On se doutait de plus en plus que le Canadien amorcerait la saison sans son gardien numéro 1, mais certainement pas pour cette raison-là.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

La LNH a annoncé jeudi matin que Carey Price entrait dans le programme d’aide de la LNH et de l’Association des joueurs.

Comme le programme est confidentiel, on ignore pour quelle raison il a demandé de l’aide. Ce programme peut aider les joueurs pour des problèmes de dépendance (drogue, alcool, jeu et autres) ou pour des questions de santé mentale (voir la capsule sur le sujet).

Marc Bergevin a appris la nouvelle à ses joueurs ce matin

Les réactions n’ont pas manqué, évidemment. Tomas Plekanec a écrit sur Twitter avoir « le plus grand respect » pour la décision de son ancien coéquipier. Paul Maurice, entraîneur-chef des Jets, a dit en point de presse aux médias de Winnipeg que « si on fait les choses correctement en tant que société, le garçon de 12 ans qui porte un chandail de Price ne le verra pas comme un mauvais gars. C’est un gars qui a été courageux pour lui-même et pour sa famille ».

Beaucoup de réactions, mais peu d’informations, cela va de soi. Sur Instagram, Angela Price, conjointe du gardien, a publié un message, soulignant que « la santé mentale doit passer en premier, non seulement en le disant, mais également en travaillant pour devenir meilleur. C’est ce que Carey fait, pour lui et pour notre famille, et il prend la meilleure décision pour nous » .

L’ancien entraîneur des gardiens du Canadien Stéphane Waite s’est prononcé sur la situation sur les ondes du 98,5 FM. Il dit avoir échangé quelques messages textes avec Price jeudi matin.

« Ça n’a rien à voir avec les drogues, ça n’a rien à voir avec l’alcool, ça n’a rien à voir avec du gambling, a martelé Waite, à la radio. J’ai entendu qu’il est peut-être accro aux médicaments en raison de toutes ses blessures. Ça n’a rien à voir avec ça. Il fait attention à son corps, à tout ce qu’il fait, tout ce qu’il boit.

« C’est mental, et ça, je le sais, je peux vous le confirmer. C’est un gars qui prenait beaucoup de pression. »

Waite a évoqué une suite d’évènements qui ont nui au moral de son ancien protégé. « Il a perdu en finale de la Coupe Stanley, et il a trouvé ça dur. Ensuite, il a eu son opération, puis la [rééducation] », a-t-il rappelé.

Le Sherbrookois a décrit Price comme un « perfectionniste », un trait de personnalité qui peut devenir « lourd ».

Minimum un mois

La durée de l’absence de Price est bien sûr impossible à estimer, car ce n’est pas le bon vieux « quatre à six semaines » d’une blessure à une cheville.

« C’est un minimum de 30 jours, mais ça peut être plus. L’important, ce n’est pas ça pour moi et l’organisation », a commenté Marc Bergevin, directeur général du Canadien, qui a rencontré les médias jeudi matin.

Des interactions sur les réseaux sociaux parfois malsaines, croit le DG

Sans l’affirmer avec autorité, Bergevin a dit croire que 30 jours était la durée minimale imposée par le programme. Le DG a aussi laissé tomber qu’il était « assez probable » [most likely] que son absence soit d’un mois. « Mais ce n’est pas sûr. Ça pourrait être plus. »

Par contre, Bergevin a aussi répondu d’un « oui » assuré quand il s’est fait demander si Price reviendrait au jeu cette saison.

« Demander de l’aide, ça montre du courage. Je crois sincèrement que tout va revenir à la normale, a-t-il indiqué. Mais il y a toujours une inquiétude quand tu es proche de la personne. Je veux son bien. Mais je ne veux pas qu’on parte sur un paquet de choses en disant que je suis inquiet. Mais oui, j’y pense. »

Bergevin s’est montré ému lorsqu’il a été interrogé sur sa relation avec Price. On la devine étroite ; Price et Brendan Gallagher sont les deux seuls joueurs de l’équipe qui sont là depuis que Bergevin a été embauché par le CH, en mai 2012.

« Carey est un jeune homme sensible. Moi, je suis sensible. On est un peu pareils là-dessus, a noté Bergevin. Ce n’est pas une faiblesse. On gère ça d’une façon différente. Il a eu beaucoup de succès ici, donc il est capable de gérer beaucoup de choses. À un moment donné, il y a des choses qui arrivent. Hier, il a décidé qu’il avait besoin d’aide. Je le soutiens à 1000 %. »

La nouvelle a visiblement pris tout le monde de court. Bergevin dit l’avoir apprise mercredi. Il a d’ailleurs affirmé que la décision de réclamer au ballottage le gardien Samuel Montembeault, samedi, n’était pas liée à la présente situation. Rappelons que Price a été opéré à un genou au cours de l’été et que sa rééducation ne se déroulait pas aussi vite que prévu.

L’acquisition de Samuel Montembeault n’est pas reliée, dit Bergevin

« Je voyais quand Carey sortait de la patinoire et son genou enflait un peu. Ce n’était rien d’anormal, mais j’avais un pressentiment », a expliqué Bergevin.

Montembeault amorcera donc vraisemblablement la saison dans le rôle d’adjoint au vétéran Jake Allen.

Deuxième cas en six mois

Price est donc le deuxième joueur du Canadien qui s’éloigne de l’équipe pour des raisons personnelles en 2021. En avril dernier, Jonathan Drouin l’avait également fait. En entrevue il y a deux semaines, l’attaquant avait affirmé qu’il souffrait de troubles d’anxiété et d’insomnie.

« Les cas sont complètement différents », a dit Bergevin.

Pour sa part, Ducharme s’est fait demander si la sortie de Drouin a pu encourager d’autres joueurs à demander de l’aide. « Graduellement, pas juste au hockey, mais un peu partout, les gens sont plus ouverts, plus sensibles à ça, plus prêts à s’ouvrir et à aller chercher de l’aide, parce que ce n’est pas facile », a noté l’entraîneur-chef.

Un groupe fort et uni, selon Dominique Ducharme

Ducharme a aussi assuré que l’équipe ne songeait pas à revoir ses façons de composer avec les joueurs, après avoir vu deux des siens prendre une pause.

« Je te dirais qu’au contraire… S’il y en a deux qui ont eu le courage de le faire, c’est qu’ils sentent qu’ils sont appuyés, a rétorqué Ducharme.

« Je ne pense pas que ce soit lié à la façon dont on fait les choses au quotidien. Je pense que c’est la vie en général. »

C’est tout de même un nouvel obstacle pour une équipe qui n’en manque pas depuis son passage en finale de la Coupe Stanley il y a trois mois. L’équipe sera en effet privée de son capitaine, Shea Weber, pour la totalité de la saison et sa carrière est compromise. Mais Bergevin assure que ce n’est pas ce qui fera dérailler la saison de son équipe, avant même qu’elle commence.

« Je trouve que nous avons un bon groupe. Webby a laissé un héritage, comment agir comme un pro et placer les coéquipiers avant. Carey sera de retour, je le crois. »

Qu’est-ce que le programme d’aide ?

Le nom officiel du programme d’aide de la LNH et de l’Association des joueurs est le Substance Abuse & Behavioural Health Program (programme SABH). Comme son nom l’indique, il s’applique tant aux problèmes de consommation qu’à une panoplie d’enjeux de santé mentale ou de dépendance (aux jeux vidéo ou de hasard, par exemple). Il s’agit essentiellement de l’équivalent d’un programme d’aide aux employés (PAE) offert dans de nombreux milieux de travail. L’accès au programme est assuré par une ligne téléphonique 1 800. Le programme est confidentiel, et comme on nous le fait remarquer, s’il ne manque pas de matchs ou d’entraînements, un joueur peut très bien s’en prévaloir sans que son équipe soit au courant. Price, cependant, ratera des matchs, ce qui rendait le dévoilement nécessaire. Il fallait toutefois l’accord du gardien pour annoncer sa démarche, sans quoi on devine que l’équipe aurait dû user d’imagination pour expliquer son absence…

Relisez notre couverture en direct des points de presse de Marc Bergevin et de Dominique Ducharme

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