(Tampa) Si un entraîneur veut fouetter un de ses joueurs, il n’a qu’à le traiter de « mou ». Difficile de trouver pire étiquette pour un hockeyeur.

Publié le 1er juill. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Ce mot était d’ailleurs un des faits saillants de la tirade de Michel Therrien chez les Penguins de Pittsburgh en 2006. « Ils sont mous. Je n’ai jamais vu un groupe de défenseurs mou comme ça », avait-il lancé, dans un point de presse qui mériterait bien une version karaoké (voilà, c’est dit).

Dans le cas qui nous occupe, on ne sait pas si Mikhail Sergachev a eu droit à ce mot, plus tôt dans sa carrière, dans le bureau de Jon Cooper. Mais le jeune défenseur l’a lui-même laissé tomber, jeudi, en revenant sur son intégration dans la Ligue nationale.

Pourtant, depuis le début de cette finale de la Coupe Stanley, il a l’air de tout sauf d’un défenseur mou. Et si le Lightning se retrouve avec une avance de 2-0, c’est aussi en partie grâce au travail du numéro 98, qui trouve d’autres façons de se rendre utile en attendant de s’inscrire au pointage.

Quand ça chauffe après le sifflet des arbitres, il n’est jamais bien loin. Mercredi, tous ont vu sa mise en échec — jugée dangereuse par plusieurs — contre Artturi Lehkonen.

Mais Sergachev a aussi fini le match enlacé avec Phillip Danault, qui en avait visiblement encore gros sur le cœur après avoir vu le Russe terrasser Lehkonen plus tôt dans la rencontre.

Lundi, la querelle entre Sergachev et Brendan Gallagher a retenu l’attention, mais avant cela, il avait eu sa part d’accrochages avec Josh Anderson, assurément l’attaquant le plus robuste du Canadien. Le détail n’est pas anodin, car ce même Anderson avait semé le chaos en 2019, quand les Blue Jackets avaient surpris le Lightning en quatre matchs au premier tour.

« J’ai plus confiance avec la rondelle quand je suis robuste. Je tiens mon bout, a noté Sergachev, en visioconférence depuis un hangar d’aéroport, jeudi matin. C’est de la confiance en général. La plupart des défenseurs vont te dire que de donner une bonne mise en échec tôt dans le match, ça fait grimper la confiance. C’est plus facile de jouer comme ça. »

PHOTO DOUGLAS DEFELICE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Brendan Gallagher (11) est plaqué contre la glace par Mikhail Sergachev (98) lors du match n2 de la finale de la Coupe Stanley.

Robuste dans le junior

Quand le Canadien a repêché Sergachev au neuvième rang en 2016, le meilleur espoir du Tricolore se nommait — désolé si vous saignez des yeux — Michael McCarron.

Sergachev n’avait pas mis de temps à annoncer ses couleurs. Dès son premier et unique camp de développement avec le Tricolore, il s’était permis de rudoyer McCarron, un autre qui a de gros os. « Ça montre qu’il a du caractère, qu’il ne va baisser la tête devant personne, même devant un gars de 6 pi 6 po et 235 lb. C’est sa façon de jouer », avait alors déclaré Martin Lapointe, selon la dépêche du collègue Gabriel Béland, qui était à Brossard ce jour-là.

Anthony Cirelli, aujourd’hui coéquipier de Sergachev à Tampa, confirme qu’il en menait large à cet âge-là.

« Il était un des plus gros gars sur la glace, il jouait dur et faisait les bonnes choses, a résumé Cirelli. On le voit progresser. Il fait tout maintenant, il bloque des tirs, il fait des jeux et il est très robuste. Il était difficile à affronter à l’époque et je suis content qu’il fasse partie de notre équipe. »

PHOTO GERRY BROOME, ASSOCIATED PRESS

Anthony Cirelli (71) essaie de séparer Mikhail Sergachev (98) et Phillip Danault (24) lors du match n2.

À 6 pi 3 et 216 lb, Sergachev a évidemment la carrure pour s’imposer physiquement, mais il n’en a pas toujours profité.

« J’ai toujours été ce genre de joueur, surtout plus jeune, a-t-il décrit. Je pouvais donner de grosses mises en échec au centre de la glace. Mais en vieillissant, je suis devenu plus offensif et j’ai cessé de faire ça. Dans la LNH, à mes deux premières saisons, je n’étais pas aussi dur, je ne finissais pas mes mises en échec. J’étais mou, parfois. Et mes minutes ne montaient pas.

« J’ai eu une discussion avec les entraîneurs et le directeur général. Ils m’ont dit ce qu’ils voulaient voir de moi, et c’était plus de robustesse. J’ai commencé à travailler là-dessus, à finir mes mises en échec, et je devais m’assurer de gagner mes batailles dans les coins. Ça a changé beaucoup de choses pour moi. »

Son temps d’utilisation moyen par match est en effet en progression constante.

Progression du temps d’utilisation de Mikhail Sergachev

  • 2017-2018 : 15 min 22 s
  • 2018-2019 : 17 min 55 s
  • 2019-2020 : 20 min 22 s
  • 2020-2021 : 21 min 58 s
  • Séries 2021 : 22 min 3 s

Cela dit, la robustesse du Sergachev d’aujourd’hui ne se traduit pas nécessairement en mises en échec à proprement parler. L’ancien espoir du Canadien en totalise sept après deux matchs dans cette finale, et 54 en 20 matchs depuis le début des séries.

En saison, il a totalisé 66 mises en échec en 56 matchs, et sa moyenne de 3,21 mises en échec par tranche de 60 minutes était en fait la plus faible de sa carrière en quatre saisons dans la LNH.

Ça ne se traduit pas plus en bagarres, puisqu’il a laissé tomber les gants seulement deux fois dans la LNH, selon le site Hockey Fights. Mais une de ces deux fois, c’était tout juste avant la pandémie, le 5 mars 2020, contre un certain Shea Weber.

En bref : Killorn dans l’avion

PHOTO KIM KLEMENT, USA TODAY SPORTS

Joel Edmundson (44) et Alex Killorn (17) lors du match n2 de la série.

L’entraîneur-chef du Lightning, Jon Cooper, a refusé de se prononcer sur les enjeux de formation. « Je répondrai aux questions demain [vendredi] », a-t-il sèchement répondu. Il a néanmoins confirmé qu’Alex Killorn, absent au deuxième match, a accompagné ses coéquipiers à Montréal. Killorn a semblé se blesser en bloquant un tir de Jeff Petry en deuxième période du premier match de la série. Il a tenté une présence au début du dernier tiers avant d’abdiquer. Le Montréalais a été un élément crucial du Lightning au cours des séries, avec 17 points, dont 8 buts, en 19 matchs. Notons que sa présence à Montréal ne signifie pas automatiquement qu’il jouera. Il apparaît logique d’amener les blessés à bord, afin qu’ils puissent être des célébrations sur la patinoire si le Lightning devait régler cette finale en quatre matchs…