Josh Anderson a proposé de jeter ce match par la fenêtre. Dominique Ducharme a plutôt suggéré de le « mettre à la poubelle ».

Mis à jour le 25 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Retenons cette dernière suggestion, car on n’est quand même pas dans la France d’Émile Zola. Il n’empêche qu’avec cette dégelée de 8-2 subie aux mains du Wild du Minnesota, le Canadien devra envisager la location d’un conteneur à déchets plus volumineux que celui qu’il avait prévu au début de la saison.

Car cette défaite-rebut, elle s’ajoute à celle des mains sur le rond du poêle (dans les mots de Ducharme), à celles où le CH a été « mauvais » (ibid.), à celles où on « ne méritait pas de gagner », à celles où on s’est « tiré dans le pied » ou encore à celles où on s’est défendu tant bien que mal avec une formation décimée au possible.

Ça commence à faire beaucoup de matériel pour une même poubelle, alors que l’on concluait lundi soir la première moitié de cette saison de misère. Car oui, il reste encore 41 matchs à disputer.

Il y a bien sûr l’argument de la fatigue « mentale et physique », évoqué par Cédric Paquette. Le Québécois s’est toutefois empressé d’ajouter que ce long voyage n’était « pas une excuse », car le Wild a « travaillé plus fort que nous dans tous les aspects ».

Invoquer la fatigue a toutefois sa part de légitimité. Sept matchs en 13 jours sur la route, y compris deux combinaisons de deux sorties en deux soirs, dans trois fuseaux horaires différents et avec de longs déplacements. On ne les envie pas, mettons. La phrase « on rentre à la maison » prononcée par l’entraîneur-chef avait certainement des airs de libération.

Deux observations s’imposent tout de même.

D’abord, Josh Anderson l’a explicitement évoqué : les attaquants et les défenseurs ont abandonné leurs gardiens. Ceux-ci n’ont pas été très bons, d’accord. Mais quand bien même ils auraient donné deux, trois, quatre buts de moins, le Tricolore se serait encore fait déclasser.

« [Les joueurs du Wild] tournaient autour de nous dans notre zone, ça ressemblait à du hockey bottine pendant la majorité du match, a déploré l’attaquant. C’est notre faute. On doit compétitionner, être plus physiques, gagner les batailles. On s’est fait battre partout sur la glace. »

La situation était d’autant plus déplorable que le duo de gardiens en uniforme pour le CH comptait un total combiné de 11 matchs dans la LNH – tous disputés par Cayden Primeau, qui avait déjà été retiré deux fois en cinq départs cette saison. Le voilà maintenant à trois en six. Mieux les protéger, Michael McNiven et lui, aurait été la moindre des politesses.

Armes inégales

Ensuite, et c’est un constat déjà usé à la corde : le Wild avait une meilleure équipe. Cette phrase peut sembler convenue, mais elle demeure importante. Sur papier, la différence était déjà flagrante. Il suffisait de regarder le classement et l’état des deux formations.

Mais c’était vrai aussi au Colorado et à Las Vegas. Or, le Canadien y avait tenu son bout. À St. Paul, c’était parfois dur à regarder. Le Wild n’avait pas que de meilleurs joueurs. Il faisait tout mieux.

Ducharme à ce sujet : « Dans les conditions qu’on a, il faut que tout le monde soit à son meilleur, joue son meilleur match, pour se donner une chance de gagner. Ce soir, on n’avait pas ça. »

Il faudra retrouver cet état d’esprit – « on va [s’en] assurer », a promis l’entraîneur. Car les 41 prochains matchs seront disputés contre des équipes qui dépassent présentement le Canadien au classement. Aussi bien dire qu’on ne se battra jamais à armes égales. La solution devra venir d’ailleurs.

Cédric Paquette a fait remarquer que les matchs qui ont précédé celui contre le Wild avaient été autrement plus heureux pour ses coéquipiers et lui. Ainsi, en deuxième moitié de saison, « si on démontre un effort comme ça et qu’on suit le plan de match, on va bien jouer et avoir plus de points », a-t-il souligné.

« On continue d’avancer », a renchéri Dominique Ducharme.

Et on espère sans doute laisser la poubelle tranquille pour un moment.

Dans le détail

Le dur baptême de McNiven

PHOTO HARRISON BARDEN, USA TODAY SPORTS

Michael McNiven (70)

Ex-gloire du hockey junior canadien, Michael McNiven n’avait encore jamais goûté à la LNH. Il peut maintenant rayer cette réalisation sur sa liste. Le cerbère de 24 ans, membre de l’organisation du Canadien depuis 2015, a été envoyé dans la mêlée pour amorcer la troisième période, alors que la rencontre était hors d’atteinte. Il a vite été mis au défi, puisque Kiril Kaprizov s’est échappé, mais l’habile Russe a tiré hors cible. Laissé à lui-même par une défense amorphe, il a finalement cédé trois fois sur sept tirs. « J’étais moins nerveux que je l’aurais cru, surtout me connaissant, a noté McNiven après le match. J’aurais souhaité un meilleur résultat. » Malgré les circonstances, il semblait heureux d’avoir brisé la glace et a rendu hommage à ses coéquipiers, qui l’ont « accueilli » et qui ont « pris soin » de lui depuis son arrivée dans l’entourage du club il y a quelques semaines. Si ça peut le consoler, il y a 25 ans, en février 1997, un obscur choix de 9e tour accordait quatre buts en une période à ses débuts avec le Canadien. Ce Tchèque du nom de Tomas Vokoun a finalement disputé plus de 700 matchs dans la LNH.

Dvorak tombe au combat

L’accumulation des mauvaises nouvelles finit par faire sourire, mais ce n’est pas drôle. Pas du tout, même. Après Jake Allen, Jonathan Drouin et Samuel Montembeault, qui se sont tous blessés pendant le long voyage de l’équipe, voilà que Christian Dvorak est lui aussi tombé au combat dans les toutes premières minutes du match au Minnesota. Le joueur de centre, qui voguait sur une heureuse séquence de quatre points à ses trois matchs précédents, n’a jamais vu arriver Jared Spurgeon, qui l’a atteint à la tête avec un coup d’épaule. Après deux présences totalisant 36 secondes, la soirée de Dvorak était terminée. C’est l’observateur de la LNH sur place qui a demandé le retrait de l’Américain pour qu’il se soumette au protocole sur les commotions cérébrales. Il a échoué aux tests d’usage et n’est pas revenu au jeu. On en saura donc davantage sur son cas au cours des prochains jours. Dominique Ducharme, par ailleurs, n’a pas commenté le coup de Spurgeon.

Poehling sur la glace de ses idoles

Ryan Poehling avait bel et bien pris part à la période d’échauffement au centre du quatrième trio, mais c’est plutôt flanqué de Rem Pitlick et de Josh Anderson qu’il a amorcé la rencontre. Son entraîneur lui a en effet donné la responsabilité de la mise en jeu inaugurale, un beau geste pour le natif du Minnesota, qui disputait le premier match de sa carrière au Xcel Energy Center. Plus tôt dans la journée, Poehling avait expliqué à quel point il était un partisan féroce du Wild lorsqu’il était jeune. Des dizaines de fois, en saison et en séries éliminatoires, le petit Ryan s’est retrouvé dans les gradins de cet aréna pour y assister aux exploits de son joueur favori Zach Parise. « Je suis super emballé ! C’est un rêve pour moi de jouer ici. En grandissant, la seule chose que j’avais en tête, c’était d’être sélectionné par l’équipe de mon école secondaire. Je ne savais pas ce qui m’attendait. Aujourd’hui, je joue contre l’équipe que j’ai tant aimée. Je me sens privilégié. » Poehling, comme ses coéquipiers, n’a toutefois pas connu un grand match.

En hausse

Jake Evans

Rien d’exceptionnel à raconter à son sujet, mais il a terminé le match avec un différentiel de zéro, exploit partagé avec seulement Michael Pezzetta.

En baisse

Cayden Primeau

Toute l’équipe a mal joué. Mais il a donné au moins deux mauvais. La chute était brutale après ses exploits de samedi dernier au Colorado.

Le chiffre du match

3

Depuis l’entrée du Wild dans la LNH, c’était seulement la 13e fois que le Canadien jouait au Minnesota. C’est pourtant la troisième fois, déjà, qu’il accordait sept buts et plus. Il s’était incliné à deux reprises par une marque de 7-1 en janvier 2017 et en décembre 2018.

Ils ont dit

Je n’ai pas haï notre début de match, mais on les a allumés avec trois ou quatre revirements en première période qui leur ont donné du momentum. À partir de là, notre game a commencé à descendre.

Dominique Ducharme

On arrivait en troisième période et on n’avait pas un bon match. Je ne voulais pas que [Cayden Primeau] soit exposé. On voulait le protéger. McNiven travaille très fort tous les jours, il avait la chance de poser les pieds sur la glace pendant un match de la LNH pour la première fois.

Dominique Ducharme

Je n’ai pas aimé le coup. Il semble l’avoir frappé directement à la tête. Quand tu perds un coéquipier aussi important pour le reste du match, tu ne peux pas te laisser faire. J’ai essayé de montrer un peu d’émotion.

Josh Anderson à propos de la mise en échec de Jared Spurgeon sur Christian Dvorak

Sur leur premier but [en troisième période], j’étais prêt pour le tir, mais [Matt Boldy] a trouvé le coin. Tu dois être prêt à tout.

Michael McNiven