Kent Hughes a parlé du « premier jour d’une grande aventure ». S’agira-t-il d’une quête facile et harmonieuse ? Rien n’est moins sûr.

Publié le 19 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le nouveau directeur général du Canadien de Montréal s’est adressé pour la première fois aux membres des médias de la métropole, mercredi.

Comme son embauche ne remonte qu’à 48 heures, personne ne s’est étonné qu’il ne se prête pas à une longue et exhaustive description des lacunes du club dont il hérite. Les prochains jours et prochaines semaines, a-t-il averti, serviront à apprivoiser toute la structure organisationnelle et à faire connaissance avec ses nouveaux employés, dans les bureaux et sur la glace.

Mais il a néanmoins donné quelques grandes lignes sur ses intentions.

Il y a beaucoup à faire, a-t-il convenu, alors qu’il se voit offrir la chance de « dessiner un nouveau plan » pour le Canadien.

Aussi bien vider la question tout de suite : oui, le mot en « R » a été prononcé… sans toutefois qu’il soit attaché à un engagement clair. « Reconstruction, rééquipement [retool], réinitialisation, le choix des mots m’importe peu, a avoué l’ex-agent. Je veux une équipe capable de gagner pour plusieurs années. Pas pour l’an prochain, pas pour deux ans, pas juste une seule fois. »

Aussi bien dire qu’il n’est pas pressé. Qu’il souhaite faire les choses bien plutôt que de les faire vite.

« Je n’aurais jamais accepté un emploi où le travail est déjà fait », a-t-il renchéri. L’équipe compte sur des « pièces très intéressantes » autour desquelles « construire ». « Des jeunes joueurs emballants comme Nick Suzuki et Cole Caufield », mais également des vétérans – il n’en a toutefois pas nommé.

Modernité

Hughes était flanqué de Jeff Gorton, vice-président exécutif des opérations hockey du Canadien, et de Geoff Molson, propriétaire et président de l’organisation. Pendant 45 minutes, ils ont répondu aux journalistes dans les deux langues officielles. Le DG s’est d’ailleurs exprimé avec beaucoup d’aisance dans la langue d’Albert Millaire.

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Jeff Gorton, Kent Hughes et Geoff Molson

Sans surprise, c’est vers lui que la majorité des questions ont été dirigées. Et un thème est revenu quelques fois pendant ses tours de parole : celui de la modernité.

Il veut « créer une organisation moderne dont les joueurs veulent faire partie ». Avec Dominique Ducharme, il souhaite discuter et lui soumettre ses « idées sur les qualités » que devrait posséder un « entraîneur des temps modernes ».

Gorton a dit de lui qu’il appréciait sa pensée non conventionnelle. Hughes s’en est amusé, avant de préciser sa pensée.

« Il y a longtemps, à Philadelphie, Ron Hextall [directeur général des Flyers de 2014 à 2018] m’a dit : ‟Nous sommes dans une industrie où nous achetons cher pour revendre au bas prix.” Il faut trouver une manière d’éviter cette approche. »

Le cœur de la réponse à cet enjeu passe évidemment par une évaluation juste des joueurs. Autre élément sur lequel il a insisté : on ne se gênera pas pour recourir aux statistiques avancées et aux méthodes d’analyse dernier cri pour y parvenir.

« Ce n’est pas qu’une question d’amasser de l’information, mais de savoir comment bien s’en servir », a expliqué Hughes.

Avec le personnel de développement, il faut trouver une manière d’évaluer un joueur et de l’aider à s’améliorer plutôt que de juste déterminer qu’il n’est plus assez bon.

Kent Hughes

Il veut que tous les départements – opérations, analytique, développement, entraîneurs – travaillent de pair afin de tirer « le maximum de tout le monde ».

Il souhaite que ce constat s’applique au volet hockey de ses tâches, mais également à toute la chaîne de gestion. À ses yeux, les bons directeurs généraux de la ligue « ont un plan et ont la patience de ne pas réagir qu’à court terme ».

« Ils ont une vision intégrée pour l’organisation, a-t-il ajouté. Un bon œil pour le talent, mais aussi pour gérer les gens. »

« Je ne pense pas que l’équipe qui gagne la Coupe Stanley est nécessairement celle qui compte sur les joueurs les plus talentueux, a-t-il encore dit. Il y a une culture d’organisation à établir, un sentiment que tout le monde va dans la même direction. Je veux créer un environnement où tout le monde contribue à ce qu’on gagne ensemble. »

« Junkie » de hockey

Ses quelque 25 années passées comme agent de joueurs l’ont amené à composer avec les 32 organisations de la LNH. Par ses propres observations, mais également grâce à celles de ses clients, il a rempli son calepin d’éléments qu’il souhaiterait reproduire et d’autres qu’il voudra éviter.

Il a « toujours été curieux » de connaître la gestion des grandes franchises sportives, et il passera les prochains jours à prendre le pouls de tous ses nouveaux collègues à l’interne, « pas juste pour leur exposer [son] plan, mais pour savoir ce qu’ils aiment et ce qui leur manque ».

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Kent Hughes

La négociation n’est pas son unique force, a-t-il affirmé. Bien sûr, il sait « comment un joueur pense, comment un agent pense », ce qui constituera un avantage pour son nouvel employeur.

Mais avant tout, il se décrit comme « un junkie de hockey », qui s’est toujours intéressé au recrutement, au développement des joueurs et de leurs habiletés, à l’entraînement. « Ma femme vous confirmerait que quand je ne suis pas en train de travailler, je parle de hockey. »

Hughes et Gorton rejoindront l’équipe à Vegas, où le Canadien affrontera les Golden Knights ce jeudi soir. Même si on souhaite se donner le temps de bien faire les choses, certaines décisions presseront plus que d’autres, avec la date limite des transactions qui est prévue le 21 mars.

« On a deux mois », a confirmé le nouveau venu.

Deux mois, dans la vie d’une équipe, c’est parfois long : demandez aux joueurs du Canadien de vous parler de leur saison actuelle. Mais cela peut passer très vite lorsqu’il s’agit de jeter les bases d’une véritable vision à long terme.