Trois joueurs de la cuvée 2018 étaient en uniforme pour le Canadien samedi soir.

Publié le 4 avril
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Alexander Romanov, 22 ans, a encore une fois été le défenseur le plus utilisé de l’équipe et a excellé dans son domaine, la robustesse, les tirs bloqués et le jeu défensif. Ce choix de deuxième ronde, 38e au total, a aussi amassé cinq points à ses douze derniers matchs sans participer aux supériorités numériques.

Repêché trois rangs avant lui, l’ailier Jesse Ylonen, 22 ans lui aussi, a profité au maximum de son temps d’utilisation limité en marquant le but égalisateur contre le Lightning, son quatrième point à ses cinq derniers matchs, un cinquième en onze rencontres cette saison. On commence à voir se profiler tranquillement un ailier de troisième trio rapide et efficace en échec avant, capable de contribuer à l’attaque.

Repêché en troisième ronde, au 71rang, le défenseur Jordan Harris, 21 ans, disputait un premier match en carrière dans la LNH après une carrière réussie dans les rangs collégiaux. Harris a disputé un match typique en 15 : 55 : un calme olympien, une fluidité sur patins lui permettant de gagner une fraction de seconde sur ses adversaires, de bonnes décisions avec la rondelle dans presque toutes les occasions, efficace en relance. Bref, une rentrée réussie.

Un quatrième, Jesperi Kotkaniemi, serait encore en train de se développer, dans un rôle de deuxième ou troisième centre, si les Hurricanes ne l’avaient pas soutiré au Canadien avec une offre hostile.

On ne sait pas encore quelle sera l’identité de Kotkaniemi dans la LNH. Il se dirigeait vers une saison de 14 buts et 34 points malgré une utilisation limitée au sein d’un quatrième trio. Il montera en grade l’an prochain avec le départ de Vincent Trocheck.

On est sévère avec Kotkaniemi. Vrai qu’il n’a pas encore connu une production digne d’un troisième choix au total. Mais parce qu’il a accédé à la LNH très tôt, trop tôt, certains portent déjà un jugement définitif sur sa valeur. On oublie qu’il est né une journée avant Jordan Harris, à ses premiers pas dans la Ligue nationale, qu’il a sept mois de moins que Romanov et presque un an de moins que Ylonen.

Les Hurricanes croient assez en son potentiel pour avoir pris le risque de lui accorder 38 millions pour huit ans, soit un peu moins de cinq millions par année. Mais bon, assez parlé de lui puisqu’il n’est plus à Montréal.

Reste que la cuvée 2018 constituait une étape charnière pour Marc Bergevin et le Canadien. Elle marquait le début d’une réinitialisation. Le DG du Canadien avait amassé six choix dans les trois premières rondes et s’apprêtait à échanger son capitaine Max Pacioretty pour Nick Suzuki, un choix de deuxième ronde en 2019 et Tomas Tatar.

La stratégie d’accumuler des choix s’est révélée payante. Sans choix supplémentaire de deuxième ronde, il n’y a pas de Romanov. Ou peut-être aurait-il été libre au début de la troisième ronde, mais Harris aurait eu le temps de disparaître.

L’idée d’une relance arrivait à point. Bergevin a acheté tout le matériel nécessaire pour la reconstruction/relance, mais il n’avait pas nécessairement le bon architecte ni le bon contremaître. À son départ, il avait laissé les poutres neuves pourrir sur le bord du chemin au profit de bois réutilisé. Il avait plutôt choisi de déchirer les plans en 2020 pour garnir le club de vétérans dans un dernier espoir de remporter la Coupe Stanley pour Carey Price et Shea Weber.

Les jeunes en place ne se sentaient pas valorisés, Romanov n’avait pas été jugé assez solide pour jouer en séries éliminatoires l’été dernier, Cole Caufield et Kotkaniemi avaient été laissés sur le banc pour entamer les séries, Kotkaniemi en est sorti aigri après avoir été renvoyé sur la tribune de la presse en finale. Et Harris avait choisi de demeurer une année supplémentaire à Northeastern, pour terminer ses études, et aussi, peut-être, parce que le DG était incapable de se souvenir de son prénom et qu’il ne se sentait pas à sa place au sein d’une défense costaude et peu mobile.

Ce parcours éliminatoire a fait vivre de beaux moments aux fans. Mais il s’agissait d’un exploit isolé (le CH avait-il vraiment des chances de vaincre Tampa en finale ?) qui a forcé l’organisation à reprendre à zéro un plan entamé quatre ans plus tôt.

On comprend aussi que pour une reconstruction/réinitialisation efficace, il faut prendre soin des jeunes. Communiquer avec eux, les comprendre, prôner la patience, leur faire une place, accepter leurs erreurs. Quitte à rater les séries. Combien de fois avons-nous entendu Kotkaniemi déplorer le fait qu’on ne lui parlait pas ? Qu’il avait perdu le plaisir de jouer ?

Cole Caufield avait 8 points en 30 matchs avant l’arrivée de Martin St-Louis. Certains se demandaient s’il ne deviendrait pas un autre choix de première ronde bousillé. Il a 26 points en 24 matchs depuis et vient d’être nommé la recrue par excellence du mois dans la LNH. St-Louis doit lui parler environ une dizaine de fois par match sur le banc.

La nouvelle acquisition Justin Barron a l’air d’un chien dans un jeu de quilles sur la glace. Mais on lui donne ses 20 minutes. Il s’améliore d’un match à l’autre et gagne en confiance. Comme Alexander Romanov avant lui, il ne craint pas d’être cloué au banc après une erreur.

Il faut aussi avoir le courage d’échanger des vétérans pour donner une place à ces jeunes. À Denver, il y quelques années, Nathan MacKinnon a pris son envol après le départ de Matt Duchene. C’était devenu « son » équipe.

Caufield a pris encore plus de place après le départ de Tyler Toffoli. Montréal a obtenu en retour un choix de première ronde et un jeune homme, Emil Heineman, qu’on vient de mettre sous contrat lundi matin. Rem Pitlick joue encore davantage avec le départ d’Artturi Lehkonen, échangé pour Barron et un choix de deuxième ronde. Pitlick, deuxième au scrutin de la recrue par excellence derrière Caufield, a amassé 12 points à ses 15 derniers matchs.

La suite s’annonce intéressante pour ceux qui suivent les Kaiden Guhle, Joshua Roy, Sean Farrell, Logan Mailloux, Jan Mysak et compagnie, sans oublier le premier choix de 2022, et par le fait même pour les fans de cette équipe, trop souvent frileuse à l’égard de ses jeunes.

Du renfort de Suède pour le Rocket

Le Canadien vient donc de mettre sous contrat l’espoir acquis des Flames de Calgary pour Tyler Toffoli, Emil Heineman. On lui a soumis une entente de trois ans, mais il a aussi accepté un contrat d’essai de la Ligue américaine afin de pouvoir terminer la saison à Laval. Comme il détient encore un contrat avec sa formation suédoise, Leksands IF aura toutefois le loisir de le rapatrier en octobre s’il ne perce pas la formation à Montréal.

Heineman, 20 ans, un choix de deuxième ronde, 43e au total en 2020 par les Panthers de la Floride, est un ailier droit de 6 pieds 1 pouce, a un style qui pourrait s’apparenter à celui d’Artturi Lehkonen, quoiqu’un peu plus grand de taille. Il est très rapide, efficace en échec avant et en défense, doté d’un bon tir. Si le CH obtient un joueur de troisième trio de la LNH en plus de choix de première et cinquième ronde pour Toffoli, Kent Hughes aura réussi son échange, dans un contexte de reconstruction. Les Flames gagnent moins régulièrement ces temps-ci. En raison de leur classement, Montréal obtiendrait au minimum le 22choix au total si Calgary perdait en première ronde, peut-être plus haut si des clubs mieux classés que lui échouaient au premier tour. Calgary devrait affronter Nashville, Vegas ou Dallas en première ronde.

À ne pas manquer

  1. Gros week-end pour le collègue Simon-Olivier Lorange. Un premier texte sur le destin croisé de deux gardiens montréalais, dont un gros espoir des Sabres.
  2. Un second sur le rôle primordial des grands frères en défense, avec un p’tit coup de fil avec un ancien défenseur du Canadien, Eric Weinrich, un des interlocuteurs les plus agréables à l’époque où il jouait à Montréal.
  3. Le tennis féminin a une nouvelle reine, la Polonaise Iga Swiatek, 20 ans. Nicholas Richard nous dresse le portrait de cette joueuse invaincue depuis le 22 février.