(Nashville) Avec tous les blessés du Canadien, notamment et surtout à des postes-clés, la logique voudrait que d’autres joueurs en profitent pour se démarquer. Ce n’est pas tant que le malheur des uns devrait faire le bonheur des autres. Mais c’est un peu ça quand même.

Mis à jour le 4 déc. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
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C’est plus ou moins ce qui s’est produit dans ce match à Nashville, qui s’est soldé par une défaite de 4-3 en prolongation du Canadien face aux Predators.

Si on dit « plus ou moins », c’est que, forcément, la perte simultanée de Jeff Petry, Brendan Gallagher et Josh Anderson ne peut qu’avoir des conséquences sur le reste de la formation. Le retour de Mike Hoffman a été bienvenu en attaque, mais rien dans son jeu ne reproduit l’intensité qu’apportent Gallagher et Anderson dans un match.

Dans ces circonstances, trois joueurs ont atteint un sommet en carrière pour les minutes jouées en saison : le défenseur Alexander Romanov (24 min 24 s) ainsi que les attaquants Nick Suzuki (24 min 4 s) et Jake Evans (19 min 37 s). Les défenseurs Ben Chiarot (29 min 26 s) et David Savard (25 min 32 s) ont quant à eux connu leur match le plus occupé de la saison.

Certains éléments circonstanciels ont dopé ces chiffres, notamment les cinq pénalités dont a écopé le CH. Les cinq joueurs listés ci-dessus, de fait, sont employés en infériorité numérique, phase de jeu où aucun but n’a été accordé. Ça vaut certainement une étoile dans le cahier.

Or, à l’exception de Romanov et d’Evans, deux joueurs moins expérimentés qui prennent rapidement du galon cette saison, il s’agissait de clients attendus. Chiarot et Savard sont par défaut les deux piliers d’une défense bancale. Et Suzuki, on le répète depuis le début de la saison, est déjà le grand leader de cette équipe en attaque.

Il y avait donc quelque chose d’un peu surprenant à entendre Dominique Ducharme dire que « tout le monde » avait eu plus de responsabilités.

Vérification faite, rien n’est moins vrai. Christian Dvorak, Cole Caufield, Mathieu Perreault, Artturi Lehkonen, Michael Pezzetta, Chris Wideman et Mattias Norlinder ont tous obtenu un temps de glace inférieur à leur moyenne d’avant la rencontre. Tyler Toffoli et Ryan Poehling ont à peine joué plus qu’à leur habitude. Jonathan Drouin et Brett Kulak ont chacun ajouté plus d’une minute à leur utilisation habituelle, principalement en raison de la prolongation.

Reste donc Mike Hoffman qui, lui, a ajouté 2 min 25 s à sa charge de travail moyenne. On est contents pour lui, mais le fait qu’il soit un joueur unidimensionnel limite la contribution supplémentaire qu’il peut apporter dans des situations critiques.

Le cas de Kulak est particulièrement intéressant. Nettement plus fiable que Wideman et Norlinder, le vétéran apparaissait comme le candidat logique à une promotion en défense. Il en a obtenu une en jouant abondamment en infériorité numérique, lui à qui l’on interdit habituellement les unités spéciales. Et, en appuyant l’attaque, il a inscrit un joli but qui donnait les devants à son équipe en troisième période. Mais il est évident qu’il ne se qualifie pas pour le cercle de confiance.

Se lever

Il y a donc peu, voire pas de candidats qui semblent, dans les circonstances, se « lever », à l’exception des cinq élèves méritants cités en début de texte : Suzuki, Evans, Chiarot, Savard et Romanov. Les vases communicants sont en marche, mais à la faveur des mêmes contributeurs qu’à l’habitude.

Après la rencontre, Suzuki a dit ne pas avoir « remarqué » qu’il avait joué plus qu’à l’habitude. Qu’importe, il adore « passer beaucoup de temps sur la glace ».

Heureusement, car des responsabilités, il y en aura à prendre d’ici la fin de la saison, peut-être encore davantage tant que l’on continuera d’utiliser Evans à l’aile et non au centre. Poehling accomplit de bonnes choses depuis son rappel de la Ligue américaine, mais jouer dans le top 9 est, pour l’instant, beaucoup lui demander. Son trio a connu une très mauvaise soirée contre celui de Mikael Granlund.

Suzuki, en contrepartie, a non seulement joué beaucoup, mais il a bien joué. Son but, inscrit en avantage numérique, a brisé une léthargie de 10 matchs. Il s’agissait en outre de son premier sur la route cette saison.

Peu importe l’amphithéâtre, le jeune homme a dit qu’il voulait surtout contribuer au succès de son club. Il souhaite notamment tirer davantage vers le filet, ce qui est une excellente idée quand on constate la qualité du lancer qu’il a servi à Juuse Saros. Il espère finalement que ce but lui permettra de se relancer de manière régulière.

On le lui souhaite aussi. Car s’il hérite de missions encore plus importantes en attendant que l’infirmerie se vide, le Canadien aura besoin qu’il convertisse ses chances.

Cela, pour paraphraser Dominique Ducharme, est par ailleurs vrai pour tout le monde.

Précision : Une version préliminaire de ce texte indiquait que Ben Chiarot et David Savard avaient établi des sommets en carrière pour le temps de glace dans un match de saison. Il s’agit d’une information erronée. Chiarot a déjà surpassé son total de samedi à une reprise ; quant à Savard, il a plusieurs fois disputé de 25 à 30 minutes alors qu’il jouait pour les Blue Jackets de Columbus. Nos excuses.

Dans le détail

Kunin s’est fait plaisir

Mais oui, on sait qu’un tour du chapeau à la Gordie Howe ne reflète pas avec exactitude la carrière de Monsieur Hockey. Honorons toutefois la formule convenue pour souligner que Brett Kulak est passé à une mention d’aide de réussir le tiercé but-aide-bagarre. Luke Kunin, des Predators, peut toutefois ajouter cet exploit à son CV. L’attaquant, auteur du but égalisateur, a au demeurant connu un fort match, distribuant trois mises en échec. Son nom ne vous évoque pas grand-chose ? C’est bien normal, si vous regardez surtout les matchs du CH, puisqu’il n’avait auparavant obtenu qu’un maigre point en sept rencontres en carrière contre les Montréalais. À 24 ans, Kunin obtient ces jours-ci les plus importantes responsabilités de sa jeune carrière, alors qu’il complète un trio avec Ryan Johansen et Eeli Tolvanen. « Son jeu physique ainsi que sa capacité à marquer des buts et à être un adversaire dur à contrer […] en font un joueur de grande valeur », a commenté l’entraîneur-chef John Hynes après la rencontre.

Avec pas de casque

Dans toutes les entreprises, sans exception, les nouvelles administrations entraînent systématiquement, à court terme, des changements d’envergure variable. Chez le Canadien, l’arrivée de Jeff Gorton s’est manifestée par le relâchement d’une règle imposée sous Marc Bergevin : celle de porter le casque pendant la période d’échauffement. Pour la première fois depuis longtemps, neuf joueurs du CH ont donc sauté sur la patinoire, cheveux au vent. On ne sait toutefois pas si l’idée était celle de Gorton ou celles des joueurs. Des discussions avaient eu lieu à la réunion des gouverneurs de la LNH, en 2019, afin de rendre obligatoire le port du casque en tout temps. Avaient alors été invoqués les risques pour les patineurs d’être atteints par une rondelle ou encore ceux d’entrer en collision avec un autre joueur. À l’évidence, le dossier n’a pas cheminé. Sur les réseaux sociaux, des partisans ont ironisé en disant que le Tricolore avait trop de blessés dans sa formation pour prendre le risque de perdre des soldats supplémentaires de manière accidentelle. C’est drôle, parce que c’est vrai.

Clague en renfort

En l’absence simultanée de Joel Edmundson et de Jeff Petry, et alors que Sami Niku a contracté la COVID-19, le Canadien avait résolument besoin de renfort à la ligne bleue. Le nouveau vice-président aux opérations hockey du Tricolore, Jeff Gorton, en a trouvé en réclamant Kale Clague, 23 ans, au ballottage. Celui qui s’alignait jusque-là avec les Kings de Los Angeles se joindra à sa nouvelle équipe à Montréal lundi. Le gaucher, souvent employé à droite, a été un choix de 2tour (51e au total) des Kings en 2016. Il compte 5 passes en 11 matchs cette saison. Le Saskatchewanais a connu une brillante carrière junior, participant à deux reprises au Championnat du monde, chaque fois sous les ordres de Dominique Ducharme. Il avait eu la chance de se mettre en valeur cette saison à Los Angeles, avec les blessures à Drew Doughty et Sean Walker. Or, il n’a pas réussi à convaincre les Kings d’en faire un régulier dans leur top 6. Ducharme, après le match, a parlé d’un joueur qui « patine bien » et qui, sans être « le plus gros » – il mesure 6 pieds et pèse 177 livres –, « défend bien », grâce notamment à un « excellent bâton ». L’entraîneur a aussi souligné ses qualités offensives, alimentées par sa capacité à faire circuler efficacement la rondelle.

Ils ont dit

J’ai bien aimé notre deuxième période. Ils nous ont donné du fil à retordre en troisième. J’ai aimé notre effort. On était proches de gagner, on était là. Malheureusement, on n’est pas allés chercher le deuxième point.

En général, on s’est bien battus pendant le match. C’était un match très physique.

Dominique Ducharme

[Jake Allen] a fait de gros arrêts. On aurait pu perdre le match en troisième période, mais il s’est levé. Il l’a fait toute la saison.

Nick Suzuki

En prolongation, ça peut aller des deux côtés. Les deux équipes ont eu des chances. Collectivement, on va dans la bonne direction depuis quelques matchs.

Nick Suzuki

En hausse

Cole Caufield

L’une des bonnes performances du jeune homme cette saison, même s’il n’a pas marqué. Une rare bonne chance de marquer en avantage numérique et une superbe passe sur le but de Kulak.

En baisse

Mattias Norlinder

Aucune de ses 10 présences n’a vraiment retenu notre attention, sinon celle où il a reçu une solide mise en échec de Tanner Jeannot tôt dans la rencontre.

Le chiffre du match

39,1

C’était le 11match de suite que le Canadien accordait 30 tirs ou plus, et la cinquième fois dans l’intervalle qu’il en concédait plus de 40. En fait, depuis le début de cette séquence amorcée le 13 novembre, le CH domine la LNH en ayant fait cadeau d’une moyenne de 39,1 lancers à l’adversaire par rencontre.