Peut-être en demandons-nous trop au Canadien. Peut-être croyons-nous avoir sous les yeux une équipe finaliste de la Coupe Stanley, ce qui n’est plus le cas.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Faisons abstraction des événements du printemps pour les fins de la réflexion. Regardons plutôt ce que nous avons sous les yeux.

Un centre numéro un de 22 ans, talentueux certes, et récompensé récemment par un lucratif contrat de 63 millions, mais avec deux saisons derrière la cravate.

À sa droite, au sein de ce premier trio, un sérieux candidat au trophée Calder remis à la recrue par excellence, mais malgré toutes ses qualités, 20 ans seulement, et 33 matchs d’expérience dans la LNH.

On retrouve plus de stabilité au sein de l’autre trio, avec Christian Dvorak, 25 ans, entre Jonathan Drouin et Josh Anderson, mais Dvorak arrive à peine et on ne le devine pas en train de fouetter les troupes avec un discours enflammé.

Au centre du troisième trio, on demande à Jake Evans, 16 points, dont 5 buts, en 63 matchs en carrière, une seule saison complète dans la Ligue nationale, de faire produire Brendan Gallagher et Tyler Toffoli ou Joel Armia.

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Jake Evans

On a confié le poste de centre du quatrième trio à Cédric Paquette un peu par défaut, on souhaitait plutôt y avoir un autre jeune de 22 ans, Ryan Poehling, mais le garçon n’a pas été à la hauteur des attentes au camp d’entraînement.

En défense, Alexander Romanov n’a pas traîné trop longtemps en pénitence au sein de la troisième paire. Romanov, 21 ans, une année d’expérience dans la LNH, rayé de la formation pendant les séries éliminatoires sauf pour quatre matchs, a été ramené sur la première paire avec Jeff Petry en raison des limites de Brett Kulak.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Alexander Romanov

Il n’y a pas que les jeunes qui se retrouvent avec des responsabilités accrues. On demande désormais à Petry, confortable ces dernières années dans l’ombre de Shea Weber, d’assumer le rôle de défenseur numéro un en sachant que le capitaine ne reviendra pas.

Le gardien Jake Allen doit lui aussi en prendre plus large sur ses épaules en l’absence de Carey Price, mais il a déjà été un numéro un à St. Louis.

Pourquoi ne voyons-nous pas le Canadien pour ce qu’il est, un club en transition, un club en phase de rajeunissement ? Probablement parce que la réinitialisation entamée en 2018 s’est perdue en cours de route sans trop qu’on nous l’annonce et que nous nous retrouvons un peu perdus dans le processus.

Rappelons-nous il y a trois ans. Le capitaine Pacioretty échangé pour Suzuki, Tatar et un choix. Plekanec ramené pour la forme. On ouvre la porte à Jesperi Kotkaniemi à seulement 18 ans.

Au début de l’année suivante, octobre 2019, au tour de Nick Suzuki de mériter un poste de régulier, avec Ryan Poehling à tenter, sans succès, de l’imiter, après un match héroïque le printemps d'avant. Il y aura aussi Cale Fleury, impressionnant en première moitié de saison en l’absence de Weber.

L’été 2020 a marqué un virage majeur. Pour accélérer le processus de réinitialisation, et donner une chance à ses stars vieillissantes Carey Price et Shea Weber de s’approcher d’une Coupe, Marc Bergevin a acquis plusieurs joueurs importants, Tyler Toffoli, Josh Anderson, Joel Edmundson et Jake Allen. Ça n’a pas empêché Alexander Romanov d’intégrer le groupe.

Ça n’allait pas assez vite au cours de l’hiver et Bergevin a congédié Claude Julien et l’entraîneur des gardiens Stéphane Waite dans un geste que certains ont interprété comme de la panique.

Mais au cœur même de ce processus de réinitialisation, le DG était passé en mode « gagner rapidement ». Les vétérans Eric Staal, Jon Merrill et Erik Gustafsson sont arrivés en renfort en fin de saison.

Corey Perry, acquis en début de saison pour apporter de la profondeur, soumis au ballottage à la fin du camp, était déjà devenu un leader indispensable à l’arrivée de Staal et compagnie.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Corey Perry, Tyler Toffoli, Eric Staal et Brett Kulak

Pour ouvrir les séries, Jesperi Kotkaniemi et Alexander Romanov, au cœur du processus de rajeunissement, et Cole Caufield, impressionnant en fin de saison, se sont tous retrouvés dans les estrades au profit des vétérans. On a ramené Kotkaniemi et Caufield, pour ensuite retirer le premier de la formation dans les derniers matchs, en finale.

Le Canadien a fait rêver bien des fans en vertu de son parcours inespéré. Mais il y a un prix à payer. Shea Weber s’est usé complètement. Carey Price est vidé. Paul Byron et Joel Edmundson blessés. Danault, Staal, Perry, Gustafsson, Merrill, Tatar partis. Et KK.

Ça donne l’équipe actuelle. Un club à nouveau en réinitialisation, trois ans plus tard. Avec un DG dont l’avenir à Montréal est nébuleux. Avec un match à gagner mardi après trois défaites de suite.

Voilà pour le portrait des choses. Il faudra peut-être patienter un peu, comme en 2018, en attendant de voir les jeunes de la formation actuelle gagner en maturité et en leadership, et l’arrivée de certains bons espoirs parmi Guhle, Harris, Mysak, Tuch, Farrell, Roy et compagnie.

Revoilà Malkin !

PHOTO KEITH SRAKOCIC, ASSOCIATED PRESS

Sidney Crosby et Evgeni Malkin

Les Penguins n’ont pas perdu en trois matchs en l’absence de leurs centres Sidney Crosby et Evgeni Malkin, et qui a posé l’orteil sur la glace lundi matin en compagnie de Crosby et Michael Matheson ? Malkin lui-même. Crosby pourrait revenir au jeu dès cette semaine, mais la rééducation de Malkin sera plus longue. On ne prévoit pas le revoir en uniforme d’ici décembre. Mais déjà, le revoir sur une patinoire a de quoi fouetter encore davantage les troupes…

On retient son souffle à Tampa

PHOTO NICK WASS, ASSOCIATED PRESS

Nikita Kucherov

Nikita Kucherov s’est blessé (à l’aine ?) ce week-end et certains craignent une longue absence. Le chroniqueur Erik Erlendsson a été le premier lundi matin à évoquer une longue absence et une possible intervention chirurgicale. Une lourde perte, si c’est le cas, non seulement en raison de l’ascendant de Kucherov sur le club, mais aussi de la perte au préalable cet été du troisième trio constitué de Yanni Gourde, Blake Coleman et Barclay Goodrow, en plus de Tyler Johnson. Ça donne un coup à la profondeur d’un club.

Le plafond donne encore des soucis aux Leafs

PHOTO TIRÉE DU SITE DE LA LNH

Alex Bishop

Coincés par le plafond salarial en raison des salaires faramineux accordés à leurs quatre meilleurs attaquants, les Maple Leafs ont dû offrir en catastrophe ce week-end un contrat amateur à un gardien de l’Université de Toronto, Alex Bishop, en raison de la blessure subie par l’auxiliaire Petr Mrazek. Les Leafs ne pouvaient se permettre un rappel en raison de leur situation salariale, mais ils ont assis Bishop, 24 ans, sur le banc, sans qu’il ne compte sur la masse salariale, en espérant un match sans blessure pour Jack Campbell. Comme il n’a pas eu à jouer, Bishop n’a pas figuré sur la formation officielle des Leafs, qui peuvent désormais rappeler un gardien de la Ligue américaine sans gonfler leur masse salariale parce qu’ils ont disputé au moins un match à moins de 18 joueurs ou 2 gardiens. Les failles du système… et une drôle de gestion du plafond des Leafs depuis l’arrivée de Tavares. Les explications de John Mirtle.