Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, s’est rendu au bazar avec de la petite monnaie, ce week-end. Il en a eu pour son argent. C’est-à-dire pas grand-chose.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Qu’a-t-il acquis ?

Deux défenseurs. Jon Merrill et Erik Gustafsson. Le premier n’a aucun but cette saison. Le deuxième n’a pas joué en avril. Rien à voir avec le virus. Il était en santé, mais les Flyers de Philadelphie préféraient le laisser sur la passerelle plutôt que sur la glace.

Ça vous emballe ?

Ouf. Belle face de carême. La même que font mes enfants devant leur assiette de bok choy… Je vous comprends. Ces acquisitions ne sont pas très excitantes. Je doute qu’elles suffisent pour combler les lacunes qui plombent le Canadien depuis deux mois. Ces mêmes problèmes qui ont mené au congédiement de Claude Julien et qui perdurent, de match en match.

Des centres sous-productifs.

Des défenseurs débordés.

Des unités spéciales bien ordinaires.

Conséquence : le Canadien reste « une équipe du milieu », pour reprendre les mots de Bergevin. Un club qui aura du mal à rivaliser en séries éliminatoires avec ses trois adversaires potentiels au premier tour — les Maple Leafs de Toronto, les Oilers d’Edmonton et les Jets de Winnipeg. D’ailleurs, l’écart entre le Tricolore et ses concurrents se creuse. On le constate, soir après soir, en regardant les parties. Des impressions confirmées lorsqu’on décortique les statistiques des quatre clubs.

Analysons cela ensemble.

Au centre

Les deux joyaux de l’organisation, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi, seront peut-être dominants un jour. Mais ce jour n’est pas arrivé. En attendant, le quatuor des centres du Canadien ne fait pas le poids face à ceux de ses rivaux.

BUTS PAR LES CENTRES ACTUELS *
Maple Leafs de Toronto : 52
Oilers d’Edmonton : 50
Jets de Winnipeg : 34
Canadien de Montréal : 20

Depuis le changement d’entraîneur, Kotkaniemi joue beaucoup mieux. Mais Suzuki et lui n’ont que trois buts chacun. Et ce, malgré beaucoup de temps de jeu de qualité en supériorité numérique. C’est nettement insuffisant. J’y reviendrai.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Jesperi Kotkaniemi et Nick Suzuki

Heureusement, Phillip Danault, lui, s’est ressaisi. Depuis la nomination de son nouveau patron, il présente un différentiel de + 13. Son trio tient tête aux meilleurs de la division. Difficile d’imaginer le Canadien sans lui la saison prochaine. Par ailleurs, j’aime l’acquisition d’Eric Staal. Le vétéran est meilleur que Suzuki et Kotkaniemi au cercle des mises en jeu. Il permettra à Dominique Ducharme de ne pas surtaxer Danault lors des départs en zone défensive.

En supériorité numérique

Un gros problème sous Julien et Kirk Muller. Seulement 10 buts en 90 minutes de supériorité numérique. Est-ce mieux sous la direction de Ducharme et d’Alex Burrows ? Oui. Mais à peine : 11 buts en 81 minutes. Des résultats bien en deçà de ceux de ses rivaux de division.

BUTS EN SUPÉRIORITÉ NUMÉRIQUE
Oilers d’Edmonton : 35
Jets de Winnipeg : 31
Maple Leafs de Toronto : 27
Canadien de Montréal : 21

Il y a des joueurs qui en arrachent particulièrement. Plus tôt cette saison, Suzuki a connu une léthargie de près d’une heure en surnombre sans inscrire un seul point. Avant la partie de lundi, Kotkaniemi avait été blanchi lors de ses 32 dernières minutes en supériorité numérique. Depuis un mois, Josh Anderson et Jonathan Drouin ont à peine fait bouger l’aiguille en pareilles circonstances. Bergevin a indiqué que Gustafsson pourrait agir comme quart-arrière en surnombre dans les prochaines semaines.

Une autre mauvaise nouvelle ? Vous aurez remarqué que les rivaux du Canadien excellent avec l’avantage d’un homme. Rien d’encourageant pour le Tricolore qui, des quatre formations, est le plus indiscipliné cette saison.

Exécution en défense

Les défenseurs du Canadien paraissent parfois lents. Ou débordés. Souvent, la conséquence, c’est une pénalité. Pour avoir retenu. Ou fait trébucher. Les arrières du Canadien sont régulièrement pris en défaut. À l’inverse, ils causent peu de pénalités à l’adversaire. Leur différentiel cette saison est éloquent.

DIFFÉRENTIEL DES PÉNALITÉS (DÉFENSEURS) **
Oilers d’Edmonton : — 2
Maple Leafs de Toronto : — 18
Jets de Winnipeg : — 25
Canadien de Montréal : — 33
**
Les pénalités écopées moins les pénalités causées

Ici, les acquisitions de Jon Merrill et d’Erik Gustafsson devraient avoir un impact. Gustafsson n’a jamais été puni cette saison. Son différentiel de pénalités de + 2 est supérieur à celui de tous les défenseurs du Canadien. Merrill, lui, est un « défenseur mobile », a souligné Bergevin. Donc moins susceptible d’être en retard sur le porteur de la rondelle. Son différentiel de pénalités de - 2 est d’ailleurs très respectable, comparé à ceux de Shea Weber (- 10), Ben Chiarot (— 9) et Brett Kulak (— 6).

Une autre constante des derniers matchs, c’est le nombre de revirements coûteux causés par les défenseurs du Canadien. Le match de samedi, contre les Jets, était un cas d’école. Souvenez-vous de la belle passe de Jeff Petry sur la palette de Paul Stastny, alors que Jake Allen était sorti de son filet.

Ces pertes de rondelle ne sont pas anecdotiques. Elles sont fréquentes. Je sais que les statistiques sur les revirements sont très contestées par les entraîneurs. Parce que les statisticiens n’évaluent pas les revirements avec constance. Certains sont plus généreux que d’autres. Je reconnais l’existence d’une grosse marge d’erreur. Sauf que lorsque l’écart avec les meneurs de la division est supérieur à 30 %, il y a de toute évidence un problème.

DIFFÉRENTIEL DES REVIREMENTS (DÉFENSEURS) ***
Jets de Winnipeg : — 129
Maple Leafs de Toronto : — 132
Oilers d’Edmonton : — 137
Canadien de Montréal : — 195
*** Différence entre les gains et les pertes de rondelle

La présence de Merrill dans l’alignement devrait permettre au Canadien d’améliorer ce bilan. C’est un défenseur patient, responsable, qui « bouge bien la rondelle », a expliqué Bergevin. Les chiffres le confirment : Merrill perd la rondelle deux fois moins souvent que Petry, Joel Edmundson ou Alex Romanov.

Gustafsson, par contre, prend plus de risques. Chez les Flyers, il était le défenseur qui perdait le plus souvent la rondelle, en fonction des minutes jouées. Ce qui explique sûrement en partie pourquoi il a regardé tous les matchs de son équipe, ce mois-ci, du haut des gradins.

* * *

Les entraîneurs le répètent souvent : les « petits détails » font la différence. Ils ont raison. Merrill, Gustafsson et Staal combleront certaines faiblesses du Canadien. Mais ce sera subtil. Et insuffisant pour que le Tricolore élimine les Leafs, les Oilers ou les Jets au premier tour.

Si le Canadien souhaite jouer longtemps ce printemps, il faudra que les vedettes se lèvent. Que Weber retrouve ses repères. Que Suzuki et Kotkaniemi explosent. Que Petry, Drouin et Anderson produisent comme au début de la saison.

Et surtout, que Carey Price revienne en santé.

* Les statistiques ne tiennent pas compte des matchs de lundi soir.