Les équipes en difficulté sont des adeptes de la vision à court terme. On pense au prochain match, point. Un jour à la fois.

Mis à jour le 29 déc. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Quand bien même le Canadien voudrait agir autrement, il ne le pourrait pas. Car, comme le rappelle l’entraîneur-chef Dominique Ducharme depuis quelque temps déjà, la situation évolue, littéralement, d’heure en heure. On navigue à vue, à défaut de disposer d’autres options.

Mercredi, à la veille d’un affrontement à Raleigh contre les Hurricanes de la Caroline, on a appris que les noms de l’attaquant Paul Byron et du gardien Cayden Primeau avaient été ajoutés au protocole de surveillance de la COVID-19 de la LNH. Il s’agit des candidats numéro 6 et 7 de l’équipe en trois jours seulement, ce qui porte à 11 le nombre de joueurs isolés du reste du club.

Sur le plan du hockey, l’impact est plus malheureux pour Byron et Primeau que pour leur équipe. Le premier n’avait pas joué de la saison et s’approchait enfin d’un retour au jeu, lui qui achève sa rééducation après une opération à une hanche subie l’été dernier. Le second aurait probablement obtenu un départ au cours du présent voyage du CH dans le sud-est des États-Unis, mais il y a encore Michael McNiven pour prendre la relève.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Paul Byron

C’est plutôt sur le plan de la gestion générale du club que le brouillard s’épaissit. Combien de joueurs seront disponibles pour disputer la rencontre contre les Hurricanes ? Puis celle contre les Panthers, le surlendemain ?

Cherchera-t-on à trouver en catastrophe un gardien pour l’escouade de réserve ? À court terme, la réponse est non. On croise les doigts pour que McNiven et Samuel Montembeault restent en santé.

Les quatre premiers matchs locaux de 2022 sont déjà reportés, et les détenteurs d’abonnements ont été avisés que les cinq suivants pourraient subir le même sort. Profitera-t-on de ces journées récupérées pour s’entraîner, ou bien reprendra-t-on des matchs annulés avant Noël ? Ne serait-ce qu’un seul, peut-être contre les Devils du New Jersey ?

On est en train d’étudier tout ça. On peut faire des plans, mais ils peuvent changer demain matin.

Dominique Ducharme, entraîneur-chef du Canadien de Montréal

Planifier des entraînements n’est même plus une chose simple, à un moment où on ne peut garantir qu’on disposera d’« assez de joueurs pour pratiquer ». En effet, si la Ligue américaine garde intact son calendrier du début du mois de janvier et que le Rocket de Laval est en action, le Tricolore pourrait lui céder les joueurs qui sont admissibles à y jouer. En comptant l’escouade de réserve, cela représente, à l’heure actuelle, la majorité de sa formation.

« On va évaluer la situation autant [à Montréal] qu’à Laval et voir comment on peut gérer ça le mieux possible », a encore dit Ducharme.

Flou partout

Comme le virus, le flou est partout.

Jusque dans l’application du nouveau protocole d’isolement des joueurs atteints de la COVID-19 dévoilé par la LNH et l’Association des joueurs. Celui-ci prévoit, notamment, qu’un joueur asymptomatique présentant un test négatif pourrait mettre fin à sa quarantaine après 5 jours au lieu de 10… si les autorités sanitaires locales le permettent. Contrairement aux États-Unis, le Québec n’a pas encore donné le feu vert à cet assouplissement.

Ducharme a ainsi confirmé que, jusqu’à nouvel ordre, les membres de l’organisation du Canadien demeuraient assujettis à la quarantaine de 10 jours. Primeau ne pourra donc rentrer à Montréal avant de l’avoir observée, mais il pourra la couper en deux ; après s’être isolé 5 jours en Floride, où il est resté à l’hôtel mardi après le match du CH à Tampa, il pourra se rendre au New Jersey, où se trouve sa résidence principale, pour les 5 autres journées. Quant à Byron, qui n’a pas lui-même été déclaré positif, mais qui a été en contact avec une personne atteinte de la COVID-19, il a pu rentrer au Canada.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Cayden Primeau

Cela étant, la situation n’est pas moins frustrante pour lui. « C’est tellement malheureux, il était vraiment tout près » d’un retour, a souligné Ducharme.

N’importe quel joueur tenu à l’écart du jeu pendant plusieurs mois trouve forcément le temps long. C’est peut-être encore pire pour « un gars d’énergie, de caractère et de défis » comme Byron. « Il était emballé et savait que ça s’en venait, a ajouté l’entraîneur. C’est un autre obstacle. Mais c’est une question de temps. Éventuellement, il sera de retour avec nous. On a hâte de le voir sur la glace. »

Par ailleurs, ni contre les Hurricanes ni contre les Panthers, le Canadien ne pourra compter sur le retour d’un des joueurs dont la période d’isolement tire à sa fin. Artturi Lehkonen, par exemple, a été inscrit au protocole de la LNH le 18 décembre ; comme il ne s’est pas entraîné depuis, il ne serait pas prêt à jouer d’ici samedi.

Après le Finlandais, les joueurs suivants qui pourront être « réactivés » seront Mike Hoffman, Laurent Dauphin et Tyler Toffoli – celui-ci est toutefois blessé. Inscrits au protocole le 28 décembre, Joel Edmundson, lui aussi blessé, ainsi que Ben Chiarot, Jeff Petry, Chris Wideman et Jake Allen devront attendre encore un peu.

Savoir-faire

Dans les circonstances, l’occasion est belle pour les joueurs remplaçants de montrer leur savoir-faire. Mardi dernier, dans un bel effort collectif malgré la défaite, Rafaël Harvey-Pinard et Kale Clague ont chacun inscrit leur premier but dans la LNH, tandis que Corey Schueneman a obtenu son premier point. Lukas Vejdemo, quant à lui, a inscrit un premier but en près de deux ans.

PHOTO CHRIS O'MEARA, ASSOCIATED PRESS

Sami Niku (15) et Rafaël Harvey-Pinard (49)

« Tout le monde veut faire de son mieux et montrer qu’il a du talent », a rappelé Ryan Poehling, qui a lui-même connu une bonne sortie au centre de Harvey-Pinard et de Cole Caufield.

Les gars sont emballés d’être ici. Ç’a été un match amusant, tout le monde en a tiré du positif. On doit continuer comme ça […] et si on compétitionne de la même manière [jeudi], ce sera un autre bon match.

Ryan Poehling

Alex Belzile ne s’est pas gêné pour évoquer le bon vieux « 110 % » fourni par ses coéquipiers et lui, une condition non négociable quand on compose avec une formation « décimée ».

« Tous les trios ont contribué, on a joué de la bonne façon, s’est-il réjoui. On a commis quelques revirements, mais ça arrive dans n’importe quelle partie. Et notre gardien nous a gardés dans le match. C’est encourageant. »

Ce l’est, en effet, car le prochain match ne sera pas plus facile, contre une autre puissance de la ligue.

Mais il reste encore plusieurs heures avant cette rencontre. Aussi bien dire une éternité.