Reconstruction ? Réinitialisation ? Rajeunissement ? Kent Hughes n’a pas voulu utiliser un terme en particulier pour imager la relance du Canadien.

Publié le 20 janvier
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Il est, de toute façon, trop tôt pour le faire, et une régénération de club ne se limite pas à un concept unique.

Prenons l’exemple récent de deux organisations désormais bien structurées et compétitives après l’arrivée d’une nouvelle direction, le Wild du Minnesota et les Panthers de la Floride.

Le créneau favorable de succès se refermait sur le Wild lors de l’embauche de Bill Guerin en 2019. La formation du Minnesota venait de rater les séries après avoir été éliminée en première ronde lors des trois années précédentes, le noyau était vieux, Guerin a hérité d’horribles contrats, et la relève n’avait rien pour réjouir les fans.

En Floride, les Panthers tournaient en rond malgré la présence de joueurs de premier plan comme Aleksander Barkov, Jonathan Huberdeau et Aaron Ekblad.

Avant l’arrivée en 2020 de Bill Zito, avocat de formation et ancien agent comme Kent Hughes, les Panthers avaient été exclus lors des huit des dix saisons précédentes, sans jamais remporter la moindre ronde.

Panthers et Wild n’ont évidemment pas eu le temps de se redresser au point de remporter une Coupe Stanley ou d’atteindre la finale, mais en consultant le classement ce matin, les Panthers occupent le troisième rang général au chapitre du taux de victoire avec une fiche de 26-8-5, tandis que le Wild est septième avec une fiche de 22-10-3. Et il y a assez de jeunes joueurs à des postes importants dans les deux formations pour espérer du succès à long terme.

Zito a hérité d’un gardien surpayé et défaillant, Sergei Bobrovsky. Le nouveau DG des Panthers a créé un département des gardiens, chapeauté par François Allaire. Bobrovsky s’est replacé avec éclat depuis.

Notre homme n’a pas hésité non plus dès son arrivée à remplacer deux des meilleurs compteurs de l’équipe, Mike Hoffman et Evgeni Dadonov, par des joueurs délaissés par d’autres organisations.

Anthony Duclair et Carter Verhaeghe sont devenus des éléments importants à l’attaque pour pas cher. Duclair a 30 points, dont 16 buts, en 31 matchs et Verhaeghe 32 points en 38 matchs.

Acquis des Flames de Calgary à un moment où sa valeur était à son plus bas, Sam Bennett a constitué une aubaine. Il a coûté un espoir de deuxième ordre et un choix de deuxième ronde. Bennett a amassé 39 points en 40 matchs depuis son arrivée en Floride.

On ne connait pas les méthodes d’évaluation de Zito et sa bande, mais il a su transformer du plomb en or. Le défenseur MacKenzie Weegar constitue un autre bel exemple. Weegar, originaire d’Ottawa, un choix de septième ronde des Panthers en 2013, était limité offensivement à ses trois premières saisons en Floride.

Il a explosé offensivement depuis l’arrivée de la nouvelle administration. Le voilà avec 61 points à ses 93 derniers matchs. Il en avait obtenu 41 à ses 172 premiers matchs en carrière.

Guerin, cité par Hughes mercredi en conférence de presse, n’a pas fait table rase au Minnesota lui non plus.

Il a attendu un an après son entrée en poste pour se départir de deux de ses vétérans au centre, Eric Staal et le capitaine Mikko Koivu, et ainsi amener du sang neuf. Un an plus tard, il rachetait les monstrueux contrats de Ryan Suter et Zach Parise.

Qui tire le Wild actuellement ? Guerin a convaincu le meilleur espoir de l’organisation, Kiril Kaprizov, de se joindre à l’équipe.

Les jeunes Joel Eriksson-Ek et Jordan Greenway, qui semblaient plafonner sous l’ancienne administration, ont obtenu des rôles plus importants. Ryan Hartman, 27 ans, qui à sa meilleure saison a obtenu 31 points, en a déjà 30 en 35 matchs au centre du premier trio. Mats Zuccarello, 34 ans, connait une belle renaissance.

On intègre tranquillement d’autres jeunes à la formation. Matthew Boldy, un choix de première ronde en 2019, a obtenu quatre points à ses quatre premiers matchs. Marco Rossi a eu l’occasion de disputer deux rencontres récemment.

La défense est essentiellement la même avec Jonas Brodin, Matt Dumba et Jared Spurgeon, mais Alex Goligoski, 36 ans, et même Jon Merrill, tous deux acquis pour une bouchée de pain, connaissent eux aussi un formidable nouvel élan.

Guerin a aussi obtenu au passage un choix de première ronde (le défenseur Carson Lambos, membre de l’équipe canadienne au plus récent Championnat mondial junior) et un espoir, Calen Addison, des Penguins pour Jason Zucker en février 2020.

En bref, Zito et Guerin ont déterminé l’identité de l’équipe et ciblé des joueurs avec une grille d’analyse unique, il faut l’avouer, sans pour autant détruire les fondations du club.

C’est un peu ce que semblait proposer Kent Hughes lors de son premier point de presse, mercredi. L’avenir seul nous dira s’il parviendra à donner de l’espoir aux fans du Canadien, qui en ont grandement besoin.

Patience avec Jack Eichel

Jack Eichel s’entraîne avec ses nouveaux coéquipiers des Golden Knights de Vegas depuis une dizaine de jours, sans contact, il faut le préciser, et il ne faut pas l’attendre dans la formation avant plusieurs semaines. « Il ne disputera pas de match avant un ou deux mois, a prévenu l’entraîneur Peter DeBoer aux journalistes mercredi. Mais il nous accompagne au cours de ce voyage et ça lui permettra de se familiariser encore davantage avec ses coéquipiers. »

Eichel a subi une délicate intervention chirurgicale pour se faire insérer un disque cervical artificiel en novembre, après avoir été échangé des Sabres aux Golden Knights. Il n’y a guère d’urgence à le revoir avant la date prévue du 21 mars puisque Vegas occupe le premier rang de la section Pacifique.

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