(Las Vegas) Les discussions sur la prétendue faiblesse de la division Nord avaient semblé chatouiller Marc Bergevin, samedi. Ce n’est pas le genre de match qui va confondre les sceptiques…

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Confronté pour la première fois de l’année à un adversaire d’une autre division, le Canadien s’est incliné 4-1 devant les Golden Knights de Vegas, lundi, en lever de rideau de leur série de troisième tour.

C’était une soirée de découverte pour les Montréalais. Découverte d’un amphithéâtre plein, tout d’abord. C’était une première en 15 mois, une première tout court pour Cole Caufield et Alexander Romanov. Une première en séries pour Jesperi Kotkaniemi et Nick Suzuki, qui ont vécu leurs seules expériences éliminatoires dans des arénas vides ou peu remplis.

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Mais c’était surtout la découverte d’une machine de hockey drôlement bien rodée. Depuis le début des séries, l’apport des quatre trios du Tricolore a été maintes fois souligné. Cette fois, ce sont les Golden Knights qui ont livré une véritable leçon de hockey à quatre trios. En résumé :

– Le trio de Chandler Stephenson a généré un but et en aurait marqué un deuxième si Carey Price n’avait pas volé Mark Stone de la mitaine ;

– Le trio de William Karlsson a inscrit deux buts et Price en a encore là aussi volé un troisième à Jonathan Marchessault ;

– Le trio de Nicolas Roy a marqué une fois en plus de torturer le trio de Kotkaniemi toute la soirée ;

– Keegan Kolesar et ses ailiers du quatrième trio William Carrier et Ryan Reaves ont distribué 16 mises en échec en quelque neuf minutes. Les coups d’épaule de Carrier semblent particulièrement lourds à encaisser.

Et de l’autre côté, que constatait Dominique Ducharme après le match ?

« On a besoin de nos quatre trios. Des joueurs ont eu des matchs solides, d’autres plus moyens. À ce temps-ci de l’année, on ne peut pas se permettre ça. Il faut être plus solides dans nos quatre trios. »

Et Carey Price ? « En première période, on a montré qu’on peut jouer avec eux. » Bien mince consolation, dans un sport qui se joue sur trois périodes.

Le métier qui rentre

Ducharme n’a identifié aucun fautif. Par contre, sa distribution des minutes en troisième période peut certainement donner une partie de la réponse.

Kotkaniemi n’a eu droit qu’à quatre présences au dernier vingt, aucune dans les sept dernières minutes. Ses ailiers Paul Byron et Josh Anderson ont eu droit à une seule présence de plus, et leur manque de résultats offensifs pourrait finir par faire mal au Canadien. Les deux vétérans ont marqué dans le premier match des séries, et sont rendus à 11 matchs de suite sans but.

Kotkaniemi a eu une rude soirée au bureau. Ducharme lui a confié une seule mise au jeu en zone défensive ; c’est celle qu’il a perdue devant Roy, cinq secondes avant le but de Mattias Janmark.

Suzuki a eu ses moments, et aux mises au jeu, ça s’est bien passé : 11 en 16 en tout, 3 en 4 dans son territoire. Mais sa seule mise au jeu perdue en zone défensive a mené, deux secondes plus tard, au filet de Shea Theodore. Comme s’il n’y avait aucune marge de manœuvre pour une erreur, contre une équipe capable de foncer au filet une fois la mise au jeu gagnée.

Restons chez les jeunes. Alexander Romanov a lui aussi connu ses difficultés, loupant quelques couvertures défensives. Les tirs au but lorsqu’il était sur la patinoire à 5 contre 5 : 7-0 pour Vegas.

À l’exception de Cole Caufield, ce fut une soirée plutôt ardue pour les jeunes, contre un adversaire qui, au contraire, ne comptait aucun joueur de moins de 24 ans dans ses rangs. Ces deux organisations n’en sont pas au même point dans leur cheminement…

La bonne nouvelle pour Ducharme, c’est qu’il a quelques options à sa disposition. À l’attaque, il compte sur un réserviste de luxe en Tomas Tatar, bien qu’on puisse se demander comment il s’en tirera face à une équipe aussi robuste. Sinon, Jake Evans prend du mieux et il était efficace avant de se faire assommer par Mark Scheifele.

En défense, le retour de Jeff Petry serait le bienvenu, mais avant d’y penser, le numéro 26 devra d’abord être capable de tirer. Surtout que Shea Weber, lui, a semblé souffrir de la main droite pendant une présence.

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Beaucoup de dossiers à surveiller, donc, dans les 48 prochaines heures. Au moins, le choc culturel d’un premier affrontement contre la meilleure équipe de la LNH est chose du passé. Le premier bain de foule dans l’électrisant T-Mobile Arena aussi. C’est toujours ça de gagné.

En hausse : Carey Price

Sans les vols qu’il a réalisés contre Mark Stone et Jonathan Marchessault, ce match aurait été fini après 40 minutes.

En baisse : Eric Staal

À l’exception d’une bonne présence en zone offensive en début de match, on a très peu vu son trio, qui a pourtant été si efficace depuis le début des séries.

Le chiffre du match : 447 : 08

La séquence du Canadien sans avoir été en retard au pointage s’est arrêtée à 447 min 8 s. Il a donc manqué 41 min 30 s pour battre le record de la LNH, établi par le CH en 1960.

Ils ont dit

À ce point, c’est surréel. Peu importe qui tire, il bloque tout ce qui arrive vers lui. Il veut gagner et il fera tout ce qui est nécessaire.

— Shea Theodore au sujet d’Alec Martinez

On n’a pas bien joué au cours des 10 à 15 premières minutes de jeu, mais « Flower » a fait de gros arrêts pour baisser la tension de notre côté. Puis il y a eu ce gros but de « Theo ». C’était important pour nous de jouer avec l’avance.

Mark Stone

On en parlait dans les réunions de pré-dépistage, et on savait qu’ils seraient inconfortables dans leur structure s’ils tiraient de l’arrière. Personne ne les avait placés dans cette situation depuis longtemps. Le premier but nous a donné la chance de prendre une grande respiration, nous réunir et retrouver notre jeu.

Peter DeBoer

Ils avaient un très bon rythme. Ils ont fini depuis 2-3 jours. Il faudra s’assurer de revenir fort, de retrouver notre rythme des dernières séries. On sait qu’on est bien meilleurs que ça.

Phillip Danault

Ils ont des défenseurs solides. Ils trouvaient des lignes de tir, ils appuyaient l’attaque. C’est ce que les bons défenseurs font et il faudra trouver une façon de limiter ça.

Carey Price

Les punitions ont cassé notre rythme pas mal. On aurait pu prendre l’avance tôt dans le match. On a aimé notre départ. Les 3-4 punitions nous ont enlevé du rythme.

Dominique Ducharme

Dans le détail

Une situation particulière

Un détail inhabituel a attiré notre attention sur le deuxième but des Golden Knights, celui d’Alec Martinez. Il y avait en effet trois défenseurs et deux attaquants sur la patinoire pour le Canadien. C’est que Ben Chiarot était sorti du banc des pénalités depuis une dizaine de secondes et n’avait pas eu le temps de changer. Une fois en zone du Canadien, ce fut la désorganisation totale, avec Shea Theodore qui a eu tout le temps au monde pour faire mordre Carey Price, et Martinez qui était seul dans son code postal pour tirer de toutes ses forces. Officiellement, le but a été marqué à forces égales, mais quand Dominique Ducharme a parlé des pénalités qui ont scié les jambes du Canadien, en voilà un bel exemple.

La machine à bloquer

Parlant de Martinez, un commentaire entendu sur la passerelle après son but : « Il n’est pas juste bon pour bloquer des tirs ! » L’Américain n’est pas vilain offensivement, en effet, avec à son actif une saison de 39 points en 2016-2017 et une récolte de 32 points en seulement 53 rencontres cette saison. Cela dit, sa volonté de bloquer des tirs le définit de plus en plus. Il a mené la LNH dans cette colonne en saison et est encore premier depuis le début des séries. Ça lui vaut d’ailleurs le surnom de « Warrior », qu’il ne semble pas apprécier particulièrement, pour une raison qui nous échappe. « C’est souvent la différence entre la victoire et la défaite », a-t-il dit, samedi, à propos de l’importance des tirs bloqués. En troisième période, Martinez s’est sacrifié devant un tir frappé de Paul Byron. Le jeu est ensuite reparti dans l’autre direction, et voyant son coéquipier en douleur pour regagner le banc, Marc-André Fleury a fait quelques coups de patin pour lui donner une poussée sur les fesses. Un beau geste du gardien.

Un patron de jeu efficace

Il aurait assurément préféré marquer dans des circonstances différentes, mais Cole Caufield a brisé la glace en séries. Il a inscrit ce but sous les yeux de ses parents et de son frère, présents dans les gradins du T-Mobile Arena. Quelques secondes plus tôt, Caufield avait raté une chance en or, tirant hors cible après que la bande lui eut accordé un retour favorable. Ces deux chances ont été générées par des tirs de Tyler Toffoli, posté dans l’enclave, à la hauteur des oreilles, à la position du « bumper », comme le disent nos amis anglophones. Toffoli a évidemment un assez bon tir pour être dangereux de cet endroit, et même en ne marquant pas, il a généré des occasions. Notons par ailleurs que c’était un septième but en avantage numérique pour le Canadien dans les huit derniers matchs.