Qu’il était rafraîchissant de voir un jeune homme de 20 ans avec des mains repasser la rondelle à un autre jeune homme de 21 ans avec des mains pour le but gagnant en prolongation.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

De voir un autre jeune homme de 20 ans marquer le troisième but de son équipe et disputer un solide match au centre.

Il aura fallu une blessure à Jake Evans pour permettre à Jesperi Kotkaniemi d’entrer dans la formation lors du deuxième match. Eric Staal était indélogeable.

Kotkaniemi a marqué le troisième but de son équipe jeudi soir. Son deuxième en quatre matchs, son sixième en 14 matchs de séries éliminatoires.

PHOTO DAN HAMILTON, USA TODAY SPORTS

Jesperi Kotkaniemi

Ce garçon connait évidemment un parcours parsemé de hauts et de bas, normal à un si jeune âge, mais il marque quand ça compte. Depuis 2015, Kotkaniemi est le meilleur buteur du Canadien en séries. Max Pacioretty, Nick Suzuki et Brendan Gallagher partagent le deuxième rang avec cinq buts.

Cole Caufield a raté les deux premiers matchs de la série contre les Leafs. La direction du Canadien reconnaissait sa bonne fin de saison, mais prétextait que les chances de compter étaient plus rares en séries éliminatoires et qu’il était risqué de le faire jouer à l’extérieur parce que l’équipe n’avait pas le loisir du dernier mot dans les combinaisons de trio à opposer à l’adversaire.

On a vite réalisé que Caufield pouvait produire peu importe les circonstances. Il a été l’un des attaquants les plus lumineux de l’équipe depuis son arrivée dans la formation.

Pour un joueur qu’on craignait d’envoyer dans la mêlée au départ, Caufield vient au quatrième rang au chapitre de l’utilisation moyenne chez les attaquants du CH avec 17:24, derrière Suzuki, Tyler Toffoli et Phillip Danault.

Son jeu en prolongation était sublime. Alex Galchenyuk a fait un très vilain choix de jeu en repassant la rondelle à la pointe, mais il a fallu un bon sens de l’anticipation de la part de Caufield pour flairer l’erreur.

Après un échange de passes entre Suzuki et lui en zone neutre puis en entrée de territoire offensif, le gardien Jack Campbell s’attendait à voir le buteur, Caufield, tirer. L’attaquant du Canadien a plutôt fait un geste d’une intelligence et d’une abnégation rares en remettant la rondelle à son compagnon. Suzuki a déjoué Campbell avec une facilité déconcertante. De toute beauté.

Il serait évidemment malhonnête de donner tout le crédit aux jeunes pour la victoire de jeudi. Joel Armia, toujours à son meilleur en séries, a marqué les deux premiers buts de l’équipe, au sein d’un efficace quatrième trio avec Eric Staal et surtout Corey Perry. Armia a désormais neuf points, dont cinq buts, en 15 matchs éliminatoires avec le Canadien.

Shea Weber et Ben Chiarot ont retrouvé leur superbe en défense, tout comme Jeff Petry en compagnie de Joel Edmundson. Phillip Danault a disputé son meilleur match des séries, tout comme Brendan Gallagher. Carey Price a été fumant, comme d’habitude.

Mais en misant finalement ainsi sur les jeunes, avec trois attaquants de 21 ans ou moins au cœur de l’attaque, Marc Bergevin et la direction du Canadien s’achètent du temps et une certaine clémence et permettent surtout à l’organisation de maintenir une continuité et une cohérence dans son plan de réinitialisation entamé en 2018.

Perdre en six ou sept matchs aux mains des puissants Maple Leafs avec des jeunes en plein essor est beaucoup moins déshonorant et décourageant que de perdre avec des vétérans en fin de carrière.

Une élimination avec une belle performance des jeunes permet de continuer à croire au processus. Une élimination avec des joueurs en fin de parcours soulève mille interrogations : Grand ménage ? Autre réinitialisation ? Reconstruction ?

Tout n’est pas parfait. On préfère encore des mercenaires acquis en retour de lointains choix au repêchage à l’un des plus beaux joyaux de l’organisation en défense, Alexander Romanov, 21 ans. Jon Merrill n’est pas vilain dans un rôle limité. Erik Gustafsson a fait le travail jeudi en dix minutes d’utilisation, une de plus que Merrill.

Mais si Alexander Romanov est un clou qui poussait croche comme Kotkaniemi en fin de saison, y’a-t-il lieu de croire qu’il pourrait redevenir droit en revenant dans la formation ?

PHOTO NICK TURCHIARO, USA TODAY SPORTS

Alexander Romanov assénant une mise en échec à Jason Spezza.

On l’espérait tellement dans la bulle de Toronto l’été dernier. Même Claude Julien en rêvait. Puis après avoir disputé 54 des 56 matchs de saison régulière, il n’a plus ce qu’il faut ?

Qui se souvient de ce match contre Toronto en mars, quand Dominique Ducharme avait décidé de réduire ses effectifs en défense en fin de rencontre pour protéger une mince avance ? Après avoir frappé durement Auston Matthews dans le coin de patinoire, Romanov avait mis Mitch Marner sur le derrière dans les derniers instants de la rencontre, et le CH l’avait finalement emporté 4-2.

Le Canadien jouera probablement de prudence après une victoire. Mais il a finalement choisi d’être plus audacieux dans le cas de Caufield après deux matchs. L’audace peut être payante. Elle peut aussi acheter beaucoup de clémence…

À lire

1-Oui Simon-Olivier, tu as frappé dans le mille, il est tannant ce club. Toujours à se relever quand on est prêt à le clouer au pilori…

2-Alexandre Pratt a recommencé son analyse du match du Canadien mille fois jeudi soir. Il nous raconte le processus !

3-Le gardien des Leafs, Jack Campbell, a pris une part du blâme pour la défaite de jeudi. Guillaume Lefrançois a recueilli ses commentaires.