(Toronto) Alors, qui a été le grand gagnant de cette soirée, à part les gars qui portaient du bleu ?

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Samuel Montembeault, laissé à lui-même, qui s’est démené tant bien que mal à son premier match devant le filet de sa nouvelle équipe ? Jake Evans, le seul joueur qui a eu droit à des commentaires positifs de Dominique Ducharme en point de presse d’après-match ? Le type qui a gagné le tirage moitié-moitié à l’aréna ?

Et si c’était Brett Kulak ? Vous ne rêvez pas, il n’a pas joué. Mais le vaillant défenseur a vu ses rivaux dans la course pour un poste perdre de précieux points.

« J’ai aimé Evans ce soir, il a été bon. À part ça, ç’a été pas mal tranquille », a dit Ducharme, après la défaite de 6-2 des siens contre les Maple Leafs de Toronto. L’entraîneur-chef du Canadien a pesé ses mots, mais on doute qu’il ait été très encouragé par ce qu’il a vu.

On peut regrouper en quatre catégories les joueurs qui participent au camp : ceux qui y sont pour l’expérience, ceux qui tentent de décrocher un poste, ceux qui veulent améliorer leur statut et les vétérans assurés d’un poste, qui peaufinent leur jeu.

Allons-y dans l’ordre. Ducharme a souvent laissé entendre que les défenseurs Kaiden Guhle et Gianni Fairbrother étaient là pour gagner de l’expérience. La vitesse du jeu les a rattrapés, ce qui est parfaitement normal à leur âge. Passons.

PHOTO EVAN BUHLER, LA PRESSE CANADIENNE

Brendan Gallagher (11) a foncé sur Petr Mrazek (35) alors que Joel Armia (40) marquait un but en première période.

Au haut de la liste de ceux qui se battent pour un poste : Ryan Poehling et Chris Wideman. Le premier comme centre de quatrième trio, le deuxième comme défenseur à droite du dernier duo.

Dans le cas de Poehling, Ducharme a parlé d’un match « plus tranquille », l’euphémisme du jour. Mis à part ses succès aux mises au jeu (58,5 % en quatre matchs préparatoires), Poehling n’arrive toujours pas à se distinguer.

Qu’il soit éteint offensivement est une chose. Mais Ducharme a évoqué ces derniers jours sa vision d’un quatrième trio « qui peut jouer contre n’importe qui ». Impossible de ne pas y penser en voyant Poehling se faire battre par John Tavares dans des luttes à un contre un, par exemple celle derrière le but de Montembeault en fin de première période, qui a permis à William Nylander d’obtenir une chance de marquer. Tavares fait partie de l’élite de la LNH, mais Ducharme n’aura pas le loisir de protéger Poehling de tels affrontements en saison.

Après la rencontre, Ducharme a confirmé que Poehling participerait aussi à la rencontre de jeudi. Il aura donc joué cinq des six matchs préparatoires. Il aura eu toutes les chances d’assurer son poste, mais à l’inverse, la direction de l’équipe aura des arguments pour lui faire amorcer la saison à Laval, si rien ne change.

PHOTO JOHN E. SOKOLOWSKI, USA TODAY SPORTS

Ryan Poehling (25) et Kristians Rubins (56)

Quant à Wideman, le jeu dans son territoire demeure toujours aussi risqué.

Pénible pour Romanov

Alexander Romanov est à classer parmi ceux qui se battent davantage pour un statut. L’absence de Shea Weber ouvre la porte à une redistribution des tâches à la ligne bleue. Romanov montrait une belle progression à la gauche de Jeff Petry, mais semblait déboussolé à Toronto.

« C’est peut-être le fait d’être jumelé à un jeune défenseur [Gianni Fairbrother], il essayait d’en faire trop. Ça fait partie de la préparation pour la saison », a analysé Ducharme. L’inconstance de Romanov d’un match à l’autre a souvent agacé Ducharme et sa performance rappelle que le problème n’est pas réglé.

À l’inverse, chez les Leafs, ces joueurs au poste relativement assuré, mais qui se battent pour une meilleure place dans la hiérarchie, font avancer leur cause. Nick Ritchie pourrait gagner la loterie de la vie et aboutir aux côtés d’Auston Matthews et de Mitch Marner ; il a marqué deux buts. Michael Bunting a le même enjeu ; il ne jouait pas mardi, mais a marqué quatre buts en trois matchs. On a beau chercher, on ne trouve pas de telles histoires au camp du CH.

Enfin, il y a les joueurs établis dont la mission est d’être prêts pour le 13 octobre. À cet effet, David Savard a été d’une grande honnêteté. Il a montré un différentiel de - 2 mardi, et affiche - 6 en trois matchs préparatoires.

« J’essaie de m’adapter au système et je sais que je fais encore des erreurs, a admis le Québécois. Je suis positionné à la mauvaise place. Des fois, tu penses un peu trop sur la patinoire. Il faut revenir à la base, peu importe le système. Le niveau de compétition doit être au maximum, surtout qu’il nous reste juste un match avant la saison. Il faut élever notre jeu d’un cran. »

La bonne nouvelle pour tout ce beau monde, c’est qu’il y aura six jours entre le dernier match préparatoire et le début de la saison. Six jours précieux pour permettre aux nombreux blessés – à commencer par Carey Price – de guérir, aux nouveaux venus d’assimiler le système et de trouver de la cohésion avec leurs nouveaux coéquipiers.

Mais si les postes et les promotions se gagnent par défaut, la saison ne commencera pas sur de bonnes bases pour le CH.

Dans le détail

Tavares est prêt

Quel a été l’impact de la perte de John Tavares dans l’élimination des Leafs en sept matchs aux mains du Tricolore en mai dernier ? C’est la question hypothétique dont on ignore la réponse, et qui torturera les Torontois au moins jusqu’au printemps prochain. Mais la performance de Tavares nous a rappelé à quel point il peut contrôler un match à lui seul. Le numéro 91 a été au cœur de plusieurs attaques des hommes en bleu, battant même à lui seul Kaiden Guhle et Ryan Poehling pour préparer une occasion. Et même s’il a obtenu sept tirs au but, c’est surtout pour la qualité de ses passes dans l’enclave qu’il s’est distingué. Heureusement pour le Canadien qu’Auston Matthews n’était pas là pour piloter l’autre trio offensif de Toronto…

Le « joker » au travail

PHOTO JOHN E. SOKOLOWSKI, USA TODAY SPORTS

Mac Hollowell (81), Ilya Mikheyev (65) et Mathieu Perreault (85)

Mardi matin, Dominique Ducharme décrivait Mathieu Perreault comme son « joker » en avantage numérique, une façon de dire qu’il peut l’utiliser dans plusieurs rôles. L’ancien des Jets de Winnipeg est toutefois surtout réputé pour son travail devant le filet, et c’est justement là qu’il s’est mis en valeur en première période. Il s’est en effet planté directement devant Petr Mrazek, qui a donc été incapable de voir venir le tir des poignets d’Alex Belzile. En tant que joueur qui amorcera vraisemblablement la saison au sein du quatrième trio et qui ne joue pas en infériorité numérique, un rôle au sein de l’attaque à cinq l’aidera à obtenir un temps d’utilisation raisonnable. Il a actuellement droit à une audition au centre en l’absence de Cédric Paquette, mais on devine que Ducharme préférera le voir à l’aile.

Un joueur dérangeant…

Si jamais l’attaquant Kurtis Gabriel parvient à se tailler un poste chez les Leafs, les matchs ne seront pas ennuyeux. Gabriel est un agitateur qui compte 153 minutes de pénalité en seulement 49 matchs dans la LNH. Il s’était fait remarquer lors du premier match préparatoire en faisant passer Alexander Romanov par-dessus la bande et en livrant un combat à Brandon Baddock. Il en a remis mardi en laissant tomber les gants contre Michael Pezzetta. À ce sujet, Pezzetta n’était pas attendu dans la formation montréalaise. Bien qu’il ait participé à l’échauffement d’avant-match, il n’avait pas participé aux exercices de trio, et c’est Gabriel Bourque qui occupait sa place à la gauche de Perreault et de Belzile. Bourque ne semble pourtant pas s’être blessé. « On avait 13 attaquants, Pezzetta a joué, pas Bourque », a simplement répondu Ducharme.

Ils ont dit

Il risque d’y avoir [des joueurs retranchés] mercredi, et pour jeudi on va voir. Il y a des chances qu’on se rapproche pas mal de notre équipe, pour avoir un match tout le monde ensemble.

Dominique Ducharme

Je me suis bien senti. Je suis arrivé avec une bonne préparation. Évidemment, le résultat n’a pas suivi. J’ai reçu beaucoup de tirs, mais c’est une bonne chose. Je n’avais pas trop vu d’action depuis le début du camp.

Samuel Montembeault, criblé de 44 tirs

C’était le fun la première fois que j’ai mis mon chandail dans le vestiaire. C’est le chandail que je portais quand je jouais dans la rue. Je trouve ça spécial de garder les buts pour cette organisation.

Samuel Montembeault

On avait dit que le camp passe au deuxième niveau. On voulait voir les joueurs réagir à certaines situations et pour certains, ç’a été plus difficile.

Dominique Ducharme

Il y a encore des choses à travailler. Il y a des erreurs qui créent des revirements, parce que des gars sont mal positionnés. C’est tout le monde. On va faire de la vidéo et regarder ce qu’on a moins bien fait.

David Savard

Ce camp est probablement le défi le plus difficile de ma vie, mais j’étais prêt et j’ai donné le meilleur de moi-même. C’est la meilleure ligue au monde et les gars sont prêts chaque soir.

Chris Wideman

En hausse 

Samuel Montembeault

Le fait qu’un gardien qui a accordé six buts se retrouve ici en dit long sur la piètre performance du CH. Mais il a gardé son équipe dans le match jusqu’à mi-chemin en deuxième période. À un certain point, c’était 32-7 Toronto aux tirs au but !

En baisse 

Gianni Fairbrother

Il y avait plusieurs candidatures de qualité pour cette case. Fairbrother fait partie des joueurs pour qui c’était un dur retour à la réalité. S’il s’agissait de son dernier match préparatoire, il a tout de même connu un bon camp dans l’ensemble.

Le chiffre du match 

20

C’est le nombre de buts accordés par le Canadien en cinq matchs préparatoires jusqu’ici. Selon les disciples d’Euclide, cela donne une moyenne de quatre buts par match.