C’était le contrat du siècle dans la LNH. Ou plutôt les contrats du siècle.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Le Wild du Minnesota, peu habitué aux coups d’éclat, venait d’offrir 98 millions pour 13 ans chacun aux deux joueurs autonomes les plus convoités du marché, le défenseur Ryan Suter et l’attaquant Zach Parise.

Le DG de l’époque, Chuck Fletcher, aujourd’hui chez les Flyers de Philadelphie, incarnait le renouveau au Minnesota.

L’arrivée de Suter et Parise allait faire du Wild une formation de premier plan, après quatre exclusions consécutives des séries éliminatoires.

Le Wild est effectivement devenu compétitif. Mais lors du congédiement de Fletcher, en 2018, neuf ans après son arrivée, l’équipe n’était pas parvenue à franchir une seule fois la deuxième ronde des séries éliminatoires, malgré six participations consécutives.

Quand Bill Guerin a hérité du poste de directeur général en août 2019, il a hérité d’un club sur la pente descendante, avec des stars vieillissantes et une banque d’espoirs plutôt courte.

Six mois plus tard, il congédiait l’entraîneur Bruce Boudreau, un symbole de faillite en séries éliminatoires, tant au Minnesota qu’à Anaheim et Washington, pour le remplacer par Dean Evason.

Guerin est aussi parvenu à convaincre la jeune star récalcitrante Kirill Kaprizov de quitter sa Russie natale pour joindre la LNH, à 23 ans.

PHOTO RICK SCUTERI, ASSOCIATED PRESS

Kirill Kaprizov

Son entraîneur et lui ont aussi placé les jeunes Joel Eriksson-Ek, Kevin Fiala et Jordan Greenway dans des conditions gagnantes, de façon à leur donner graduellement les rênes de l’équipe à l’attaque.

Mais Guerin a posé son geste le plus significatif le 13 juillet en rachetant les contrats de Suter et Parise, auxquels il restait encore quatre années.

Plusieurs facteurs expliquent cette décision audacieuse de la part de Guerin. D’abord la production. Parise, 36 ans, avait été rayé de la formation lors de trois des quatre derniers matchs de la saison régulière et les trois premières parties en séries. Suter avait ralenti offensivement, mais il jouait encore 22 minutes par rencontre.

Le Wild n’était pas coincé par le plafond salarial, mais il se donne une flexibilité de quelques millions supplémentaires cette année, et il efface presque totalement la somme de 14 millions sur la masse dans quatre ans.

Cette décision permettait aussi à Guerin de protéger deux joueurs supplémentaires lors du repêchage de l’élargissement des cadres, puisqu’il aurait été contraint d’inscrire Parise et Suter sur sa liste de protection en raison d’une clause à leur contrat.

Mais on n’efface pas deux icônes en criant ciseau. Il faut aussi convaincre le propriétaire de cracher 11 millions pour se débarrasser de deux de ses meilleurs joueurs de la dernière décennie (malgré les performances en dents de scie de Parise) et lui faire admettre par le fait même son erreur de 2012.

Craig Leipold a brisé le silence, mercredi dans une entrevue exclusive accordée au distingué Michael Russo.

« Nous en avons discuté sans arrêt pendant des mois, a admis le propriétaire du Wild. Je comprends pourquoi il voulait prendre cette décision. Après l’avoir challengé plusieurs, plusieurs fois, il n’a pas bronché. Alors je lui ai donné le feu vert. »

Remis de son choc initial, Leipold endosse pleinement cette décision. D’autant plus après la saison surprenante du Wild l’an dernier, mené par un nouveau groupe de leaders.

« Je n’entrerai pas dans les détails, mais c’était la bonne décision pour notre vestiaire, pour nos jeunes joueurs, pour l’organisation, et je ne crois pas que Ryan et Zach soient malheureux aujourd’hui. Je ne regrette pas cette décision. Pas du tout. Nos jeunes gagnent en confiance, nous avons une nouvelle culture, un nouveau capitaine (Jared Spurgeon), c’est un nouveau chapitre.» 

Il y a deux ans à peine, à l’arrivée de Guerin, Eric Staal, 35 ans, et Mikko Koivu, 37 ans, constituaient les deux piliers au centre.

Joel Eriksson-Ek, 24 ans, un choix de première ronde en 2015 qui a mis plusieurs saisons à s’établir, est devenu l’incontestable centre numéro un, entre Kaprizov et Mats Zuccarello.

PHOTO HARRISON BARDEN, USA TODAY SPORTS

Joel Eriksson-Ek

Le premier choix de 2020, la jeune sensation du hockey junior canadien, le Suisse Marco Rossi, devrait s’intégrer à la formation lorsqu’il aura pleinement recouvré ses forces, après plusieurs mois à combattre des symptômes sévères de la COVID-19.

Le Wild ne constitue pas le club de le plus sexy de la LNH. Mais il s’y passe des choses drôlement intéressantes.

Pour la petite histoire, Ryan Suter a signé un contrat de quatre ans évalué à 14,6 millions avec les Stars de Dallas et Zach Parise s'est entendu pour un an avec les Islanders de New York récemment, mais les détails de l'entente n'ont toujours pas été dévoilés.

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3- Non, Jake Allen ne s'attendait pas à être protégé au «détriment» de Carey Price en prévision du repêchage de l'élargissement des cadres. Il est revenu sur cet épisode avec les journalistes mercredi. Un texte de Simon-Olivier Lorange.