En rappelant Cole Caufield au sein de l’escouade de réserve, la direction du Canadien fait d’une pierre deux coups.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

D’abord le développement du jeune homme. Le Rocket de Laval a vu ses rencontres face aux Marlies de Toronto reportées en raison de la COVID-19 et l’équipe ne dispute pas de matchs avant mercredi.

Entraînement pour entraînement, aussi bien lui permettre de se familiariser avec la LNH et le Canadien en lui permettant de travailler avec le grand club.

Dominique Ducharme a d’ailleurs rappelé vendredi matin, lors de son point de presse, que Caufield ne devrait pas être appelé à disputer un match à court terme, à moins de blessure, en raison des contraintes du plafond salarial.

Ce que Ducharme ne dit pas, c’est que le CH peut renvoyer un joueur de sa formation actuelle au sein de l’escouade de réserve et rappeler Caufield, ou Jake Evans, sans défoncer le plafond.

Par contre, le Canadien a encore un seul rappel possible sur quatre d’ici la fin de la saison, à moins d’un rappel d’urgence pour blessure.

Sans lui promettre de matchs, on envoie néanmoins un message aux joueurs : vous avez intérêt à hausser votre jeu d’un cran vendredi soir contre les Flames. Si vous jouez de façon aussi nonchalante lors de la prochaine rencontre, nous avons ici un kid qui brûle d’envie de disputer un premier match en carrière…

Ce rappel a même fait réagir le premier ministre du Québec, François Legault. Le PM a retweeté la nouvelle en commentant : « Un sourire dans cette journée grise. »

L’entraîneur-chef du Rocket, Joël Bouchard, a soulevé un bon point vendredi matin, lors de sa rencontre avec les médias.

« Les joueurs de la NCAA n’ont pas le droit de participer aux camps d’entraînement de la LNH, contrairement à ceux des rangs juniors. On veut que Cole côtoie les gars de la LNH. Ça va être bon pour lui. Il n’a pas eu la chance de rencontrer Carey Price. Teasdale l’a fait. Vejdemo l’a fait. Après, ils prendront la décision qu’ils vont prendre. »

Joël Bouchard ne doute pas de ses chances de succès cependant. « C’est un bon joueur. Il n’a pas marqué tous ces buts-là en étant chanceux. On va se garder une petite gêne, mais on ne parle pas d’un gars qui sort de nulle part, il marque des buts aux États-Unis depuis qu’il a 12, 13 ans. »

Je ne suis pas trop inquiet. La différence entre Cole et d’autres joueurs de la NCAA et des rangs juniors, c’est qu’il a un millage de haute performance, avec le programme de développement américain et le Championnat mondial junior. Il a joué dans des gros matchs regardés par des millions de personnes. Il a vécu du gros hockey dans sa vie.

Joël Bouchard, entraîneur-chef du Rocket de Laval

Bouchard a appris la bonne nouvelle au jeune homme vendredi matin. « Ce dont je suis le plus content, et je lui ai dit au téléphone, ce ne sont pas ses buts, mais comment il a été ouvert d’esprit avec nous, enthousiaste, investi. Il a gagné le Hobey-Baker et il jouait 30 minutes plus tard. »

Jette-t-on un jeune homme de 20 ans dans la gueule du loup si on s’avisait à lui faire participer à un match dans la LNH sous peu ?

Son entraîneur à Wisconsin, Tony Granato, ancien coach en chef de l’Avalanche du Colorado, adjoint à Pittsburgh, Detroit et Colorado, 774 matchs comme joueur à Los Angeles, New York et San Jose, répète à qui veut l’entendre que son poulain est prêt pour la Ligue nationale. Il affirmait pourtant le contraire un an plus tôt.

Autre facteur, Caufield n’a pas paru intimidé par les rangs professionnels. La marche est haute pour certains entre le junior ou le collégial et les pros. Alex Turcotte, cinquième choix au total en 2019, dix rangs avant Caufield, a été blanchi à ses six premiers matchs dans la Ligue américaine en février. Il a 13 points en 16 matchs depuis.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DU ROCKET DE LAVAL

Cole Caufield a obtenu quatre points en deux matchs dans l’uniforme du Rocket de Laval, la semaine dernière, dont deux buts gagnants.

Caufield, lui, a obtenu quatre points en deux matchs, trois buts, dont deux buts gagnants. Il s’agit d’un mince échantillon, mais il était déjà dominant à l’attaque.

Le premier choix du Canadien en 2019, 15e au total, ne serait pas le premier joueur de sa cuvée à disputer un match dans la LNH cette saison. Ils sont 13.

Le plus récent, Nick Robertson, un ailier de 5 pi 9 po et 164 lb (Caufield mesure 5 pi 7 po et pèse 161 lb) repêché en deuxième ronde, a disputé les quatre derniers matchs des Maple Leafs. Robertson avait été complètement éclipsé par Caufield lors du match entre le Rocket et les Marlies la semaine précédente. Il avait 10 points, dont 3 buts, en 14 matchs dans la Ligue américaine.

Un autre choix de deuxième ronde de petite taille, Nils Hoglander, un ailier de 5 pi 9 po et 185 lb, sera en principe à nouveau sur le premier trio des Canucks de Vancouver lorsque ceux-ci reviendront au jeu.

Le centre Shane Pinto, premier choix de la deuxième ronde, au 32e rang, devrait entreprendre sa carrière dans la LNH sous peu à Ottawa. Il était finaliste au trophée Hobey-Baker remis au joueur par excellence dans la NCAA et remporté par Caufield.

Repêché après lui au 33e rang, Arthur Kaliyev a eu droit à un match avec les Kings de Los Angeles il y a quelques semaines. Et il a marqué.

Le deuxième choix de première ronde des Kings après Turcotte en 2019, Tomas Bjornfot, était membre du top 4 défensif à Los Angeles avant de se blesser.

Parmi les joueurs repêchés avant Caufield en 2019, Jack Hughes (1er au total), au New Jersey, et Kirby Dach (3e au total), à Chicago, se retrouvent déjà au centre du premier trio. Kaapo Kakko (2e au total) semble sortir de sa coquille et a amassé cinq points à ses six derniers matchs avec les Rangers de New York.

Dylan Cozens (7e au total) est au centre du troisième trio à Buffalo. Bowen Byram était un régulier en défense au Colorado avant de se blesser.

Trevor Zegras (9e au total) a eu droit à 17 matchs à l’aile gauche chez les Ducks d’Anaheim. On vient de le renvoyer dans la Ligue américaine pour qu’il se développe à titre de joueur de centre. Victor Soderstrom (Arizona), Ville Heinola (Winnipeg) et Connor McMichael (Washington) ont aussi eu droit à au moins un match dans la LNH.

En passant, à ceux qui trouveraient que Jesperi Kotkaniemi ne se développe pas assez rapidement à leur goût : KK a seulement six mois de plus que Caufield…