C’était il y a un peu plus de trois mois. Le 24 février, au matin, la bombe que tous redoutaient est tombée : Claude Julien est congédié. Le bout un peu moins prévisible : Dominique Ducharme le remplace par intérim.

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Déjà à l’époque, il était évident que Ducharme héritait d’un mandat ambitieux, en raison des circonstances d’une saison en temps de pandémie. La meilleure illustration des conditions pas évidentes, c’est cette réponse qu’il avait offerte lors de sa toute première conférence de presse, à un collègue qui lui demandait quel était son message à ses joueurs.

« Je n’entrerai pas dans les détails. Je veux d’abord parler aux joueurs. »

Ducharme tenait un point de presse… avant même d’avoir eu le temps de rencontrer ses joueurs !

De retour à Winnipeg

Mardi, Ducharme rencontrait virtuellement les médias de Winnipeg, d’où il avait répondu aux questions pendant plus de 30 minutes, le 24 février. Comme ce jour-là, son équipe avait joué la veille et bénéficiait d’un congé d’entraînement.

Mais les similitudes s’arrêtent là. À l’époque, le Tricolore venait de subir une troisième défaite de suite. C’est cette équipe que Ducharme devait relancer, avec comme défi additionnel de replacer Carey Price.

On ne sait pas à quoi avait pu ressembler le vol Ottawa-Winnipeg du 24 février au matin, mais c’était sûrement loin de la description qu’a faite Ducharme du trajet Toronto-Winnipeg de lundi soir. « On en a profité un peu sur le voyage. Les joueurs étaient contents, tout le monde était de bonne humeur ! », a raconté Ducharme, mardi.

Cette fois, l’entraîneur a une série à préparer parce que son équipe vient de coller trois victoires, pour éliminer les Maple Leafs de Toronto. Son groupe a accompli l’exploit notamment parce que Price a été « réparé », un des sept chantiers que nous avions alors ciblés.

(Par la bande, la hausse des performances de Price a permis de réparer aussi le désavantage numérique, qui a été le meilleur de la LNH au premier tour des séries avec une efficacité de 87 %.)

« La plupart des gars qui ont joué [lundi] seront au gymnase, a dit Ducharme. Les entraîneurs, on va se rencontrer au souper. C’est une journée plus tranquille, mais en fin de journée, on va commencer à préparer le match de [mercredi] et la série. »

Faux départ

Le 25 février, au lendemain de sa première conférence de presse, Ducharme dirigeait son premier match comme entraîneur-chef dans la LNH.

Comme il l’a fait en début de série, il avait donné la première chance à ses joueurs d’expérience : Price devant le filet, 21 minutes à Phillip Danault, qui était toujours en quête de son premier but, la réunion du trio Tatar-Danault-Gallagher, Artturi Lehkonen dans la formation à la place de Jake Evans.

Oubliez les scénarios hollywoodiens ; menant 2-0 après 20 minutes, le Tricolore avait perdu ses moyens après l’entracte, avant de voir Price flancher au mauvais moment, contre Nate Thompson. Marque finale : 6-3 Jets.

Les circonstances étaient atténuantes pour Ducharme, qui n’avait eu qu’une courte séance matinale d’entraînement pour préparer ses hommes. Cette défense allait toutefois être plus difficile à plaider au cours des semaines suivantes, marquées par des résultats inconstants. Dans les 38 matchs de saison que Ducharme a dirigés, le CH a connu deux séquences de trois victoires. Ses neuf autres triomphes ont tous été précédés et suivis de défaites. Sa fiche en 38 matchs : 15-16-7, le 20rang au classement général au cours de cette période.

Tout le long, on a cru en notre groupe et on se disait que l’adversité nous rendrait plus forts, que ça rapporterait. On arrive à ce moment où ce qu’on a vécu nous a aidés.

Dominique Ducharme

« Apprendre à gagner ensemble, c’est une chose. Aujourd’hui, on se connaît mieux comme groupe et ça permet de faire face à ces défis. On aime notre situation, qui est très différente de celle du 25 février. On savait qu’on avait beaucoup de défis devant nous. »

Ducharme en a encore, des défis. Le voici face à une équipe, les Jets, qui vient de rouler, de reculer et de rouler encore sur les Oilers, les balayant en quatre matchs. Winnipeg est au repos depuis une semaine.

Comme en février, l’entraîneur pourrait avoir quelques décisions délicates à prendre, si Lehkonen est prêt à revenir au jeu. Si tel est le cas, réinsère-t-il ce vétéran grandement respecté de ses coéquipiers ? Doit-il à ses 12 attaquants de lundi la chance de continuer sur leur lancée ? Contre des Jets qui ont deux trios dévastateurs, aura-t-il besoin d’Evans au centre ? Si oui, qui tasser entre le vétéran Eric Staal, employé dans un rôle limité mais dont le leadership est constamment vanté, et Jesperi Kotkaniemi, auteur de trois buts ?

Des enjeux pas évidents, surtout pas pour un entraîneur qui a encore un statut intérimaire. Au fait, remporter une série de premier tour ne devrait-il pas être suffisant pour qu’il soit confirmé dans ses fonctions ? Mais bon, ce sera pour l’heure des bilans.