Combien de jours se sont écoulés depuis la dernière fois où la question « centre ou ailier » a enflammé les discussions sur le Canadien ?

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

La réponse : pas assez. Cela n’empêche pas que l’ardoise pourrait bien être effacée au cours des prochains jours afin qu’on y inscrive le chiffre zéro.

Car une autre question, inévitable celle-là, commence à se préciser : quelle place donnera-t-on à Eric Staal dans la formation du Canadien ?

Le simple fait qu’on se la pose témoigne de la vitesse à laquelle les choses ont évolué au cours des derniers jours. Lorsque Marc Bergevin a acquis Staal des Sabres de Buffalo, vendredi dernier, il n’y avait de doute dans l’esprit de personne : le Tricolore venait de trouver son quatrième centre. Tant pis pour Jake Evans, qui, au demeurant, ne souffrirait pas de quelques matchs dans les gradins.

Or, Evans a semblé fouetté par ce nouvel élément de compétition interne. Il a connu jeudi soir son meilleur match de la saison. Il n’a pas pour autant obtenu un billet gratuit vers le succès éternel, mais son retrait de la formation apparaît moins comme une formalité.

Vendredi matin, l’entraîneur-chef Dominique Ducharme a avancé que Staal ferait « sûrement » ses débuts dans son nouvel uniforme lundi contre les Oilers d’Edmonton. Sa semaine d’isolement se terminant au cours du week-end, il patinera en solitaire dimanche (le reste de l’équipe sera en congé) et prendra part à l’échauffement matinal de lundi avec ses coéquipiers. De toute façon, les entraînements complets seront rares d’ici la fin de la saison, a encore rappelé Ducharme.

Quel rôle devrait-il avoir à son premier match ? « On va voir », a souri l’entraîneur, qui a fait valoir que « plusieurs options » se présentaient à lui.

D’ici à lundi, le Tricolore doit encore disputer une rencontre, celle de ce samedi, à domicile, contre les Sénateurs d’Ottawa. En outre, « on ne veut pas tout changer », a prévenu Ducharme. « On a besoin de quatre trios qui jouent bien, c’est ce qu’on a en ce moment », a-t-il ajouté.

Les options, évidemment, ne sont pas infinies. Quatre scénarios nous semblent résumer la situation .

1. Au centre du quatrième trio

C’est le « casting » le plus évident pour Staal chez le Canadien. Le trio de Phillip Danault fonctionne à plein régime depuis quelques matchs. À moins d’une immense surprise, Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi, malgré leur jeunesse, sont bien en place. Le retour de Tyler Toffoli et de Joel Armia donnera à Kotkaniemi un soutien offensif de plus grande qualité que celui qu’apportent Paul Byron et Artturi Lehkonen, encore que ceux-ci connaissent depuis deux matchs un surprenant réveil. Suzuki, lui, continue de se chercher, mais il a trop de talent pour perdre son poste. Si on donnait à Staal les rênes du quatrième trio, c’est bien sûr Evans qui écoperait, mais Ducharme a rappelé, jeudi, que le jeune homme pouvait être employé à l’aile.

2. À l’aile gauche du quatrième trio

C’est sans doute le moins probable des scénarios, à tout le moins tant que Corey Perry sera à la droite de cette unité. Le Canadien aime miser sur la vitesse de ses ailiers : installer ses deux plus vieilles paires de jambes de part et d’autre d’un joueur de centre recrue ne nous apparaît pas comme une recette pour le succès.

3. À l’aile gauche du troisième trio

Les Maple Leafs de Toronto ont popularisé la recette. Lorsqu’il est en santé, Joe Thornton, qui a disputé toute sa carrière au centre, est employé à la gauche d’Auston Matthews et de Mitch Marner. Et Jason Spezza, bien qu’identifié comme joueur de centre sur le site de la LNH, est désormais considéré comme un ailier droit dans la Ville Reine. De la même manière, Staal pourrait devenir une solution de rechange intéressante à la gauche de Kotkaniemi si Tyler Toffoli était muté à droite – sa position naturelle avant son arrivée à Montréal. On parle beaucoup de son âge vénérable (36 ans), mais Staal a produit à un rythme annualisé de presque 60 points en 2019-2020.

4. Toutes ces réponses

L’utilisation que fait Dominique Ducharme de Corey Perry pourrait donner un indice de ce qu’on attend d’Eric Staal. Perry amorce presque systématiquement les rencontres sur le quatrième trio, mais il n’est pas rare qu’il soit appelé en renfort sur une autre unité qui connaît moins de succès. Ducharme a montré qu’il n’hésite pas à jongler avec ses trios, parfois même en tout début de rencontre. Staal pourrait donc devenir un atout dans son jeu, qu’il pourrait utiliser de différentes manières, en avantage numérique comme à cinq contre cinq.

Dans tous les cas, il n’est pas à exclure, non plus, que Staal s’intègre à un groupe de joueurs qui sauteront leur tour à l’occasion.

Joel Armia, atteint de la COVID-19, devrait rejoindre ses coéquipiers au début de la prochaine semaine. La date de retour de Toffoli est moins claire, mais il ne faudrait pas se surprendre de le voir réapparaître dans les mêmes eaux.

Et, il vaut la peine de le rappeler, les performances de Cole Caufield dans la Ligue américaine au cours des prochains jours dicteront son avenir à court terme avec le Canadien. Advenant des succès rapides, on n’hésitera pas longtemps avant de le rappeler.

Michael Frolik sera logiquement cédé à l’escouade de réserve, mais du reste, une congestion s’annonce en attaque. Ce n’est pas plus mal vu le calendrier serré au possible des prochaines semaines, mais l’évidence s’impose : Evans, Byron, Lehkonen et même Armia ne joueront vraisemblablement plus tous en même temps.

Staal sera-t-il employé lui aussi à temps partiel ? Peut-être. Peut-être pas. Ce qu’on sait, par contre, c’est que personne ne fera un pas de côté avec le sourire afin de lui céder sa place.

Ce qui est, somme toute, une excellente nouvelle pour le Tricolore.

En bref

Le Canadien embauche Corey Schueneman

Le Canadien a accordé un contrat d’un an à Corey Schueneman en vue de la saison prochaine. Le défenseur s’aligne déjà avec le Rocket de Laval, qui l’a embauché l’été dernier. Il s’agit d’un tout premier contrat de la LNH pour le joueur de 25 ans, qui n’a jamais été repêché. Après avoir disputé quatre saisons complètes dans la NCAA avec l’Université Western Michigan, le natif de cet État a disputé 50 matchs étalés sur deux saisons avec le Heat de Stockton, club-école des Flames de Calgary dans la Ligue américaine. Il s’est ensuite entendu avec le Rocket. Schueneman s’est dit « extrêmement reconnaissant » et, sans surprise, « emballé » par cette première chance qui s’offre à lui de se faire valoir au niveau le plus élevé.

Mouvements de personnel

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Cole Caufield

Le Canadien s’est empressé de se justifier avant que ne s’emballe la machine à rumeurs, mais Lukas Vejdemo et Cole Caufield ont été ajoutés à l’escouade de réserve du club. Il s’agit toutefois d’une manœuvre strictement administrative afin de respecter le nombre minimum de joueurs dans cette escouade, soit quatre. Vejdemo est actuellement blessé et Caufield doit encore terminer la période de quarantaine rendue obligatoire par son arrivée des États-Unis. Il demeure acquis qu’il jouera avec le Rocket de Laval. Ces mouvements de personnel ont été rendus nécessaires après que le défenseur Xavier Ouellet et l’attaquant Laurent Dauphin ont été cédés à Laval. Ouellet a disputé trois rencontres à Montréal, mais Dauphin n’a pas joué. Tous les deux devaient disputer le match du Rocket prévu vendredi soir.

« Pas de plaisir » pour l’adversaire

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Brett Kulak

Le Tricolore a obtenu congé d’entraînement sur glace vendredi et seul Brett Kulak, en plus de son entraîneur, a été rendu disponible pour s’adresser aux membres des médias. Le défenseur a été interrogé sur le succès de l’équipe cette semaine : en deux rencontres, on a réduit l’adversaire à un total d’un but et 40 tirs, résultat notamment d’une couverture serrée et efficace. Kulak a souligné que la responsabilité défensive était une priorité sous la direction de Dominique Ducharme, qui demande à ses hommes de « ne rien donner » à leurs adversaires afin que ceux-ci « n’aient pas de plaisir » pendant les matchs. « Au bout d’un certain temps, l’autre équipe devient frustrée et force les choses. C’est à ce moment que le jeu s’ouvre et que des chances de marquer s’offrent à nous », a résumé Kulak.