Au bout du fil, Marc-Étienne Hubert avait l’air un peu essoufflé. En gros, l’entraîneur des Patriotes de l’Université du Québec à Trois-Rivières avait passé la journée à marteler ce message : on veut jouer.

Publié le 2 février
Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

En fin de journée mercredi, ce « on veut jouer » était d’ailleurs devenu un message viral sur les réseaux sociaux, témoignant d’une sorte de confusion parmi les acteurs du hockey mineur au Québec.

Un exemple très clair de cette confusion est perceptible à Trois-Rivières, où les Patriotes, membres de l’Association des sports universitaires de l’Ontario (SUO), ne peuvent reprendre l’action et jouer des matchs, tandis que leurs rivaux ontariens pourront le faire à compter du 9 février.

Marc-Étienne Hubert ne perd pas espoir et espère que son club pourra également sauter sur la glace pour disputer des matchs à partir de cette date.

« Il y aura d’autres rencontres avec les décideurs et on a fait valoir notre position auprès de la direction ici à l’université, a-t-il expliqué en entrevue téléphonique. De notre côté, on est prêts à jouer. Si on nous donne le feu vert pour jouer à 24 heures d’avis, on va y aller ! »

Dans l’immédiat, et si rien ne change, les mesures actuelles signifient que seuls les rivaux de division de l’UQTR, les Gee-Gees de l’Université d’Ottawa et les Ravens de l’Université Carleton, pourront commencer à jouer des matchs. Pendant ce temps, au Québec, les trois clubs du circuit – l’Université McGill et l’Université Concordia sont les deux autres – devront se contenter de continuer à s’entraîner.

Selon Marc-Étienne Hubert, qui qualifie cette situation de « catastrophique », les conséquences d’un tel calendrier pourraient avoir des résultats très négatifs sur le monde du hockey mineur, et en particulier sur le monde du hockey universitaire.

« Parce qu’ici, on a des joueurs qui auraient pu aller jouer dans le professionnel, dans la ECHL par exemple, mais qui ont choisi de poursuivre leurs études, ajoute-t-il. Quel est le message qu’on leur envoie ? Déjà, on a perdu 70 joueurs universitaires dans tout le circuit depuis le mois de janvier, et ça, c’est seulement ceux que l’on connaît. Il y a des gars qui ont choisi d’aller jouer ailleurs, dans la ECHL et la Ligue américaine, mais je suis sûr qu’il y a des joueurs qui ont choisi de tout lâcher sans même qu’on le sache à l’heure actuelle.

« Ce n’est pas compliqué, depuis deux ans, on a joué sept matchs. Sept matchs ! Pour nous, qu’on ne soit pas en mesure de reprendre le jeu à la date du 9 février comme ils vont le faire en Ontario, c’est la dernière goutte. Dans mon équipe seulement, on avait 25 joueurs, et on est passés à 22 joueurs parce qu’on vient d’en perdre trois. J’en ai d’autres qui se demandent ce qu’ils vont faire… »

En attendant une suite des choses un peu plus heureuse, les membres des Patriotes de l’UQTR participent au mouvement #onveutjouer sur les réseaux sociaux. Marc-Étienne Hubert, lui, s’accroche à l’espoir.

« J’ai parlé à des gens impliqués dans le milieu, les Marc Denis, les Dany Dubé, qui vont nous appuyer dans cette démarche… L’important, c’est de se faire entendre. Et de sauver la saison. »

D’ailleurs, la Ligue M18 AAA du Québec a été particulièrement active sur les réseaux sociaux en lien avec le mouvement « on veut jouer ». L’une de ses équipes les plus en vue, les Cantonniers de Magog, a d’ailleurs publié un long plaidoyer au nom du groupe.

« Depuis deux ans, les joueurs des Cantonniers de Magog ont fait des sacrifices, ont accepté de se faire vacciner, ont fait preuve de résilience en plus de suivre les règles imposées par les différentes autorités. À l’heure actuelle, appuyés par les entraîneurs, le conseil d’administration, les bénévoles et les amateurs de hockey, les joueurs cherchent des réponses à la question suivante. QUAND ALLONS-NOUS JOUER ? En tant que dirigeants, entraîneurs, modèles et en bons pères de famille, nous n’avons plus de réponses pour eux et, malheureusement, personne ne semble nous donner l’heure juste. Certes, nous pouvons pratiquer, mais rien ne remplace le fait de disputer des matchs. Le hockey est une passion. Les joueurs sont passionnés par la game. Nos joueurs savent qu’ils doivent pratiquer pour s’améliorer, mais rien ne peut remplacer les parties disputées lors des fins de semaine. Présentement, dans quel but s’améliorent-ils ? Le sport collectif, c’est plus que pratiquer et jouer entre amis à la patinoire du coin. C’est l’intensité, la camaraderie, les victoires, les échecs et la discipline qui façonnent les adultes de demain. Depuis deux ans, le milieu du hockey sur glace (Hockey Québec et toutes ses équipes, incluant la LHMA18AAAQ) a été arrêté le plus longtemps sur la planète. Peu importe les mesures, il est maintenant le temps d’agir et de laisser les jeunes (et moins jeunes) jouer au hockey. Il est temps de jouer. »