie, qu’il tenait au bout de ses bras, en a décidé autrement, pour des raisons qui nous échappent », a écrit Tanya Bossy, dans un communiqué rédigé au nom de la famille.

Né le 22 janvier 1957 à Montréal, Bossy, comme bien des jeunes garçons de sa génération, a développé un goût pour le hockey dès son plus jeune âge. Membre d’une fratrie de 10 enfants, le petit Michael donne ses premiers coups de patin sur la glace que son père entretient dans la cour arrière de la maison familiale du quartier Ahuntsic. Il n’a que 6 ans lorsqu’il impressionne les curieux qui le voient grandir sur les patinoires de la paroisse Saint-Alphonse.

Après avoir franchi les échelons du hockey mineur, il amorce sa carrière junior avec le National de Laval, dans la LHJMQ. Pendant un peu plus de quatre saisons, il exerce une domination sans partage sur le circuit québécois, récoltant 532 points en 263 matchs. Ce sont surtout ses 309 buts qui marquent l’imaginaire : plus de 40 ans après la fin de son stage junior, le record de Bossy n’a jamais été battu. Aucun joueur d’une autre ligue canadienne ne s’en est même approché.

De Montréal à Long Island

Même s’il a grandi en admirant les Red Wings de Detroit, le jeune homme parfaitement bilingue apparaissait comme un espoir naturel pour le Canadien de Montréal. Au repêchage de 1977, le Tricolore, qui vient de gagner deux Coupes Stanley consécutives, opte toutefois pour Mark Napier. Jugé trop frêle et pas suffisamment combatif par plusieurs formations de la LNH, Bossy attend jusqu’au 15rang pour entendre son nom.

Les Islanders de New York en font leur choix de premier tour, car, écrit le New York Times dans un portrait réalisé quelques années plus tard, « ils ont besoin de buts ».

C’est exactement ce que leur donne le Québécois dès ses débuts professionnels. Il inscrit 53 filets à sa toute première saison, ce qui lui vaut le titre de recrue de l’année dans le circuit.

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Michael Bossy célèbre son troisième but du match avec son coéquipier Bryan Trottier lors du sixième match de la série de la Coupe Stanley entre les Bruins et les Islanders, en mai 1983.

La saison suivante, ses 69 buts en font le meilleur buteur de la LNH. À l’époque, seul Phil Esposito avait fait mieux au cours d’une seule saison (76 buts en 1970-1971).

Surtout, à Long Island, Bossy se joint à une formation qui est au cœur d’une fulgurante ascension. Avec dans leurs rangs les Bryan Trottier, Denis Potvin, Clark Gillies et Billy Smith, entre autres, les Islanders forment déjà une puissance lorsqu’ils accueillent le franc-tireur à la fin des années 1970.

En 1979-1980, alors que le quasi imbattable Canadien de Montréal commence à perdre des plumes, les Islanders ne ratent pas leur chance de prendre le haut du pavé. Ils remportent alors la première de quatre Coupes Stanley consécutives, une seule de moins que le record absolu de cinq, détenu par le Tricolore de Maurice Richard, de 1956 à 1960.

Bossy ne dérougit pas : en 1980-1981, il égale la marque du Rocket en inscrivant 50 buts en 50 matchs. Et c’est lui qui marque les buts gagnants qui donnent la Coupe à son équipe en 1982 et en 1983. Encore à ce jour, aucun joueur n’a réussi cet exploit deux années de suite.

Des problèmes de dos le ralentissent toutefois sérieusement. Au point que, après avoir marqué « seulement » 38 buts en 1986-1987, il est forcé d’annoncer sa retraite à l’âge de 30 ans, au terme d’une carrière limitée à 10 saisons.

Sous son règne, il a été le meilleur buteur du circuit, suivi de près par un jeune Wayne Gretzky. Les deux partagent, encore aujourd’hui, le record de neuf saisons de 50 buts et plus.

Médias

Après sa retraite, Bossy occupe toutes sortes d’emplois. Il se lance en affaires avec son agent de l’époque, le regretté Pierre Lacroix, puis travaille notamment pour l’équipementier Titan et pour le fabricant de croustilles Humpty Dumpty. Doté d’un sens évident de l’humour et de l’autodérision, il apparaît lui-même dans les publicités de l’entreprise.

Dans les années 1990, il amorce une carrière médiatique qui en fera, encore davantage, un favori du public. Après avoir participé à la télédiffusion des matchs des Nordiques de Québec, il se tourne vers la radio commerciale. À CKOI, il se joint à l’équipe de Richard Z. Sirois dans Midis fous, en 1992, puis, en 1994, il devient chroniqueur à la célèbre émission matinale Y’é trop d’bonne heure !, animée à l’époque par Normand Brathwaite.

Il a momentanément occupé un emploi chez les Islanders au milieu des années 2000, mais est rapidement revenu pour de bon dans le monde des médias.

En 2014, il s’est joint au réseau MSG, et l’année suivante, il a fait le saut à TVA Sports, où il a occupé un poste d’analyste jusqu’à ce que la maladie le force à quitter les ondes en 2021.

« Je peux vous assurer que j’ai l’intention de me battre avec toute la détermination et toute la fougue que vous m’avez vu déployer sur la glace et dans mon jeu », écrit-il alors dans une lettre adressée à son public. « Cette même détermination qui m’a aidé à accomplir mes rêves et compter mes buts, celle qui m’a propulsé au sommet de mon sport, à l’époque où je chaussais encore mes patins. »