À peine une trentaine de minutes après la première conférence de presse de Jeff Gorton à Montréal, le 6 décembre, le réflexe avait été de passer un coup de téléphone à Kent Hughes.

Publié le 18 janvier
Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Le nouveau vice-président aux opérations hockey du Canadien avait dressé le profil de son candidat idéal au poste de directeur général, quelqu’un de complémentaire, un agent peut-être, mais quelqu’un aussi qui parle français.

Kent Hughes était un agent prolifique, Vincent Lecavalier, Patrice Bergeron, Kristopher Letang, Darnell Nurse, il avait grandi au Québec, joué pour les Lions du Lac Saint-Louis, dont il était le capitaine, puis l’équipe du cégep de Saint-Laurent, avant de déménager aux États-Unis, au Vermont, puis dans le Massachussetts.

Notre homme a répondu sur le champ, comme il répond toujours, à moins de cas de force majeure. La conversation s’est déroulée en français, comme lors de chacune des discussions téléphoniques depuis une quinzaine d’années.

Kent Hughes n’a évidemment pas confirmé son intérêt pour le poste il y a cinq semaines lors de cet appel. Il était trop tôt dans le processus, et son agence de joueurs roulait à fond. Pourquoi sacrifier des dizaines de millions de dollars pour un poste si exigeant émotionnellement ?

La conversation a duré une vingtaine de minutes. Fidèle à son habitude, Kent Hughes a dressé un portrait assez complet de la situation, sans pour autant se compromettre ou en compromettre un autre. Assez pour confirmer le lien solide qu’il entretenait avec Jeff Gorton, originaire du Massachusetts, et assez pour comprendre que le VP aux opérations hockey du Canadien s’était enquis auprès de lui de Montréal et de son marché avant d’accepter le poste.

Hughes a rappelé une trentaine de minutes plus tard pour demander que son nom ne soit pas associé à la liste de candidats, mais le texte était déjà en ligne. Il n’en a pas fait de cas.

Comment décrire Kent Hughes, cet avocat de formation, au fil de conversations riches sur presque deux décennies, toujours prêt à donner l’heure juste, dans le dossier épineux des commotions cérébrales, dont ont souffert ses clients Patrice Bergeron et Matthew Lombardi, ou encore des avantages de la NCAA comparativement à la LHJMQ, et vice versa ?

Une extraordinaire connaissance du hockey et de ses principaux acteurs, évidemment. Un homme extrêmement intelligent, curieux, réfléchi, modeste, cartésien, discret aussi. Comment l’agent de joueurs aussi en vue au Québec que Vincent Lecavalier, Patrice Bergeron et Kristopher Letang peut-il demeurer aussi méconnu dans sa propre province ? Voilà des qualités indéniables pour un directeur général. À plusieurs égards, il peut rappeler Julien BriseBois.

Kent Hughes était un jeune étudiant au Boston Law School lorsqu’il a commencé à travailler pour l’agent Jay Fee. Hughes décortiquait pour lui la nouvelle convention collective.

Ce Montréalais a lancé sa propre agence avant le tournant du siècle. En 1999, à sa deuxième saison à Tampa, Vincent Lecavalier cherchait un nouvel agent. Il visait une grande agence.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Vincent Lecavalier

Hughes a communiqué avec son frère, Philippe, qu’il avait dirigé quelques années auparavant dans une équipe de hockey AAA de printemps dans l’Ouest de Montréal.

Vincent Lecavalier a accepté de rencontrer Hughes, mais à reculons. Le meeting devait durer une heure. Six heures de discussions plus tard, Hughes venait de mettre la main sur son premier gros nom. Un an plus tard, Philippe commençait à travailler avec lui. L’aventure était lancée.

Le respect mutuel que se vouent Jeff Gorton et Kent Hughes n’est pas à dédaigner. Les deux hommes se parleront d’égal à égal, et Hughes sera assez fort pour challenger son interlocuteur.

Fait intéressant à signaler, les deux fils de Kent Hughes, Riley, repêché par les Rangers de Jeff Gorton en 2018, et Jack, jouent pour les Huskies de Northeastern. L’un des meilleurs espoirs du Canadien en défense, Jordan Harris, s’y trouve également.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Jordan Harris

Harris avait surpris le Canadien en refusant une offre de contrat le printemps dernier afin de disputer une dernière saison dans la NCAA. Originaire du Massachusetts, il n’a jamais caché son attachement pour les Bruins de Boston. L’arrivée de Jeff Gorton et Kent Hughes à la direction du CH fera-t-elle pencher la balance en faveur de Montréal ?

Notre homme âgé de 51 ans n’est pas le premier agent, ou avocat, à passer au rôle de directeur général. Julien BriseBois est avocat de formation. Bill Zito, qui a transformé les Panthers de la Floride, est un ancien agent et avocat. Mike Gillis a lui aussi fait le saut chez les Canucks de Vancouver, sans oublier évidemment le défunt Pierre Lacroix avec les Nordiques de Québec, devenus l’Avalanche du Colorado.

Kent Hughes sera présenté aux médias mercredi. Vous découvrirez un homme simple, sans artifices, mais brillant. Le Canadien a fait un bon choix.

Timo Meier émerge

PHOTO DARREN YAMASHITA, ASSOCIATED PRESS

Timo Meier a marqué cinq buts lundi.

Après une saison de 66 points, dont 30 buts, en 78 matchs à 22 ans, en 2019, ce jeune attaquant des Sharks de San Jose a vu sa production décliner au cours des deux saisons suivantes. Il y a même eu des rumeurs d’échange le concernant. Timo Meier, anciennement des Mooseheads d’Halifax et des Huskies de Rouyn-Noranda, a marqué cinq buts lundi. Meier, 25 ans, affiche désormais 45 points, dont 20 buts, en 35 matchs, au huitième rang des compteurs de la LNH. Le parcours des jeunes joueurs de la Ligue nationale de hockey est tout sauf linéaire.

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