Le phénomène demeure plutôt déroutant.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Au fil des décennies, une frange de partisans, et de médias, a tendance à dénigrer le CH et ses membres. L’équation est simple à leurs yeux : à moins d’une Coupe Stanley, c’est la médiocrité. Appelons-les grognons.

À l’autre bout du spectre, une autre bande, les optimistes, ont tendance à tout pardonner au club. Et parfois à surévaluer ses joueurs.

Les premiers appellent les seconds les « fefans », les seconds qualifient les premiers de « trolls ». Et au milieu de ce tintamarre, les modérés.

Les pessimistes, ou les grognons, veulent échanger Carey Price depuis 2014, qualifient Jesperi Kotkaniemi de flop à 20 ans, crachent sur Jonathan Drouin depuis son arrivée, veulent congédier Marc Bergevin depuis plusieurs années et réclamaient la tête de Dominique Ducharme à l’aube des séries, même s’ils sont les premiers à réclamer une plus grande représentation québécoise au sein de l’organisation.

Ils ont reçu une affreuse nouvelle jeudi : Marc Bergevin est parmi les trois finalistes pour le titre de directeur général de l'année dans la LNH, à la suite d’un vote auprès des autres directeurs généraux de la Ligue nationale, d’un groupe des gestionnaires et d’un groupe de représentants des médias.

Pas un vote soumis aux fans dans le magazine des Canadiens, pas un vote des médias montréalais, pas un sondage sur RDS ou TVA Sports. Le DG des Canadiens a été élu avec Bill Zito et Lou Lamoriello par les 30 autres directeurs généraux et des gens de hockey d’un peu partout en Amérique du Nord.

Ces mêmes grognons étaient tout aussi assommés il y a quelques années quand les joueurs de la LNH, dans un sondage exclusif, ont identifié Carey Price à titre de meilleur gardien au monde.

Pour revenir à Bergevin, comment expliquer qu’un gestionnaire de hockey québécois dont c’est désormais la troisième nomination à ce titre depuis 2012, dont l’équipe a atteint le carré d’as pour la deuxième fois depuis 2014, qui a connu quatre saisons de plus de 100 points (au pro rata en 2012-2013) et remporté six rondes depuis 2014, six de plus que les Maple Leafs de Toronto, reçoive plus de tomates que d’éloges ?

Le territoire, probablement. Serge Savard a été hué sur la glace du Forum à la fin de son règne de directeur général. Une majorité de partisans étaient d’accord pour chasser Patrick Roy de Montréal en 1995. Larry Robinson, une autre légende, a même été hué lui aussi sur la glace en fin de carrière.

Les premières années du règne de Marc Bergevin ont été spectaculaires. Il a redressé un club de dernière place, mené à la fin par le pauvre Randy Cunneyworth, en instaurant une nouvelle culture.

Les résultats ont été probants et qui sait, si Chris Kreider n’avait pas blessé Carey Price au genou en finale d’association en 2014, si le CH n’aurait pas atteint sa première finale depuis 1993.

La saison 2015-2016, marquée par la grave blessure subie par Price (il a disputé seulement 12 matchs, Mike Condon 55), a fait mal. La première phase du plan quinquennal de Bergevin s’est mal terminée alors qu’on se serait attendu à une progression.

Compte tenu de ses succès en première portion de son règne, Bergevin a obtenu une deuxième chance en 2018 avec l’occasion de relancer l’équipe à l’aide un audacieux plan de réinitialisation.

Trois ans plus tard, revoilà les Canadiens dans le carré d’as, avec entre autres quatre jeunes de 21 ans et moins et une bande de vétérans.

Bergevin a appris de ses erreurs en soutenant mieux Price avec un adjoint de qualité, Jake Allen. Il a ajouté du muscle à l’attaque et en défense.

Tous les espoirs sont encore permis aujourd’hui. Aux grognons : on a le droit, vous savez, d’apprécier l’équipe et les gens en place et ne pas leur chercher uniquement des travers.

Dans 25, 30 ans, on évoquera sans doute la belle époque du règne de Marc Bergevin. On l’interviewera en vieux sage sur l’équipe de 2046 comme on le fait aujourd’hui avec Serge Savard, pourtant jadis conspué à la fin.

Dans toute cette histoire, il faudra aussi retenir les décisions du propriétaire Geoff Molson. Il a su résister à la pression populaire et opter pour la stabilité, envers et contre tous. Ses ancêtres seraient fiers du gestionnaire qu’est devenu ce petit garçon qui traînait dans le vestiaire du CH à la fin des années 70 et quémandait de la gomme à mâcher aux Lafleur, Gainey, Dryden et compagnie.

À LIRE

1- Gabriel Bourque est désormais membre de l’organisation des Canadiens. Katherine Harvey-Pinard a parlé au nouveau coéquipier de son frère Rafael chez le Rocket !

2- Guillaume Lefrançois passe la semaine à Vegas pendant que le CH joue à Montréal pour éviter la quarantaine. Ça nous permet de lire ses sympathiques cartes postales !

3- Les Golden Knights ont des défis au centre avec la blessure à Chandler Stephenson. Simon-Olivier Lorange fait le point.