Vers 18 h 25 samedi soir, alors que le Canadien essayait de marquer un but contre les pauvres Sénateurs, un partisan a envoyé ce lumineux message sur le compte Twitter du club : « Vous avez été une disgrâce. »

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Ensuite, le compte Twitter du Canadien a fait ce que le club a fait sur la glace du Centre Bell : il n’a pas répondu.

Il y a des défaites difficiles, mesdames et messieurs, et il y a des défaites comme celle-ci, par la marque de 4-0 face au club d’Ottawa.

Une disgrâce ? C’est peut-être un peu fort, parce qu’il faut réserver ce mot-là pour les choses vraiment tragiques de la vie, comme quand Gary Cherone est devenu le chanteur de Van Halen. Mais pour le Canadien, ce fut à tout le moins une performance gênante.

La bonne nouvelle, c’est que personne n’a eu à payer pour voir ça.

« Nous n’avons pas joué à la hauteur de notre talent… C’est très décevant », a résumé Paul Byron.

Il faudrait savoir où elle se situe, la hauteur de ce talent. Car on pourrait faire valoir que le match de samedi était un excellent condensé du Canadien des jours présents.

Ainsi, on a vu Jeff Petry commettre un revirement en tentant de se porter à l’attaque, alors que le trio d’Eric Staal était sur la glace. On a vu Jonathan Drouin, fin seul devant le gardien à la suite d’un cadeau, incapable de marquer, et incapable de tirer tout court. Et puisqu’il est question de cadeaux, on a vu Carey Price en donner un beau à Drake Batherson, droit entre les jambières, le genre de tir qu’un gardien de premier plan (ou le meilleur de l’univers, c’est selon) n’a pas le droit de laisser passer. On pourrait ajouter à cette liste le nom de Shea Weber, dont les meilleurs jours nous semblent loin derrière.

Peut-on croire un seul instant que le Canadien peut gagner quand ses leaders sont tous en panne ? La réponse est non, en particulier devant le filet, où la direction de ce club a fait de Price son joueur le plus important depuis 15 ans, en le payant comme tel. Bien sûr, personne ne gagne des matchs en ne marquant aucun but, mais le but de Batherson résume bien la saison de Price : juste au moment où le club a besoin de quelques gros arrêts de sa part, les gros arrêts ne viennent pas.

Staal, lui, demeure une énigme, et on aimerait bien lire le rapport du recruteur professionnel qui l’a chaudement recommandé. On peut seulement en déduire que Staal a été invité ici en raison de son grand leadership, qualité très prisée au Centre Bell.

Cette propension à aller chercher de gros noms vieillissants en fin de carrière, espérant en retour un restant de magie pour pas trop cher, est un classique de l’ère de Marc Bergevin. On ne compte plus le nombre de ces tentatives, d’Ales Hemsky à Mark Streit, d’Alexander Semin à Ilya Kovalchuk, qui ont toutes mené au même résultat : rien.

Et maintenant, ça continue, avec Staal, mais aussi avec Corey Perry, qui a connu de bons moments, il est vrai, mais qui se retrouve avec une mauvaise série de six matchs sans le moindre point.

Quand ça va aussi mal, d’habitude, le coach perd patience et procède à des changements. On peut deviner que cette possibilité a effleuré l’esprit de Dominique Ducharme, qui avait un peu de boucane qui lui sortait des oreilles après le match de samedi.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Mais Ducharme a rappelé combien il est difficile de modifier une formation en raison des règles en vigueur, entre autres le plafond salarial et la limite des quatre joueurs qui peuvent être rappelés ; il reste un seul rappel possible au Canadien à ce chapitre.

« Ça va être la troisième fois que je le dis : je ne peux pas faire de changements, a répondu l’entraîneur-chef. Je ne peux pas en faire ! Dans notre situation, on ne peut pas faire de changements. »

On peut se demander si Dominique Ducharme a les coudées franches, de toute façon. S’il voulait imposer un congé forcé à Staal, par exemple, aurait-il le plein appui de son DG ?

Avec tout ça, le Canadien devait partir pour l’Alberta samedi soir, afin de disputer deux matchs contre les Oilers et trois contre les Flames. Ça commence à se corser un peu, et dans l’état actuel des choses, ce serait sans doute une bonne idée que de faire une place à Cole Caufield. Il y a moyen d’être créatif dans cette ligue quand vient le temps de gérer la liste des blessés ou le plafond salarial… La direction du Canadien le sait sans doute.

En attendant, et jusqu’à preuve du contraire, le Canadien demeure ce qu’il est depuis trop longtemps : un club de ,500 ou à peu près. Ça permet rarement de veiller tard au printemps.

Dans le détail

La santé de Weber

Le fait que Shea Weber n’utilise presque plus son tir frappé a conduit plusieurs collègues à se questionner sur son état de santé. Ça et ses difficultés générales avec la rondelle, disons. Voilà une situation bien difficile à lire de l’extérieur, car Weber n’admettra jamais qu’il joue en dépit de blessures. Depuis qu’il est à Montréal, il est arrivé au moins deux fois que le chat sorte du sac quand il a dû s’absenter. Deux séquences ont retenu notre attention à cet effet. En troisième période, comme pour faire cesser les théories à son sujet, Weber y a été d’un boulet, sur réception, qui a abouti… dans le dos de Tomas Tatar ! À en juger par l’expression faciale de Tatar au banc, Weber a dû y mettre sa force habituelle ! Par contre, en deuxième période, lors d’une mise au jeu en zone offensive pendant un avantage numérique, Weber s’est placé à la position d’ailier droit, laissant deux attaquants à la pointe. En temps normal, Weber serait à la pointe afin de pouvoir justement se placer pour son tir sur réception. Dominique Ducharme s’est fait demander après le match si une blessure empêchait Weber de faire des tirs frappés. Réponse : « Rien ne l’empêche de lancer comme il en est capable. »

Mission accomplie pour les jeunes

Brady Tkachuk a 21 ans. Josh Norris aussi, mais il aura 22 ans dans deux semaines. Drake Batherson aura 23 ans dans 10 jours. Ces trois joueurs, qui n’ont aucun souvenir du bogue de l’an 2000, formaient le premier trio des Sénateurs samedi. Ils ont passé le match opposés à Weber et Ben Chiarot, deux défenseurs costauds, robustes, qui totalisent 1431 matchs d’expérience. Les trois jeunots ont terminé la soirée avec sept points et ont été à l’origine des trois buts marqués contre Carey Price. Dans son point de presse d’après-match, l’entraîneur-chef des Sénateurs, D.J. Smith, a spécifiquement souligné cette confrontation entre son jeune trio et le duo Chiarot-Weber comme une de ses sources de fierté de ce match. Norris et Tkachuk se sont aussi partagé la tâche aux mises au jeu ; ils en ont collectivement remporté 78,6 % (11 sur 14). Du bon boulot pour une équipe en reconstruction.

Baptême réussi

Parlant de reconstruction… Le numéro 57 des Sénateurs, Shane Pinto, en était à son tout premier match dans la LNH, après deux saisons à North Dakota. L’attaquant de 20 ans en a profité pour obtenir le premier point de sa carrière. Un jeu bien banal, direz-vous : il a gagné une mise au jeu et Nikita Zaitsev a tiré dans un filet désert. Mais regardons les circonstances. Il reste un peu plus de quatre minutes, la mise au jeu est en zone défensive et le Canadien vient de retirer son gardien. Un but et le CH se rapproche à 3-1. Ce même Pinto a aussi eu droit à du temps en désavantage numérique, tout comme une autre recrue de l’équipe, Alex Formenton. Les Sénateurs n’ont rien à perdre, étant presque mathématiquement exclus des séries. L’heure est aux expériences et Smith ne s’en cache pas. « À quel autre moment leur donnera-t-on cette chance ? La fin de saison approche, a-t-il lancé à un journaliste qui lui demandait d’expliquer les responsabilités qu’il confie aux jeunes. Et ils ont été bons. »

Ils ont dit

Des équipes comme les Sénateurs ou les Flames jouent de manière intense et exercent de la pression. Nous, nous devons faire les choses simplement, aller au filet et provoquer des deuxièmes chances, des troisièmes, des quatrièmes… Trop souvent, nos chances de marquer sont des occasions uniques.

Paul Byron

Il nous faut trouver plus de constance dans notre jeu. Il faut jouer avec constance chaque soir.

Carey Price

Ce n’est pas facile de jouer deux matchs en deux soirs, mais ce n’est pas une excuse, toutes les équipes doivent passer par là.

Ben Chiarot

C’est un problème d’exécution et on n’a pas assez gêné le travail de leur gardien Matt Murray.

Dominique Ducharme

Ç’a été son meilleur match de l’année. Il a bien suivi les rondelles tout au long du match. Avec son blanchissage à l’enjeu, il a fait les gros arrêts. Il s’améliore d’un entraînement à l’autre et il a eu l’air confiant ce soir.

D.J. Smith, au sujet de Matt Murray, qui disputait un deuxième match depuis son retour

C’était serré, les deux équipes ont fermé le centre de la patinoire, c’est pourquoi ça ressemblait à du hockey des séries. [Les joueurs du Canadien] avaient joué vendredi soir, donc c’était une transition rapide pour eux. On était mieux reposés, mais on a bien exécuté.

Matt Murray

On dirait que j’ai des chances de marquer la plupart des soirs. Ce soir, ça rentrait. J’ai eu de bonnes passes de mes compagnons de trio.

Drake Batherson, auteur de 11 points en 8 matchs contre le Canadien cette saison

En hausse

Brett Kulak

L’un des très rares défenseurs chez le Canadien à avoir assez bien paru.

En baisse

Carey Price

Trois buts accordés sur 14 tirs. Pour un gardien de son calibre, ce n’est pas assez bon.

Le chiffre du match

9

Le Canadien a marqué seulement neuf buts à ses six derniers matchs.