Dans cette saison aux mille malchances, il est tellement rare que le mauvais sort prenne une journée de congé que ça devient un évènement lorsque ça se produit.

Publié le 26 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le retour à la forme de Samuel Montembeault est à classer dans cette catégorie. Le gardien de Bécancour disputait le meilleur hockey de sa jeune carrière, et voilà que, la semaine dernière, une blessure au « haut du corps » (ce serait à un poignet) a plongé le reste de sa saison dans l’inconnu. Une opération était même dans l’air.

Le personnel médical de l’équipe a toutefois fait le pari que le repos ferait passer la douleur, et il semble que ça ait fonctionné. « Je pense que ce n’est pas trop grave », a expliqué Montembeault mercredi matin après l’entraînement du Canadien.

Sa situation sera suivie de près et on peut s’attendre à ce qu’il retrouve rapidement son filet, peut-être dès ce jeudi contre les Ducks d’Anaheim au Centre Bell. « Je suis vraiment content ! », s’est exclamé le miraculé.

Il n’y a pas que lui qui est content. Le personnel d’entraîneurs a sans doute poussé un long soupir de soulagement. En fait, deux. L’un en apprenant qu’il ne venait pas de perdre son troisième (et dernier) gardien du calibre de la LNH. L’autre en constatant que Cayden Primeau n’aurait pas à tenir le fort à temps plein.

Le constat est cruel, mais bien réel : Primeau ne connaît pas une très bonne saison. Des six départs qu’on lui a confiés jusqu’ici, il n’a disputé la rencontre en entier que trois fois. Ses trois autres matchs se sont limités à 40 minutes au terme desquelles son équipe se retrouvait en retard de deux à cinq buts.

Seulement à cinq contre cinq, l’Américain a déjà accordé cinq buts de trop, selon les calculs des sites Natural Stat Trick (5,17) et Evolving Hockey (5,3). Cette donnée est obtenue en calculant la différence entre les buts attendus et les buts accordés – un gardien de qualité moyenne espérera se rapprocher de zéro.

Cinq buts de trop en six matchs, c’est… beaucoup. En réalité, Primeau n’a vraiment tiré son équipe vers le haut qu’une seule fois. C’était samedi dernier, au Colorado, lorsqu’il a stoppé 43 des 46 tirs qui se sont rendus jusqu’à lui. Autrement, ses performances ont été au mieux moyennes, au pire pénibles.

Il n’y avait donc rien de surprenant, mercredi, à entendre son entraîneur spécialisé, Éric Raymond, expliquer qu’il tenait à « protéger » son poulain en le retirant du match de lundi dernier au Minnesota, alors que le Canadien ne faisait rien de bon devant lui et que lui-même connaissait une soirée douloureuse.

« Il est encore jeune, sa confiance est importante », et c’est dans cette optique « qu’on prend nos décisions », a souligné Raymond en visioconférence.

Primeau « a eu de bons matchs », il a « fait de belles choses » et continue de présenter « un beau potentiel », a poursuivi l’entraîneur montréalais.

Or, dans la LNH, « ça ne veut pas dire que tu joues un mauvais match quand tu accordes quatre ou cinq buts ». Selon les calculs du Canadien, le Wild avait déjà obtenu 22 chances de marquer après deux périodes. Et à 5-1, vu le peu d’efforts que déployaient les patineurs, les chances d’une remontée étaient virtuellement inexistantes. La décision n’a pas été difficile, même si cela impliquait d’envoyer Michael McNiven dans la mêlée pour sa toute première présence dans la LNH.

« Quand ça s’en va dans cette direction-là » – vers une dégelée –, « on veut le protéger ».

Rien d’idéal

Au sujet de Primeau, l’entraîneur-chef Dominique Ducharme n’a pas fait de cachette. Dans une « situation idéale », c’est avec le Rocket de Laval que le jeune homme poursuivrait son apprentissage au niveau professionnel cette saison.

C’est notamment pour cette raison qu’on a réclamé Samuel Montembeault au ballottage tout juste avant le début du calendrier, au moment où on apprenait que Carey Price raterait plusieurs semaines d’activités. Plutôt que de garder Primeau comme réserviste à Jake Allen, on le laissait arrêter des rondelles à Laval.

On finit presque par l’oublier, mais Primeau, 22 ans, n’a encore disputé que 65 rencontres dans la Ligue américaine. Avec succès, d’ailleurs : une fiche de 36-21-4, assortie de 8 blanchissages, d’une moyenne de buts accordés de 2,44 et d’un taux d’arrêts de ,909. À titre comparatif, Jake Allen a joué 172 matchs à ce niveau avant d’obtenir un poste chez les Blues de St. Louis.

Obtenir encore plus de départs à Laval permettrait sans doute à Cayden Primeau de s’établir comme un gardien dominant dans les mineures avant de faire le saut pour de bon vers le grand club.

Or, comme l’a très justement rappelé Ducharme, « il n’y a rien d’idéal depuis le début de l’année ». C’est vrai à toutes les positions, y compris devant le filet. Allen s’est blessé deux fois et a attrapé la COVID-19, et Montembeault s’est blessé la semaine dernière.

« On n’a pas le choix » de composer avec l’effectif en place, a insisté l’entraîneur. Primeau a tout de même « joué un super match au Colorado », a-t-il tenu à rappeler. « On l’aime beaucoup. »

Il n’en demeure pas moins que de « dominer à un autre niveau », comme il l’a fait dans la NCAA et comme il pourrait le faire dans la Ligue américaine, « c’est important pour un joueur dans sa progression ».

Ce scénario, s’il se concrétisait, devrait minimalement attendre le retour de Jake Allen, qui n’est pas prévu avant quelques semaines encore. Et il faudrait espérer qu’une tuile ne tombe pas sur la tête de Samuel Montembeault – métaphoriquement ou littéralement, car plus rien ne nous surprend.

À moins que le nouveau directeur général Kent Hughes mette sous contrat un vétéran des ligues mineures pour laisser Primeau souffler. Ou pour le protéger, tout simplement.