L’Association professionnelle des joueuses de hockey féminin (PWHPA) voit grand.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Fondée en 2019, l’organisation vise la création d’une ligue féminine professionnelle d’ici deux ans, dans la foulée des prochains Jeux olympiques d’hiver. Pour plusieurs, les circonstances sont plus favorables que jamais, autant d’un point de vue financier que sportif.

« Ce qu’on espère, c’est de bâtir assez de relations avec les clubs de la LNH pour qu’après les Jeux olympiques, on soit en mesure d’annoncer la création d’une ligue professionnelle féminine, qui démarrerait pour la saison 2022-2023 », explique à ce sujet Mary-Kay Messier, qui a récemment été nommée conseillère principale à la PWHPA.

Dans les dernières semaines, l’organisme a tenu des « showcases », soit des matchs d’exhibition avec ses joueuses, à New York et à Chicago. Une autre activité similaire est déjà prévue aux États-Unis. « On veut travailler avec les provinces pour jouer au moins un match au Canada, avant le Championnat du monde de hockey féminin en mai prochain », rajoute Mme Messier, qui est la sœur de l’ancien joueur étoile Mark Messier.

Ce dernier a d’ailleurs annoncé la semaine dernière que sa fondation remettrait 100 000 $ à la PWHPA, afin d’inciter le public à donner davantage.

« On a le vent dans les voiles. Je pense sincèrement que si on prend les meilleures joueuses au monde et qu’on les commercialise adéquatement, les gens vont s’engager et y seront intéressés », lâche celle qui est aussi vice-présidente du marketing pour Bauer Hockey, qui commandite la création de « l’équipe Montréal » de la PWHPA, annoncée mardi dernier.

Au cœur de cette équipe, on retrouve la « Crosby du hockey féminin » et triple médaillée olympique Marie-Philip Poulin. Selon la hockeyeuse, la création d’une ligue ne saurait tarder. « On est dans le bon chemin. Je pense vraiment que le momentum est en train de grandir encore plus. C’est le commencement de quelque chose qui sera grand », a soutenu l’athlète en entrevue avec La Presse.

Créer une ligue, ce serait vraiment un moment historique et ça permettrait à la nouvelle génération qui vient, à toutes ces petites filles, de rêver grand.

Marie-Philip Poulin

Pour la femme âgée de 29 ans, l’essentiel pour le hockey féminin est toujours « d’être vu et entendu ». « On constate assez facilement que plus les gens nous voient dans leur télévision, plus ils s’attachent à nous, et plus ils réalisent que le hockey féminin est du bon hockey. Ça rouvre les yeux à bien des gens, je pense », lance-t-elle.

« À chaque quatre ans, aux Olympiques, il y a soudainement beaucoup d’intérêt, mais on espère cette fois utiliser cet engouement pour bâtir là-dessus », ajoute l’attaquante qui est originaire de Beauceville, dans Chaudière-Appalaches.

Un changement de mentalités

L’ancienne entraîneuse de hockey féminin Danièle Sauvageau pense aussi que le moment est venu de passer à l’action. « À Montréal, la question n’est pas de savoir si on va avoir une équipe professionnelle, mais bien quand. L’argent est là, et la journée où il y aura une ligue, on sera prêts », dit celle qui a fondé le Centre 21.02, qui entraîne une vingtaine de joueuses du programme national à Verdun.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le Centre 21.02, à Verdun

« Je pense que progressivement, les gens réalisent que le hockey doit être ouvert à tout le monde. On voit de plus en plus de joueurs de la LNH qui ont des jeunes filles et qui se rendent compte des enjeux. Si la vision est vraiment Hockey for everyone, il faudrait peut-être s’y rendre avec des programmes bien concrets », ajoute Mme Sauvageau.

Pour autant, les options sur la table sont diverses, dit l’ancienne policière de formation.

À Montréal, les Canadiennes, soutenues par le Canadien de Montréal, ont joué dans la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), mais celle-ci a cessé ses activités en 2019, faute de financement. Aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey féminin (LNHF) est encore active et « aimerait avoir une équipe à Montréal », croit Danièle Sauvageau. « Derrière nous, on a un parrain en nul autre que Geoff Molson. On a une structure qui fait qu’on est prêts à asseoir une équipe au haut de la pyramide », dit-elle.

Notre stratégie, c’est de générer de l’intérêt dans les grands centres, afin de créer ce qu’on a fait du côté masculin il y a beaucoup d’années, soit une ligue de six équipes, pour ensuite élargir avec le temps.

Danièle Sauvageau

Des matchs à Montréal ?

Du côté du Canadien de Montréal, le vice-président aux affaires publiques, Paul Wilson, assure que l’équipe continuera d’appuyer le hockey féminin, « tant au niveau professionnel qu’au niveau amateur », comme il le fait depuis plusieurs années.

« En ce qui concerne la tenue de matchs d’exhibition, nous suivons le protocole de la LNH en temps de COVID-19. Et comme le Canadien et le Rocket partagent les mêmes installations, il est impossible pour nous de recevoir d’autres équipes. Mais nous serons prêts à en discuter quand tout sera revenu à la normale », précise M. Wilson.

Le Tricolore dit aussi avoir eu des discussions avec la consultante aux opérations de la PWHPA, Jayna Hefford, afin d’évaluer « des moyens concrets d’appuyer l’association, que ce soit au niveau marketing ou encore par l’amplification de certaines initiatives dans [ses] médias sociaux, ce [qu’il a] d’ailleurs déjà commencé à faire avec la campagne #StickInTheGround ».

Rappelons que le Canadien a aussi collaboré avec Danièle Sauvageau et l’ancienne directrice générale Meg Hewings lors du lancement du Centre 21.02.