Enrico Ciccone était au téléphone avec Kent Hughes mardi matin, question de prendre des nouvelles comme les amis le font.

Publié le 18 janvier
Richard Labbé
Richard Labbé La Presse

Au moment de raccrocher, Hughes a lancé une invitation à son pote de longue date : « Il m’a dit qu’il allait être à Montréal très bientôt et qu’on devrait aller prendre une bière… »

Au bout du fil, Ciccone en rit encore. Sur le coup, il n’a pas réalisé que Hughes, un ami d’enfance avec qui il a patiné sur les glaces de l’ouest de la ville, se préparait à revenir au Québec pour aller s’installer dans la chaise du directeur général au Centre Bell.

« Notre amitié remonte au bantam AA, quand on jouait ensemble à 14 ans avec les Royals du West Island, ajoute-t-il. On a joué comme ça pendant trois ans, dont la dernière année, avec les Lions du Lac Saint-Louis.

« C’est un gars qui a toujours parlé français, dont les parents parlaient français aussi. C’est un gars d’ici qui a fini par partir aux États-Unis pour sa carrière, comme bien d’autres l’ont fait. Martin Brodeur aussi a fait ça, et est-ce qu’on dit qu’il n’est pas un Québécois ? Il faudrait arrêter avec ça… »

« Super intelligent »

Le parcours de hockeyeur de Hughes s’est d’ailleurs fait longtemps en français. Avant d’aller faire le saut au hockey universitaire à Middlebury College, dans l’État du Vermont, Hughes a fait un arrêt au cégep de Saint-Laurent, pour y jouer pendant une saison avec les Patriotes, en 1987-1988.

C’est là que Gérard Gagnon l’a connu. Gagnon, un entraîneur de hockey de longue date au Québec, se souvient avant tout d’un jeune homme qui avait déjà à cette époque une solide tête bien vissée sur les épaules.

« Dans ces années-là, il y a bien peu de joueurs de 17 ans qui réussissaient à se faire une place avec une équipe de la Ligue collégiale AAA, mais lui, il avait réussi, se rappelle Gagnon. Il était un joueur de petite stature, pas très rapide, mais habile et super intelligent sur la glace. »

Son intelligence de hockey était très élevée, il comprenait tout de suite ce qu’on lui expliquait.

Gérard Gagnon, ancien entraîneur de Kent Hughes

Au cégep de Saint-Laurent, Hughes a bien sûr étudié en français, et la plupart du temps avec beaucoup de succès. « Il était un très bon étudiant, et il récoltait de très bonnes notes », d’ajouter Gagnon.

Selon Ciccone, ce lien avec le Québec, Hughes ne l’a jamais perdu. Ciccone se souvient de ses années comme joueur chez le Lightning, où il avait eu à héberger un jeune Vincent Lecavalier à Tampa. Hughes avait eu vent de la situation, « et peu de temps après, c’est Kent qui est devenu son agent », ajoute-t-il.

Une décision difficile…

C’est cet homme que le Canadien a embauché. Un homme qui n’a jamais oublié d’où il vient, mais aussi, un homme qui s’est façonné une réputation à coups de dizaines et de dizaines de soirées passées à essayer de chercher les perles rares dans tous les arénas qu’il pouvait trouver sur son chemin.

« Son agence, Kent l’a bâtie brique par brique, ajoute Ciccone. Je l’ai croisé souvent dans les arénas alors que je travaillais moi aussi comme agent, et je pense qu’il a eu à prendre une décision très difficile au moment de dire oui au Canadien.

« Quand tu es un agent, tu deviens un peu le père de ces joueurs-là, le grand frère. Tes joueurs, ils deviennent ta famille, tu ne veux pas les laisser tomber, ils se fient à toi, se confient à toi. Là, c’est comme si on lui demandait de se départir de ses enfants… c’est probablement la décision la plus difficile de sa vie. »

Mais Ciccone n’a aucun doute : le Canadien vient de faire un excellent choix.

« Quand on jouait ensemble dans l’Ouest-de-l’Île, Kent était toujours le capitaine de nos clubs. Parce que c’est un rassembleur, et aussi, parce que c’est un gars qui a du leadership. Ceux qui pensent que le Canadien vient de nommer un gars qui va seulement dire oui à Jeff Gorton ne connaissent pas Kent… »