Il y a des jours où on trouve que la réputation de Montréal en tant que marché difficile est surfaite. Des jours où on rappelle que cette réputation n’a pas empêché Carey Price, Andrei Markov et Tomas Plekanec de passer plus d’une décennie avec le Canadien.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Et puis, il y a des jours, comme le 27 septembre dernier, où on comprend d’où vient cette réputation. Le gardien Kevin Poulin en sait maintenant quelque chose.

Rappelons les faits. On est à mi-chemin dans la rencontre Canadien-Maple Leafs, un match préparatoire que le Tricolore mène 3-0. Les Montréalais profitent d’un avantage numérique et les Leafs réussissent un premier dégagement. La rondelle aboutit sur le bâton de Poulin, qui voit arriver devant lui son coéquipier Mattias Norlinder et l’attaquant des Leafs David Kampf. Poulin intercepte la rondelle, hésite un petit moment, puis se résout à tenter une passe à une main, du revers. Kampf étend le bâton et pousse la rondelle dans le but.

« On s’entend, c’était une erreur, ça arrive. C’est pour ça qu’on joue des matchs préparatoires, ça fait longtemps qu’on n’a pas joué », a rappelé Poulin, rencontré lundi à la Place Bell, à l’occasion du début du camp d’entraînement du Rocket de Laval.

Mais voilà, une poignée d’hurluberlus a semblé oublier que c’était le deuxième match préparatoire. Une étape du calendrier où, en 2010, Carey Price avait lancé son fameux « chill out » aux partisans qui venaient de le huer.

Lesdits hurluberlus, donc, se sont mis à applaudir sarcastiquement Poulin – un joueur doté d’un simple contrat de la Ligue américaine – à chacun de ses arrêts subséquents, même les plus routiniers.

Le Québécois en a toutefois vu d’autres. À 31 ans, il compte 50 matchs d’expérience dans la LNH, 192 dans la Ligue américaine, en plus d’avoir fait des séjours dans la KHL, en première division allemande, de même qu’en Autriche et en Suède. Poulin s’en est donc remis et a bloqué les 14 tirs des Leafs en troisième période, pour aider le Canadien à l’emporter 5-2.

Le résultat voulu, mais pas exactement la façon dont un joueur d’ici avait imaginé son premier match au Centre Bell…

« J’ai été surpris, en étant à Montréal et en jouant pour le Canadien. Si je jouais pour une autre équipe qui vient à Montréal, j’aurais compris la réaction. Mais je n’avais pas le temps de penser à ça. »

Je devais retrouver ma concentration, parce que le match continuait, je devais faire l’arrêt suivant. En troisième, on a fermé la porte. C’était parfait, j’ai bien aimé l’expérience.

Kevin Poulin

D’autres intervenants du hockey n’ont pas été aussi zen. Par exemple, le coanimateur de la balado La poche bleue, analyste à TVA Sports et ancien du Canadien Maxim Lapierre, un ami de Poulin.

« Un gardien québécois qui a roulé sa bosse toute sa vie dans la Ligue américaine et en Europe, qui vit finalement un moment spécial avec sa famille pour un simple match préparatoire, a-t-il écrit sur Twitter. […] Sérieusement ? Pourquoi ? Qu’est-ce que ça vous a donné ? Vous avez passé une plus belle journée aujourd’hui ? C’est très triste ! Prenez 10 secondes pour y penser ! »

« J’ai trouvé ça dégueulasse. Ça m’écœure au plus haut point, a lancé l’animateur au 91,9 Sports et ancien défenseur Gilbert Delorme, au micro de l’émission Le vestiaire. C’est malheureux, parce qu’il y avait 7500 personnes. Mais ce ne sont pas 7500 personnes, ce sont peut-être 100, 150 sans-desseins qui ont eu des billets gratis en haut et qui se permettent de crier ‟Hé, ma gang d’estic de millionnaires”… Restez donc chez vous dans le salon. »

Poulin, lui, assure avoir passé l’éponge, même si on devine que le moment n’a pas dû être facile pour ses proches.

« Je ne vais pas laisser… Je ne sais pas combien de partisans ont fait ça, je ne veux pas généraliser ça à tout le monde. Je sais que plein de gens étaient contents pour moi. En général, c’était correct », a conclu le gardien à ce sujet.

Congestion devant le filet

Voici que Poulin débarque dans un environnement hautement compétitif. Le camp du Rocket s’est mis en branle lundi et la situation des gardiens s’annonce complexe.

C’est qu’à la base, il y avait déjà trois gardiens pour les deux postes à Laval : Poulin, Michael McNiven et Cayden Primeau, qui est toujours au camp du Canadien. Primeau devrait être cédé, puisque Jake Allen et le nouveau venu Samuel Montembeault disputeront les deux derniers matchs du Canadien.

Et si jamais Carey Price recouvre un jour la santé, Montembeault pourrait à son tour être rétrogradé au Rocket, s’il n’est pas réclamé au ballottage.

Les ménages à trois sont rarement un environnement idéal pour les gardiens, qui voient forcément moins de tirs à l’entraînement. La solution pour éviter un tel surplus serait d’envoyer le ou les gardiens en trop aux Lions de Trois-Rivières, dans l’ECHL.

« Dans la Ligue américaine, tu gères plusieurs choses : deux gardiens, trois gardiens, quatre gardiens parfois ! a lancé l’entraîneur-chef du Rocket, Jean-François Houle. L’an passé, avec la COVID-19, on a géré plusieurs choses. »

Un séjour à Trois-Rivières est-il une possibilité pour Poulin ? « Ça se peut. On en a parlé », a-t-il admis.

« À mon âge, je suis là pour appuyer les jeunes gardiens, a-t-il ajouté. Ce sont deux jeunes gardiens qui sont là. Je suis ici, je montre l’exemple. Je suis là pour les aider, leur parler. Ce que l’équipe veut de moi, c’est que je sois prêt. »

En bref

Ouellet a compris

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Xavier Ouellet et Jake Lucchini

Les chances de Xavier Ouellet d’amorcer la saison avec le Canadien étaient minces, mais on s’attendait tout de même à le voir survivre plus longtemps au camp. Or, le vétéran de 28 ans, qui fait la navette entre Montréal et Laval depuis trois ans, a été retranché le 30 septembre, après seulement deux des six matchs préparatoires. « Je pense que l’organisation voulait que je sois ici, avec les coachs, les nouveaux joueurs », estime Ouellet. Ce n’est là qu’une déduction que fait Ouellet. « À mon âge, je suis rendu au point où ils ne me parlent pas beaucoup et ne m’expliquent pas tout. Je vois ça comme ça, j’essaie de voir du positif et c’est comme ça que j’ai pris le message. »

Une option cette saison ?

Il faudra toutefois voir si la polyvalence de Ouellet lui vaudra un rappel en saison. Le Canadien cherche un troisième défenseur à droite, poste pour lequel Chris Wideman semble avoir une longueur d’avance. Mais en cas de défaillance ou de blessure, Ouellet pourrait bien dépanner, lui qui a l’habitude de jouer à droite, même s’il tire de la gauche. « J’ai joué à gauche, à droite, avec des jeunes, avec des plus vieux. Je suis quand même polyvalent. Ça change vite au hockey. La saison commence. La LNH est une ligue de performances. Ils vont aller chercher les joueurs qui jouent le mieux pour gagner. »

En anglais, s’il vous plaît

L’embauche massive de joueurs québécois par le Canadien et le Rocket se fait sentir à Laval. Des 29 joueurs sur la première liste d’invités au camp, 21 sont nés au Québec, et un 22e, Xavier Ouellet, est né en France, mais a grandi ici. À eux se sont ajoutés Jean-Sébastien Dea et Laurent Dauphin, cédés lundi après avoir été ignorés au ballottage. « Venant d’ici, c’est le fun, a dit Ouellet. Mais dans le vestiaire, il y a des gens qui viennent de partout, donc il va falloir vraiment garder ça en anglais pour que tout le monde soit impliqué dans les conversations. Il va falloir gérer ça cette saison. » L’entraîneur-chef Jean-François Houle était du même avis. « Je suis content qu’il y ait beaucoup de français, mais c’est important aussi de parler anglais. »