(Boston) À quelques mètres du vestiaire des Huskies de l’Université Northeastern se trouve le « mur de la LNH ». On y voit des photos de Jamie Oleksiak, de Jeremy Davies et d’autres anciens du programme qui ont atteint la LNH. Au bas de la murale, Cayden Primeau, logo du Canadien sur la poitrine.

Publié le 15 février
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

« C’est fou, les liens entre Northeastern et le Canadien ! », s’exclame Jordan Harris.

Ce défenseur est un espoir du Tricolore depuis que l’équipe l’a repêché au troisième tour en 2018. Jayden Struble, un de ses coéquipiers à la ligne bleue, a été sélectionné par Montréal l’année suivante. Également parmi ses coéquipiers : Ryan St-Louis, fils de Martin St-Louis. C’est sans oublier Riley et Jack Hughes, les fils de vous-savez-qui (indice : pas Lulu).

Tout ça pour dire que Harris ne nagera pas entièrement dans l’inconnu quand viendra le temps de décider, au printemps, s’il signe un contrat avec le Canadien ou s’il tente sa chance comme joueur autonome.

Lendemain de défaite

Harris est de commerce agréable en ce mardi, même s’il n’a pas eu une bonne soirée la veille.

Lundi, c’était la finale du Beanpot, tournoi annuel regroupant quatre universités de Boston. Northeastern affrontait Boston University.

Il faut être sur place pour comprendre le mythe entourant cette compétition. Les matchs ont lieu au TD Garden, le domicile des Bruins. Les gradins sont remplis, particulièrement au balcon supérieur, où les billets sont plus abordables pour des étudiants au budget estudiantin.

C’est là que s’installent les fanfares. Au premier entracte, celle de Boston University y va avec Africa ; Northeastern réplique avec Come on Eileen. Au deuxième entracte, Northeastern se permet 25 or 6 to 4. Si on pouvait placer un émoji de cœur dans un article, il y en aurait un ici.

Toute la soirée, les partisans des deux équipes se crient des insultes par la tête, parfois aussi par écrit, comme cette pancarte qui disait « FUBU ». Après vérification, ce n’était pas un clin d’œil à la marque de vêtements.

« C’est comme la LNH avant la LNH, résume Harris. C’est un rêve. T’es sur une patinoire de la Ligue nationale, devant des gradins bondés, avec des gars que t’as à cœur. La seule ambiance comparable que j’ai vue, c’était au Mondial junior, quand on a affronté le Canada. »

Cet 69e Beanpot s’est terminé 1-0 pour Boston University. Dylan Peterson a inscrit le but gagnant avec 2 min 48 s à jouer en troisième période, dans une descente à deux contre un, le un étant justement Jordan Harris. Son partenaire en défense, Tommy Miller, s’est fait battre en zone neutre, permettant le surnombre.

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L’entraîneur-chef de l’équipe, Jerry Keefe, estime que Harris a joué 27 minutes, un chiffre qui correspond à nos observations. « Il a bien joué, il a essayé de faire la différence. Ses sorties de zone étaient bonnes », résume un Keefe encore amer.

Harris a remporté le Beanpot à ses deux premières années à Northeastern, et le tournoi de 2021 a été annulé en raison de la pandémie. « Le sentiment de perdre est terrible, encore plus quand tu sais ce que c’est de gagner, explique le jeune homme, capitaine de son équipe. J’aurais voulu gagner pour ceux qui en étaient à leur premier Beanpot. »

Une rencontre

Pour Harris, c’est le début de la fin de ses quatre ans ici. Il ne lui reste qu’un cours cette session-ci pour obtenir son diplôme. Les Huskies ont sept matchs au calendrier avant les tournois de fin de saison.

Ce sera ensuite les rangs professionnels. Les contrats de recrue étant balisés par la convention collective, certains paramètres sont non négociables, notamment la durée du contrat. Cette durée est établie à partir de l’âge du joueur au 15 septembre ; Harris aura alors 22 ans, ce qui signifie que son contrat d’entrée sera d’une durée de deux ans.

Le Canadien détient cependant un avantage. Northeastern terminera sa saison au plus tard le 9 avril. Dans les faits, l’équipe devrait être éliminée avant cette date, puisqu’elle ne fait pas partie des favoris pour le championnat national. Le Tricolore disputera son dernier match le 29 avril et le Rocket de Laval, le 30.

Bref, si Harris s’entend avec le Canadien au terme de saison, il pourra écouler la première de ses deux années de contrat dès ce printemps, et son deuxième contrat – qui se négociera sans les balises d’un contrat d’entrée – entrera en vigueur dès la saison 2023-2024. Cole Caufield et Ryan Poehling ont eux aussi profité de cet avantage à leur arrivée chez les pros.

En revanche, si Harris refuse l’offre du Canadien et attend au 15 août pour devenir joueur autonome, il reportera d’un an la négociation de son deuxième contrat. Reste toujours l’option de simplement faire comprendre au Canadien qu’il ne veut rien savoir, mais Harris n’a pas non plus le profil d’Adam Fox, auteur de 48 points à sa troisième saison à Harvard et gagnant du Norris l’an dernier.

Le Canadien détient donc un avantage sur le plan du contrat, mais aussi de l’entourage, pour les raisons citées en début de texte. La pandémie n’a pas aidé, mais Harris n’a pas eu des tonnes de contacts avec Marc Bergevin. Il se rappelle principalement une rencontre virtuelle avec Bergevin et Claude Julien en février 2021, quelques jours avant le congédiement de Julien. Un mois plus tard, le bruit courait que Harris allait faire le saut chez les pros, mais il n’est pas clair d’où venaient ces échos. Chez le Canadien, on se disait persuadé qu’il s’en venait, tandis que le clan du jeune homme maintient que le plan était de rester à l’université.

La communication semble meilleure avec la nouvelle administration ; évidemment, les liens de Jeff Gorton, Kent Hughes et Martin St-Louis avec la région de Boston et l’Université Northeastern ne nuisent pas !

Harris dit avoir rencontré Gorton « en janvier », en plus d’avoir soupé avec Hughes « dernièrement ». « Et il m’a coaché pendant probablement deux saisons au hockey mineur. »

Et St-Louis ? « Il était dans les gradins, je lui ai serré la main après un match. C’est tellement cool, c’est une légende ! » On peut aussi se demander dans quelle mesure le Canadien était attirant dans les dernières semaines du mandat de Dominique Ducharme, quand l’équipe mangeait une taloche après l’autre.

Alors, cette familiarité, ça peut peser dans la balance quand il prendra sa décision ? Harris hésite longuement.

« C’est toujours bien quand tu sais que quelqu’un sera honnête avec toi. C’est une chose qui me marque avec Kent, il a toujours été honnête quand il parle de mes performances. Je ne sous-entends pas que l’ancienne administration n’était pas honnête avec moi, pas du tout. Mais Kent me voit jouer depuis 10 ans, il connaît mon jeu et ma personnalité de fond en comble. La familiarité, c’est important quand vient le temps de prendre une décision aussi importante dans une vie. »

Ajoutez à cela l’intention annoncée par Hughes de construire son équipe autour de la vitesse, comparativement à Bergevin, qui valorisait les défenseurs pesants et robustes, et les astres semblent pointer vers Harris en bleu-blanc-rouge.

Réponse dans quatre à six semaines, comme ils disent dans les commerciaux.

Presque aux Jeux

Jordan Harris a bien failli se retrouver à Pékin. USA Hockey l’a en effet inscrit comme remplaçant, dans l’éventualité où un joueur aurait déclaré forfait au dernier moment. Il est un des deux défenseurs avec ce statut. « Nous avons fait toute la paperasse, les tests, et si on avait eu des blessés, on aurait pu partir, explique-t-il. Simplement d’être considéré pour les Jeux, c’est spécial. J’aurais aimé faire partie de cette équipe, mais participer au Beanpot était une assez bonne option à défaut d’y aller ! » Northeastern compte tout de même un représentant à Pékin, soit le gardien montréalais Devon Levi.