Au milieu des années 1990, une hockeyeuse américaine portant l’uniforme des Stingers de l’Université Concordia faisait tourner les têtes.

Publié le 19 janvier
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

L’attaquante dans la mi-vingtaine avait outrageusement dominé la NCAA au cours des quatre hivers précédents. Or, malgré trois participations aux Championnats du monde, elle patinait dans un relatif anonymat.

Un jeune homme du même âge qu’elle s’est toutefois présenté à l’aréna pour lui parler. Fraîchement diplômé en droit, il disait représenter des athlètes et lui offrait ses services. Il ne se doutait pas qu’il avait devant lui celle qui, en 2010, deviendrait la première femme à entrer au Temple de la renommée du hockey. Et elle ne se doutait pas davantage qu’elle discutait avec le futur directeur général du Canadien de Montréal.

Au bout du fil, Cammi Granato n’a que de bons mots pour Kent Hughes, son premier agent. Elle parle sans se faire prier d’un « gars super, très intelligent », qui lui a ouvert des portes auxquelles, de son propre aveu, « les hockeyeuses n’avaient pas accès à l’époque ».

Granato, qui est aujourd’hui recruteuse professionnelle pour le Kraken de Seattle, a été l’une des grandes vedettes du hockey américain du début des années 2000.

Ses performances sur la glace en sont l’évidente explication. Capitaine de l’équipe nationale aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998, elle a contribué à la victoire surprise des États-Unis sur les grandes favorites canadiennes. Elle y était aussi en 2002 lorsque les éternelles rivales ont pris leur revanche. Ses 6 buts et 10 points à Salt Lake City figurent encore parmi les meilleures performances de l’histoire du programme féminin américain pour un seul tournoi.

Coup de pouce

Le coup de pouce de Kent Hughes a aussi grandement contribué à sa notoriété, et la principale intéressée le dit sans gêne. Après le triomphe à Nagano, son agent est parti à la chasse aux commanditaires potentiels. Et il n’a jamais hésité à frapper à la porte des géants.

AT&T, Nike, Chevrolet et Visa, entre autres, ont répondu à l’appel. « Il a défoncé le plafond » opaque qui privait les femmes de partenaires financiers de taille, raconte Granato. « Il est allé bien plus loin que tout ce que j’aurais pu imaginer. »

Hughes a également contribué à ce que toute l’équipe américaine profite de cette visibilité.

Réticente à dire qu’il a « convaincu » les grandes entreprises d’embarquer dans le train du hockey féminin, Granato préfère souligner qu’il a changé, chez ces commanditaires, la manière de voir le hockey féminin.

À l’époque, notre sport ne profitait d’aucun soutien. Personne ne s’intéressait à nous. Kent a cru en moi, a cru au hockey féminin. C’était du jamais-vu.

Cammi Granato

Sans qu’il soit un acteur actif du dossier, il s’est également rangé derrière les joueuses de l’équipe nationale lorsque, inspirées par leurs consœurs du soccer, elles ont embauché des avocats et tenu tête à Hockey USA, en 2000, pour améliorer leurs conditions de travail.

Une posture qui était loin d’être la norme à cette époque.

Toujours reconnaissante 20 ans plus tard, Cammi Granato se dit « très heureuse » que Hughes ait décroché le poste de directeur général du Tricolore. Même si l’allié de longue date devient du coup un rival.