Ce n’était pas qu’une impression.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Après que les Golden Knights de Vegas eurent créé l’égalité 1-1, dimanche soir, à mi-chemin en troisième période, quelque chose s’est tendu chez le Canadien.

Jusque-là, tout fonctionnait pour l’équipe en rouge. On n’avait déjoué Robin Lehner qu’une fois, mais le travail défensif était si efficace que l’avance de 1-0 semblait, aux yeux d’à peu près tout le monde, suffisante pour remporter le match.

Or, une rondelle lancée par Brayden McNabb a trouvé son chemin sous le bras de Carey Price. Et pendant les 10 minutes et demie qui ont suivi, en fin de troisième période et en prolongation, non seulement les Knights ont-ils repris vie, mais le Canadien a indubitablement perdu de sa superbe.

Dominés au chapitre des lancers cadrés et des tentatives de tirs pendant les quelque 50 premières minutes, les visiteurs ont été les meilleurs dans les deux départements dans le dernier segment du match (5-3 et 11-7, respectivement).

C’est à se demander si le Canadien ne s’était pas habitué à vivre avec l’avance. Du cinquième match de la série de premier tour contre les Maple Leafs de Toronto jusqu’à la fin de la série de deuxième tour contre les Jets de Winnipeg, le Canadien n’a non seulement jamais tiré de l’arrière, mais il a été en avance pendant 60 % des minutes disputées.

Si l’on considère l’ensemble des 15 matchs que l’équipe a disputés jusqu’ici en séries éliminatoires contre les Leafs, les Jets et les Knights, le Tricolore a joué deux fois plus de minutes (352) en avance qu’en tirant de l’arrière (171). Avant de croiser les Knights, le ratio était presque de 3 pour 1 (287 contre 104).

Les joueurs de Vegas n’ont pas acquis cette habitude. Au cours des deux premiers tours, ils ont partagé l’avance en parts quasi égales avec le Wild du Minnesota et l’Avalanche du Colorado (218 minutes en avance, 211 en déficit).

Voilà qu’après quatre matchs, le Canadien et les Knights se retrouvent nez à nez sur ce plan : à peine 96 secondes séparent les deux équipes, à l’avantage (marginal) des chevaliers du désert. Ces derniers sont tout à fait à l’aise dans ce rôle, tant et aussi longtemps qu’ils arrivent à leurs fins.

« Dans les séries, il y a des victoires qui sont belles, d’autres qui sont laides, a imagé Jonathan Marchessault. Il y a des matchs qu’on perd mais qu’on aurait dû gagner. » Et vice-versa.

On doit trouver des solutions chaque soir.

Jonathan Marchessault

Même si les Knights ont connu une saison du tonnerre, leurs deux premières séries du printemps se sont amorcées par des défaites – une contre le Wild, deux contre l’Avalanche. Pourtant, ils ont triomphé dans les deux cas. Et ils viennent de combler le léger retard de 2-1 qu’ils accusaient dans la série contre le Canadien.

Aux yeux de Marchessault, cette « résilience » appartient à l’ADN même des Golden Knights, et ce, depuis leur entrée dans la LNH en 2017.

« On n’abandonne jamais, on n’accepte pas la défaite. Tu ne sais jamais ce qui peut arriver dans un match de séries, tu dois toujours te donner une chance. »

C’est ce qui a donné le but de McNabb. Puis celui de Nicolas Roy en prolongation.

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Les joueurs des Golden Knights célèbrent après le but de Nicolas Roy en prolongation.

Garder la cadence

Chez le Canadien, on s’est surtout navré de n’avoir pas su creuser l’écart avant que les Knights s’inscrivent au pointage, dimanche.

« On ne doit pas être imprudents, mais on ne peut pas s’asseoir [sur l’avance] et attendre que le temps s’écoule au cadran », a estimé Jeff Petry, lundi matin, peu avant que son équipe ne s’envole pour Vegas, où le cinquième match aura lieu mardi soir.

« On doit conserver une cadence élevée, a poursuivi le défenseur. Par moments, on a été un peu passifs. Il faut constamment pousser pour marquer le prochain but. »

L’entraîneur Luke Richardson a abondé dans le même sens.

« On a eu nos chances de porter la marque à 2-0, mais on n’a pas capitalisé, a-t-il dit. C’est un défi constant que de conserver un niveau élevé d’émotions et d’énergie. »

Dans tous les cas, croit-il, « en avance ou en retard, cela importe peu ».

« Quand on saute dans un match ou dans une série, on doit être prêts à y aller. [Mardi], on veut connaître le même départ, mais rester constants jusqu’à la fin. »

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Et maintenant ?

Jonathan Marchessault a fait valoir que son équipe avait signé dimanche une victoire primordiale sur la route. Les rôles seront inversés, mardi, alors que c’est le Canadien qui sera le club visiteur, une situation qui lui sourit particulièrement depuis le début des séries éliminatoires, comme en fait foi sa fiche de six victoires contre deux revers sur les patinoires adverses.

« Depuis que je suis enfant, on m’a toujours dit : les bonnes équipes gagnent à la maison, les très bonnes équipes gagnent sur la route, a raconté Brendan Gallagher. On adore le défi que ça représente. »

Selon lui, la féroce opposition qu’a offerte son équipe aux Knights peut avoir « semé le doute » dans l’esprit de ses opposants.

« Depuis le match numéro cinq à Toronto, on joue de la même manière, a-t-il dit. On n’a rien à perdre et on laisse tout sur la glace. On est de plus en plus à l’aise dans cette situation. On s’en va à Vegas, on sait à quoi s’attendre : l’atmosphère sera électrique. Notre état d’esprit ne doit pas changer. »

Juste de l’amour entre Fleury et Lehner

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Robin Lehner devant Jesperi Kotkaniemi

La décision de l’entraîneur-chef des Knights, Peter DeBoer, d’avoir choisi Robin Lehner au détriment de Marc-André Fleury, dimanche, continue de diviser les partisans. Pourtant, foi de Jonathan Marchessault, il n’y a pas une once d’animosité entre les deux gardiens. « Cette [rivalité], elle a été créée en dehors de la glace, a déploré le Québécois. C’est dommage, car ce n’est vraiment pas comme ça dans le vestiaire. Il n’y a pas de compétition malsaine entre eux. Ce sont deux gars qui veulent se battre, qui voudraient jouer, mais qui sont contents l’un pour l’autre. » Visiblement lancé, Marchessault a rappelé qu’en relève à Fleury, qu’il considère comme « un futur membre du Temple de la renommée », Lehner était « loin d’être un deux de pique ». « J’étais encore assis avec les deux, hier, et il n’y a aucune jalousie », a-t-il assuré. Dossier clos. Jusqu’à ce qu’il ne le soit plus.

Des attaquants à réveiller

C’est bien beau, les défenseurs qui contribuent à l’attaque. Mais encore faudrait-il que les attaquants des Knights donnent du leur. En quatre matchs contre le Canadien, ils ont inscrit seulement trois des dix buts de leur équipe. Et les seuls à avoir marqué sont Nicolas Roy (2) et Mattias Janmark, deux joueurs qui ne sont pas considérés comme de gros canons. Les joueurs d’impact « doivent se lever », a estimé Jonathan Marchessault, qui s’est inclus dans cet appel. Peter DeBoer a défendu son groupe en rappelant qu’il devait se défendre depuis trois matchs sans son premier centre Chandler Stephenson. « Perdre un joueur [de son calibre] affecte la profondeur de l’équipe, change sa structure », a-t-il indiqué. Les ailiers habituels de Stephenson, Max Pacioretty et Mark Stone, ont d’ailleurs souffert de l’absence de leur coéquipier. Le premier a été limité à deux mentions d’aide et le second a été blanchi.

L’avantage de la glace, encore

Comme le veut la tradition, les deux équipes ont discouru sur l’importance de l’avantage de la glace, puisque si la série se rendait jusqu’à la limite de sept matchs, deux des trois derniers affrontements auraient lieu à Vegas. Il a été répété des centaines de fois à quel point la foule du T-Mobile Arena était galvanisée, ce qui a fait dire à Jeff Petry qu’il était important pour son équipe de connaître un fort départ mardi afin « d’enlever les partisans de l’équation » pour les Knights. Peter DeBoer, lui, a sagement rappelé que le cinquième match était névralgique… pour peu que ses hommes le remportent ! « On a travaillé toute la saison pour avoir cet avantage de la glace. Il faut en profiter. »

Frapper plus tôt à cinq contre quatre

L’avantage numérique du Canadien n’a rien cassé contre les Golden Knights – un seul but, marqué par Cole Caufield lors de la rencontre initiale. Lorsqu’elle a été sur la glace depuis, l’unité a été brouillonne et plutôt inefficace. Mais ce n’est pas comme si elle avait souvent eu la chance de s’exprimer. Le Tricolore n’a en effet eu l’occasion de jouer avec l’avantage d’un homme qu’à six reprises. Ce qui ne justifie rien, selon Jeff Petry. « C’est à nous de nous ajuster, a-t-il tranché. Pendant la saison, on en a quatre ou cinq par match, alors même si le premier est décousu, on sait ce qu’on doit améliorer. En séries, tu ne peux pas attendre la prochaine occasion. »

Gallagher, Danault et les attentes

Malgré la présence d’un marqueur de 30 buts, le trio de Phillip Danault, Brendan Gallagher et Artturi Lehkonen cherche toujours son premier point de la série. Luke Richardson a toutefois insisté sur le fait qu’il ne voyait pas dans cette unité une vocation strictement défensive, tout au contraire. De fait, non seulement le trio n’a-t-il accordé aucune chance de marquer de qualité à ses adversaires dans le quatrième match, mais il en a généré quatre au profit du CH. « Je pense que Gallagher a connu son meilleur match [dimanche], a dit l’entraîneur. Il a eu de bonnes chances, il est toujours dans le demi-cercle du gardien. C’est une question de temps avant qu’il en marque un ou deux. On a confiance en lui. »

Gustafsson, Merrill et les attentes

Luke Richardson étant habituellement l’adjoint à l’entraîneur responsable des défenseurs, l’occasion était belle de lui demander de commenter le travail de Jon Merrill et d’Erik Gustafsson, deux arrières dont le temps de glace est limité. « Merrill est combatif et il joue intelligemment », a vanté Richardson, qui apprécie son travail sur les mises en jeu en zone défensive. Quant à Gustafsson, souffre-douleur des partisans dont la présence dans la formation est attribuable à son apport en avantage numérique, l’entraîneur s’est dit « très content » de sa manière de jouer. Son flair offensif et son contrôle de la rondelle « lui ont permis d’entrer dans la formation, mais sa manière de jouer lui permet d’y rester », a résumé Richardson. Selon lui, le numéro 32 est désormais un membre à part entière du sextuor en défense. Même si ça implique de ne jouer que 10 minutes par match.