Il est passé 22 h quand Ben Chiarot répond au message de La Presse. « C’est chaotique ce soir. Mon téléphone a explosé toute la soirée, mais ça fait partie du travail ! », explique-t-il, entre deux bouchées.

Mis à jour le 16 mars
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Parmi ceux qui l’ont appelé : quelques journalistes, mais aussi Martin St-Louis, Kent Hughes, Jeff Gorton et même Geoff Molson.

« Ils m’ont aimé et j’ai aimé mon séjour ici. Je ne ferme pas la porte à un retour. Il reste beaucoup de temps d’ici à l’été », explique-t-il.

C’est finalement en Floride que le robuste défenseur gaucher poursuivra sa carrière. Le Canadien l’a échangé aux Panthers, mercredi soir.

En retour, le Tricolore obtient un choix de premier tour en 2023, un choix de quatrième tour en 2022 (appartenant à l’origine aux Rangers) de même que l’espoir Tyler Smilanic, un attaquant repêché au 74rang par les Panthers en 2020.

Ben Chiarot écoule la dernière année d’un contrat de trois ans, d’une valeur annuelle de 3,5 millions de dollars, qu’il a signé à l’été 2019 avec le Canadien. Dans la transaction, le Tricolore retient la moitié de son salaire d’ici la fin de la saison.

Son départ était imminent. Chiarot avait été laissé de côté par mesure préventive, mardi, et Hughes affirmait publiquement qu’il cherchait à l’échanger. À voir la façon dont les 50 premiers matchs du Canadien se sont déroulés, on pouvait comprendre le défenseur de ne pas nécessairement s’imaginer renouveler son entente avec le Canadien.

Sauf que l’équipe a remporté 8 victoires en 15 matchs depuis l’arrivée de St-Louis derrière le banc, malgré des effectifs réduits. Les joueurs ne cessent de vanter le nouvel enthousiasme autour de l’équipe. A-t-il pensé revoir ses plans de devenir joueur autonome à l’été afin de signer un nouveau contrat avec le Canadien ?

Je n’ai jamais pensé si loin en avance, mais j’ai aimé chaque minute sous Martin. Il a fait toute une différence dans la culture dans le vestiaire et sur la patinoire. Ça a donné une bonne poussée à tout le monde.

Ben Chiarot

Grâce à Richardson

La carrière du défenseur de 30 ans a véritablement décollé à Montréal. De 18 minutes par match à Winnipeg, son temps moyen d’utilisation est passé à 23 minutes dès sa première saison à Montréal, et était encore de 23 minutes cette saison.

En séries l’an dernier, il avait livré une des déclarations les plus marquantes. Lorsque l’entraîneur adjoint Luke Richardson avait remplacé au pied levé Dominique Ducharme – atteint de la COVID-19 – comme entraîneur-chef en demi-finale, Chiarot avait déclaré que les joueurs étaient prêts à « défoncer des murs » pour Richardson.

Cette fois, sans évoquer qui que ce soit, on lui demande qui a été la personne la plus influente pendant ses trois saisons à Montréal.

« Probablement Luke et Shea. Luke m’a donné une chance incroyable de devenir le joueur que je voulais devenir. Il m’a vraiment aidé à passer à un autre niveau dans ma carrière et il est une grande raison derrière mes succès. »

« Shea », c’est évidemment Shea Weber, son principal partenaire ici.

Partenaires de Ben Chiarot chez le Canadien depuis 2019 (minutes de jeu à cinq contre cinq)

  • Shea Weber : 1154
  • Jeff Petry : 634
  • Alexander Romanov : 315
  • David Savard : 297

Sauf qu’à la base, quand Marc Bergevin a contacté Chiarot à l’été 2019, le plan n’était pas de former un duo mammouth avec Weber.

« Je ne sais pas exactement ce qu’ils avaient en tête, mais le plan était que je joue avec Petry. Évidemment, les choses ont changé, j’ai joué avec Shea. Son leadership m’a marqué. Tous les jours, il voulait faire les choses de la bonne façon, afin que l’on connaisse du succès. »

Chiarot a aussi montré une touche offensive insoupçonnée par moments. En 54 matchs, il totalise 7 buts et 11 passes pour 18 points. Il est en voie d’abattre sa marque personnelle de 21 points, réalisée à son arrivée avec le Canadien, lors de la saison 2019-2020, interrompue par la pandémie.

Avec Aaron Ekblad, MacKenzie Weegar et Brandon Montour, les Panthers sont toutefois bien équipés en termes de défenseurs capables d’appuyer l’attaque.

« Ils sont enthousiastes de m’avoir, affirme Chiarot. C’est une équipe très offensive qui marque des buts. J’apporte de la robustesse, du bon jeu défensif et j’espère être un bon complément. »

Un espoir à l’avant

Parlons de ce que le Canadien obtient en retour, maintenant.

Selon Elliotte Friedman, le choix de premier tour que le CH obtient n’est pas « protégé », ce qui signifie qu’il reviendra au Canadien même si les Panthers ratent les séries et ont une chance à la loterie du premier choix en 2023. Ce scénario semble peu probable étant donné la force du noyau des Panthers, cela dit.

Smilanic, l’espoir obtenu, a eu 20 ans en janvier. L’attaquant joue à l’Université Quinnipiac, l’alma mater de Matthew Peca au Connecticut. Natif du Colorado, Smilanic mesure 6 pi 1 po et pèse 178 lb. Il tire de la gauche.

En 38 matchs, il compte 22 points (13 buts, 9 passes). La saison dernière, il avait amassé 21 points (14 buts, 7 passes), mais en seulement 29 matchs. Son rythme de production est donc en baisse par rapport à sa première saison.

« C’est un joueur électrique en zone offensive grâce à sa vitesse et à ses changements rapides de direction, évalue Dave Starman, ancien recruteur aujourd’hui analyste de hockey universitaire pour le réseau CBS. Il a d’excellentes mains, il dégaine rapidement et n’a pas peur d’aller dans la circulation lourde. »

Sur Twitter, un compte attribué à l’entraîneur Mitch Giguère a publié une compilation des 22 points inscrits par Smilanic, qui porte le 96.

Sa campagne n’est pas encore terminée, puisque Quinnipiac s’est qualifiée pour les demi-finales de la Division ECAC. Les Bobcats affronteront l’Université Colgate vendredi pour une place en finale.