Le principal concerné a tout fait pour ne pas devenir le sujet principal du bilan de fin de saison de son équipe. Mais il incarne tout de même, à ce moment-ci, l’un des plus intéressants points d’interrogation dans l’organisation du Canadien.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Entraîneur-chef du Rocket de Laval depuis maintenant trois ans, Joël Bouchard arrive à la fin du contrat le liant à l’organisation. Plusieurs fois a-t-il répété que sa « priorité » du moment était le parcours du Canadien en séries éliminatoires et qu’il n’avait pas l’intention d’aborder sa situation personnelle en public.

Malgré les questions répétées à ce sujet, il s’est borné à rappeler qu’il était « un gars de défis » et qu’il s’« investit » sans compromis chaque fois que « [son] nom est associé à un projet ». Il est « emballé » de voir ce qui attend le Canadien en séries. Du reste, « on verra ce que le futur réserve ».

Bouchard a amorcé sa carrière de dirigeant au moment où il a accroché ses patins, en 2008. Entraîneur adjoint du Junior de Montréal pendant trois ans, il a cofondé l’Armada de Blainville-Boisbriand en 2011 et en est devenu le directeur général. Après trois saisons, il a ajouté le poste d’entraîneur-chef à ses tâches de directeur général.

Quatre ans plus tard, en 2018, il a cédé sa place chez l’Armada pour prendre les rênes du Rocket, gardant toutefois un pied chez son club junior comme vice-président hockey. En cours de route, il a également été directeur général de l’équipe canadienne au Mondial junior à deux reprises.

À Laval, il a repris en main un club-école moribond, habitué aux insuccès. Insistant sur le fait qu’il mettait en place un « programme » de développement, il a vu son travail porter ses fruits cette saison, alors que le Rocket a remporté le championnat de sa division et terminé le calendrier parmi les meilleures formations du circuit.

Un parcours en séries éliminatoires est pratiquement le seul morceau qui manque à son passage dans la Ligue américaine – le tournoi a été annulé cette saison.

Pas « dans les nuages »

Même si Bouchard, 47 ans, a insisté sur le fait qu’il « aime ce qu’il fait » et qu’il a « adoré ses trois années » passées à Laval, il n’empêche que son nom commence à être évoqué parmi la liste des prochains entraîneurs prêts à faire le saut dans la LNH. Même à Montréal, Dominique Ducharme occupe toujours un poste intérimaire. Une élimination rapide du Canadien pourrait provoquer de nombreux changements au sein de la direction de l’équipe.

Interrogé à savoir s’il croyait que de demeurer entraîneur-chef dans la LAH constituait un meilleur tremplin que d’accepter un poste d’adjoint dans la LNH, il a dit ne pas avoir de « réponse définitive ». Et il a également esquivé la question sur ses aspirations à moyen ou long termes.

« Je n’ai jamais été un gars qui vit dans les nuages, a-t-il lancé. J’ai confiance en mes habiletés, je sais m’entourer de personnes plus compétentes que moi dans plein de dossiers, je suis capable de travailler en équipe. Je vais laisser les choses aller. »

Dans l’avenir immédiat, Bouchard et son adjoint Daniel Jacob prendront en charge les « Black Aces » du Canadien, groupe de joueurs rappelés du club-école et qui se tiennent prêts à un rappel en séries éliminatoires.

Performances

Comme il l’a fait depuis plusieurs jours, Bouchard a salué les « performances » du Rocket, qui a conservé une fiche de 23-9-4 en 2021.

Même quand on perdait, ça me faisait mal parce que je savais qu’on aurait pu gagner.

Joël Bouchard

Il a vanté l’« attitude phénoménale » de ses hommes ainsi que le « partenariat » qui s’est installé entre les vétérans et les nombreux jeunes joueurs. Plusieurs fois, il a répété à quel point son groupe avait « acheté » le système de jeu mis de l’avant par l’entraîneur et ses adjoints.

En presque 15 ans derrière un banc, jamais n’avait-il eu affaire à un groupe aussi « coachable ».

« J’ai adoré mes années dans le junior, mais avec ces gars-là, ç’a été tellement facile. Après chaque match, je sonnais comme un disque qui saute en leur répétant : vous nous avez écoutés, voyez le résultat. Ou encore : vous avez la recette, continuez de l’appliquer.

« Je n’ai jamais levé le ton une fois, jamais usé de discipline », et ce, malgré toute l’adversité que son équipe a affrontée, notamment en ce qui a trait aux blessures.

La seule déception qu’il garde est d’avoir vu son équipe privée de séries.

Avec les bases que l’organisation a établies, il y a fort à parier que les joueurs du Rocket pourront se reprendre l’an prochain.

Est-ce que ça se passera avec Joël Bouchard derrière le banc ? C’est moins clair.

La saison en cinq histoires

Les joueurs du Rocket de Laval ont rencontré les membres des médias, mardi, pour dresser leur bilan de fin d’année. La Presse revient sur la saison de cinq d’entre eux.

La lessive de Jan Mysak

Peu de joueurs ont connu une saison aussi galvanisante que Jan Mysak. N’eût été la pandémie, le jeune Tchèque de 18 ans, repêché au deuxième tour par le Tricolore en octobre dernier, aurait disputé toute la saison dans la Ligue junior de l’Ontario. Or, comme ce circuit a fait l’impasse sur la campagne 2021, il a abouti avec le Rocket, où il était évidemment le plus jeune joueur du groupe. L’année dernière, le jeune homme avait raconté sa difficile adaptation à la vie nord-américaine, alors qu’il demeurait pourtant dans une famille d’accueil à Hamilton. Cette année, il s’est retrouvé, pour la première fois de sa vie, à vivre seul en appartement. Dans une nouvelle ville. En plein confinement.

« Ç’a été très dur, a-t-il avoué, sans jamais perdre le sourire qu’il a constamment collé au visage. Je ne savais pas cuisiner ni faire la lessive. Alors ma mère m’expliquait comment faire les choses ! » Sur la patinoire, les derniers mois ont été une longue séance ininterrompue d’apprentissage – « je ne savais même pas qu’on pouvait jouer au hockey comme ça ! » Les vétérans du club l’ont donc pris sous leur aile. Il était leur « bébé », a dit Joël Bouchard, dithyrambique par rapport à la capacité d’intégration de son poulain. Vu son âge, il se rapportera à son club junior l’an prochain. Il dispose par contre d’un contrat le liant au Canadien pour trois saisons.

Le nuage de Harvey-Pinard

Le Saguenay pourrait difficilement trouver un ambassadeur plus naturel et jovial que Rafaël Harvey-Pinard.

Toujours de bonne humeur, volubile, enthousiaste, il a passé la saison à dire à quel point il prenait plaisir à s’adapter au hockey professionnel. Il conclut sa première campagne dans la Ligue américaine avec 20 points en 36 matchs – ça s’est tout de même calmé en fin de parcours avec 2 points en 10 rencontres. Arrivé au camp d’entraînement avec un contrat de la Ligue américaine, il rentre aujourd’hui à la maison avec un pacte de la LNH qui le lie au Canadien pour deux ans.

La cerise a été ajoutée sur le gâteau à la toute dernière partie du calendrier lorsqu’on l’a jumelé à Brendan Gallagher, son idole de jeunesse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Brendan Gallagher et Rafaël Harvey-Pinard

Incidemment, un journaliste lui a signalé qu’il avait fini l’année avec la même récolte offensive que Gallagher lors de son court passage dans la LAH.

« C’est sûr que ça donne de l’espoir, a convenu Harvey-Pinard. Mon objectif reste de jouer de la même manière que lui. Je veux faire une différence à chaque match. »

Les comparaisons répétées avec le meilleur pointeur du Canadien depuis 2013 n’ajoutent-elles pas de la pression sur lui ? « Dormez sur vos deux oreilles, a rétorqué Bouchard. Ce petit gars-là ne va rien laisser sur la table. Il sait où il s’en va. »

L’énigme Khisamutdinov

À moins d’avoir suivi le Rocket avec beaucoup d’attention cet hiver, le nom d’Arsen Khisamutdinov ne vous dit probablement rien. Cet obscur choix de 6tour du Canadien en 2019, qui possède un contrat avec le CH pour une autre année, a fait le saut en Amérique du Nord cette saison. Le résultat a été… pas très bon. En 15 matchs, il s’est contenté d’une mention d’aide. Des statistiques semblables à sa dernière saison dans la KHL – 3 points en 31 rencontres. En fin de parcours, alors que le Rocket composait avec une formation décimée, on a préféré faire jouer des défenseurs en attaque et le laisser dans les gradins.

Diplomate, Joël Bouchard a néanmoins été franc à propos du Russe de 23 ans, sélectionné à sa troisième et dernière année d’admissibilité au repêchage. « Il a un certain talent », a dit l’entraîneur-chef, rappelant qu’il « partait de loin » et qu’il s’était néanmoins amélioré. « Il y a des choses explicables, d’autres moins dans certains dossiers, a rajouté Bouchard, énigmatique. C’est un super bon jeune. Mais je ne peux pas tenir son bâton à sa place. […] Ce n’est pas comme si on n’avait pas passé du temps avec lui. Je l’ai vu essayer… mais c’était beaucoup pour lui. On verra ce qui va arriver avec lui l’an prochain. »

En queue de poisson pour Primeau

Ce n’est certainement pas la manière dont un gardien veut terminer une saison. En excluant la période de deux tirs qu’il a disputée lundi soir, Cayden Primeau a clos sa deuxième campagne professionnelle avec deux défaites du Canadien – dont une déconfiture qui lui a coûté son filet après une période – et un revers avec le Rocket. Une finale en queue de poisson pour celui qui a été dominant dans la LAH avant son rappel à Montréal au début du mois d’avril. « Il n’a que 21 ans et il a encore du travail à faire, a rappelé son entraîneur. J’aime le gars, j’aime le gardien, je crois en lui. Maintenant, il doit connaître une bonne saison morte et rester lui-même. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Cayden Primeau

Le week-end dernier, Carey Price avait eu de bons mots pour son jeune collègue. « Il a une bonne tête, il va être correct », a-t-il dit en réaction à la fin de saison pénible de Primeau. « Ce n’est pas facile de faire le saut dans la LNH, surtout au moment où il a été rappelé, a ajouté Price. Il a d’excellentes bases, il est fort mentalement, il pense bien le jeu et il se sert bien de son gabarit. C’est un vrai pro et il le sera longtemps. »

Des fleurs pour Weal

Jordan Weal était devenu le souffre-douleur des partisans du Canadien, qui l’ont pris en grippe à une époque récente où le joueur de soutien ne ratait jamais un tour au sein de l’avantage numérique ronflant. Avec le budget serré du Tricolore, la direction a convenu d’« enterrer » son contrat dans la Ligue américaine en 2021. Malgré la déception qu’on peut imaginer, il a assuré en début de saison à Joël Bouchard qu’il « n’aurait jamais de problèmes » avec lui.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Jordan Weal

« Ça n’a pas juste été ça : il a été incroyable », a dit le Québécois, qui l’a placé au centre de Rafaël Harvey-Pinard et de Jesse Ylonen, deux ailiers qui en étaient à leurs premières armes dans la Ligue américaine. « Il a fait son travail, il n’a jamais chialé et il a aidé ces deux jeunes-là à produire », a ajouté Bouchard. Des rumeurs – non confirmées – envoient Jordan Weal dans la KHL l’an prochain, lui qui deviendra joueur autonome sans compensation à l’été.