(Las Vegas, Nevada) À notre arrivée ici, le chauffeur de taxi nous avait prévenu. « Bonne chance pour manger après 22 h ! Les restaurants ferment tôt ! »

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

On l’a assez vite constaté, dans les premiers jours, en débarquant au pub irlandais du New York-New York à 23 h 30.

Le serveur s’affaire à nettoyer le bar même s’il reste des clients. « Vous fonctionnez encore selon l’horaire de la pandémie ? lui demande un client éméché.

— Non, on fonctionne selon l’horaire du manque de personnel ! »

En nous faisant payer, il s’explique. « Je gagne plus d’argent qu’avant. Mais le gros problème est de trouver du personnel en cuisine. Les employés touchent 10 $ l’heure et ils sont vraiment débordés. On a eu un employé qui a démissionné après son premier quart de travail ! »

La pénurie de personnel dans la restauration est une réalité au Québec en cette période de réouverture de l’économie, et Las Vegas est confrontée au même problème.

Mercredi, la station locale de CBS racontait l’histoire d’un restaurant mexicain obligé de fermer les lundis et les mardis, afin de permettre à son personnel de souffler un peu. Le restaurateur disait compter actuellement 85 employés, comparativement à 110 en temps normal. Pour favoriser le recrutement, il offre 250 $ de prime à ses employés qui recommandent des personnes à embaucher.

Toujours cette semaine, le célèbre chef Wolfgang Puck déplorait, en entrevue avec Yahoo Finance, qu’il était incapable de trouver des serveurs, même dans ses restaurants huppés où les pourboires valent aux employés de très bons salaires.

PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS

Wolfgang Puck

Le Las Vegas Sun rapportait mardi que, selon les données gouvernementales d’avril dernier, plus de 1,4 million de postes étaient à pourvoir dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration aux États-Unis. Seulement en Californie, il y a encore 450 000 emplois de moins qu’avant la pandémie dans ce secteur.

Les restaurants peinent à attirer des employés, et quand ils en trouvent, on croit comprendre qu’ils ne sont pas regardants sur l’expérience. Les exemples de service approximatif abondent depuis deux semaines, comme le serveur au restaurant de sushis qui, lorsqu’on lui a demandé une recommandation, a essentiellement lu la liste des ingrédients sur le menu. Il est bien tombé, cela dit ; sa suggestion était bien.

La meilleure, c’était au Gordon Ramsay Burger. On commande le menu dégustation, qui consiste en une palette de quatre bières servies dans des galopins. À 19 $ US pour un truc qui coûte une douzaine de dollars chez nous, on souhaite au moins que le service soit convenable, particulièrement dans un établissement au nom de l’inflammable Gordon Ramsay !

On comprend assez vite que les connaissances en bières du serveur sont limitées, donc on se fie à son instinct pour les choix.

Il verse d’abord la blonde, puis les deux IPA. « Qu’est-ce que je vous sers comme quatrième bière ?

— La stout au beurre d’arachides, s’il vous plaît. »

Plutôt que d’aller à la pompe de la Belching Beaver, il se penche, ouvre le réfrigérateur sous le bar et en ressort une pinte de stout déjà versée, qu’il transvide dans notre verre. « Elle fait beaucoup de mousse, j’en aurais pour 30 minutes si je la servais à partir de la pompe ! »