Le démon blond est satisfait de ses derniers traitements contre son cancer du poumon et affirme aller « super bien »

Katherine Harvey-Pinard La Presse

« On vous aime, M. Lafleur ! », lançaient de toutes parts une cinquantaine de donateurs du Fonds Guy Lafleur à la fin d’un appel Zoom avec le légendaire numéro 10, dimanche après-midi. Lafleur, qui combat une récidive de son cancer du poumon depuis octobre, semblait touché par cette grande vague d’amour.

L’homme de 69 ans subit toujours des traitements d’immunothérapie et de chimiothérapie toutes les trois semaines et passe des scans tous les deux mois en raison d’une métastase sur une côte. Mais il va « super bien », a-t-il lui-même affirmé lorsque questionné sur son état de santé par l’animateur de la rencontre, Louis Jean, de TVA Sports.

« Depuis les deux derniers traitements, je vois un gros changement. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais ç’a l’air que les produits fonctionnent bien, alors je suis très content. J’avais perdu énormément de poids avant, mais là, ça va bien. Je n’ai pas de nausées, alors je touche du bois. Je suis très content. »

Ce qui est important, c’est d’apprécier chaque moment. Lorsque tu as des épreuves comme ça, ça fait réaliser que la vie ne tient qu’à un fil.

Guy Lafleur

La rencontre avait lieu dans le cadre de la campagne de financement « En équipe avec Guy Lafleur contre le cancer » lancée par la Fondation du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) en mars. Les donateurs de plus de 1000 $ du Club des 10 ont pu poser leurs questions à la légende québécoise.

Rappelons que depuis mars, plusieurs joueurs ont échangé avec les donateurs dans le cadre de rendez-vous hebdomadaires par Zoom. Du lot, Luc Robitaille, Raymond Bourque, Jonathan Drouin et Max Pacioretty, entre autres.

« C’est quelque chose que je n’oublierai jamais, que les gens participent et donnent de leur temps et leur argent pour faire en sorte que la recherche avance et que les gens aient éventuellement une meilleure qualité de vie », a-t-il souligné, reconnaissant.

Hommages

Les hommages ont fusé de partout tout au long de la rencontre.

« Lorsque tu as annoncé ta retraite, le 26 novembre 1984, ça m’a secoué. Je n’ai presque pas dormi de la nuit », a notamment témoigné un homme de 77 ans.

PHOTO ROBERT NADON, ARCHIVES LA PRESSE

Guy Lafleur en octobre 1979

« Comme ça, je n’étais pas tout seul ! », a répondu Lafleur.

Serge Savard, un autre grand de l’histoire du Canadien, impliqué dans la campagne, était également présent lors de l’appel.

« Guy a été un joueur qui a toujours fait une différence dans la Ligue nationale avec le Club de hockey Canadien. Il a dominé la LNH pendant sept-huit ans. On aurait pu lui donner le trophée avant que la saison commence. De le voir s’impliquer alors qu’il passe une période assez difficile, je pense que c’est très louable de voir qu’il essaie encore de faire une différence. »

Souvenirs

Le Canadien de Montréal se mesurera aux Maple Leafs de Toronto au premier tour des séries éliminatoires. La dernière fois que les deux équipes se sont affrontées lors du tournoi printanier, Guy Lafleur était de l’alignement montréalais. C’était en 1979.

« La rivalité, c’était quelque chose de vraiment spécial, se souvient-il. La seule différence qu’on trouvait à Toronto, c’était l’ambiance. Tu n’avais pas l’ambiance de Montréal. »

Lafleur a indiqué avoir hâte d’écouter la série. Il croit d’ailleurs aux chances du Canadien de l’emporter.

« Ça va dépendre jusqu’à quel point les joueurs veulent payer le prix pour gagner, a-t-il soutenu. Si tu n’es pas prêt à payer le prix, tu ne gagneras pas, peu importe le talent que tu peux avoir au sein de l’équipe. Il faut faire en sorte que les joueurs jouent tous ensemble et aillent tous dans la même direction. »

Et faites-vous jouer Cole Caufield ? a demandé un donateur. « Moi, je fais jouer des joueurs qui veulent jouer et je pense que Caufield veut jouer, a répondu Lafleur. Lorsqu’il est arrivé avec l’organisation à son premier match, ç’a été une source d’inspiration pour les autres joueurs. Pourquoi ne pas le faire jouer ? »

Parlons Québécois

Comme la rencontre réunissait des amateurs de hockey de la province, Guy Lafleur a été invité, comme c’est souvent le cas, à se prononcer sur le sujet de l’heure : les Québécois chez le Canadien. Rappelons que pour la première fois de son histoire, l’équipe montréalaise ne comptait aucun Québécois au sein de son alignement lors du match de lundi dernier.

« C’est difficile de faire jouer des Québécois quand t’en as seulement deux, a dit Lafleur. Jonathan [Drouin] avait besoin de temps, je ne sais pas pourquoi. L’autre était blessé. Lorsque tu as deux Québécois, tu n’as pas grand relève. Avec le Rocket, on ne semble pas regarder trop de ce côté-là. L’organisation est majeure et vaccinée, alors elle sait ce qu’elle a à faire. »

Un donateur a d’ailleurs demandé au démon blond quelle était sa solution pour avoir plus de Québécois dans l’organisation. Repêchage ou échanges ?

« La meilleure solution serait de ramener les Nordiques à Québec pour créer une compétition entre les deux équipes ! a plutôt lancé à la blague l’ancien du Canadien, des Rangers de New York et des Nordiques. Si on regarde dans la Ligue nationale, il n’y a pas beaucoup de Québécois comparativement aux Européens, anglophones et tout ça. Il y a de très bons Québécois qui évoluent dans la LHJMQ, qui vont jouer ailleurs et qui ont beaucoup de succès.

« Tu ne choisis pas des Québécois juste pour choisir des Québécois non plus. Ça prend des joueurs qui sont capables d’évoluer, de faire une différence au sein de ton équipe et de faire en sorte que tu as des chances de gagner. Je pense qu’il y a un potentiel qui est là, qui existe. Je pense qu’il s’agit de l’explorer davantage, c’est tout. »