Il digérait mal la défaite, même si le match était sans importance au classement. Il a avoué avoir eu les jambes lourdes et les poumons en feu. Et il aurait aimé pouvoir reprendre quelques tirs sur réception ratés.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Mais Brendan Gallagher était avant tout satisfait d’avoir pu jouer un match avec le Rocket de Laval avant que s’amorce la série de premier tour entre le Canadien et les Maple Leafs de Toronto.

« Il y a des choses que tu ne peux juste pas simuler à l’entraînement », a-t-il rappelé après le revers de 2-0 du Rocket à son tout dernier match de la saison.

Le Gallagher qu’on a vu contre les Marlies de Toronto est celui qu’on a vu dans pratiquement chacun de ses matchs à Montréal depuis 2013. Constamment posté devant le gardien, impatient de tirer vers le filet, à couteaux tirés avec les défenseurs adverses… On s’est même demandé, tard en troisième période, si Joseph Riszak et lui ne jetteraient pas les gants tant les coups de bâton fusaient de part et d’autre. « Je suis surpris que ce ne soit pas arrivé avant ! », a dit en souriant le petit joueur du Canadien.

En toute fin de rencontre, alors que le Rocket avait retiré son gardien et tentait de créer l’égalité, Gallagher a passé presque 4 minutes sur la patinoire, ce qui lui a fait dire à la blague qu’il ne se rappelait pas avoir autant joué depuis les rangs pee-wee.

Plus sérieusement, il a plusieurs fois répété à quel point ce match lui avait fait du bien. Il a dit que sa blessure à un pouce était maintenant derrière lui, mais il demeure qu’il n’avait pas vu d’action depuis le 5 avril dernier. Alors quand Marc Bergevin lui a offert d’aller se délier les jambes dans la Ligue américaine, il a sauté sur l’occasion.

Il a avoué avoir « manqué d’essence » à quelques moments. Mais il n’avait pas à en parler : après chaque sifflet et à chacun de ses retours au banc, il semblait reprendre péniblement son souffle. Il a tout de même étiré sa dernière présence en deuxième période, à dessein, pour « se pousser un peu ».

« C’est pour ça que ça s’appelle une remise en forme, a-t-il lancé. Je voulais savoir où j’en étais. Ça me donne confiance pour le premier match contre les Leafs. »

Faux départ

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Carey Price dans l’uniforme du Rocket de Laval

Un autre qui tentait de retrouver sa superbe, lundi soir, c’est Carey Price.

Les choses n’ont certainement pas commencé comme il l’aurait voulu, ni pour lui ni pour le Rocket. Après 4 minutes et 4 tirs au but, c’était 2-0 pour les Marlies de Toronto. Le premier filet a été inscrit sur un tir parfait de l’enclave en avantage numérique. Le second a fait suite à un revirement du défenseur Tobie Paquette-Bisson. C’est toutefois une mauvaise sortie de Price derrière son filet qui avait amorcé la séquence.

Le Rocket s’est ressaisi, si bien que le gardien du Tricolore n’a pas été tellement occupé par la suite. Lorsqu’il a conclu sa soirée, après deux périodes, il n’avait reçu que 15 lancers. On a tout de même revu le gardien calme et en contrôle de ses moyens qui laisse présumer un retour en forme complet.

Price ne s’est pas adressé aux représentants des médias après le match, mais Brendan Gallagher a rapporté que Price et lui avaient dressé le même constat, soit qu’ils s’étaient sentis de plus en plus à l’aise à mesure que la joute avait avancé.

Le gardien devait s’en tenir à une trentaine de minutes devant le filet. Or, après une longue séquence de jeu conclue par une pénalité au Rocket avec six minutes à écouler en deuxième période, il a indiqué à l’entraîneur-chef Joël Bouchard qu’il terminerait l’engagement, notamment pour ne pas que son adjoint Cayden Primeau saute dans la mêlée dans une situation défavorable.

« J’étais certain qu’il ferait ça, a commenté Gallagher. Le début du match n’a pas été facile. Il voulait ces minutes pour se sentir mieux, pour augmenter sa charge de travail. »

Idole

La présence des deux joueurs du CH a suscité son lot de fébrilité chez le Rocket. Surtout pour Rafaël Harvey-Pinard, 22 ans, qui s’est vu offrir l’occasion de jouer sur le même trio que son idole Brendan Gallagher.

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Rafaël Harvey-Pinard

Après le match, le jeune homme n’avait pas l’air d’un joueur qui venait de perdre. Surexcité, Harvey-Pinard a classé cette journée parmi les plus mémorables de sa vie, avec ses conquêtes de la Coupe Memorial et de la Coupe du Président ainsi que le jour de son repêchage par le Canadien, en 2019.

Le Québécois s’est dit « reconnaissant » d’avoir non seulement eu la chance de patiner avec Gallagher, mais d’avoir pu écouter les trucs que le vétéran lui a donnés sur le banc et sur la patinoire.

Je voulais être une éponge. Chaque fois que je le vois à la télévision, il est à 200 % d’intensité, et ça n’a pas changé ce soir. C’est le fun de voir un joueur travailler comme ça.

Rafaël Harvey-Pinard au sujet de Brendan Gallagher

De son jeune collègue, dont le style et le profil ressemblent d’ailleurs aux siens, Gallagher a dit qu’il était « vraiment bon » et qu’il travaillait « incroyablement dur ».

« Ça paraît dans son attitude, dans son caractère à chaque présence, qu’il fait les bonnes choses, a-t-il estimé. C’est dur de trouver des travailleurs comme ça. J’étais content de jouer avec lui. »

Le plaisir a visiblement été partagé. Mais ça, le Saguenéen avait dû le lui souligner une ou deux fois déjà.