Difficile de trouver quelqu’un qui a mieux connu le joueur Alex Burrows que les jumeaux Sedin.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Les trois n’ont pas seulement partagé le même vestiaire pendant 12 ans chez les Canucks de Vancouver. Ils ont aussi évolué sur le même trio pendant sept saisons.

De 2008-2009 à 2014-2015, si on exclut les séries éliminatoires, Burrows a passé l’équivalent de 66 heures sur la glace en compagnie de Daniel, et 73 avec Henrik.

Alors, lorsque Daniel Sedin affirme, en entrevue avec La Presse, qu’il n’a pas été « surpris du tout » d’apprendre que son ex-coéquipier avait été promu entraîneur adjoint du Canadien, à 39 ans seulement, et moins de trois ans après avoir pris sa retraite du jeu, il parle en toute connaissance de cause.

Dès le moment où il est arrivé [à Vancouver], on a tout de suite vu qu’il était un étudiant du jeu [student of the game]. Il aimait apprendre, il se fiait beaucoup aux joueurs plus vieux que lui. Il savait toujours ce qu’il devait améliorer.

Daniel Sedin

Seulement sept mois d’âge séparent les frères Sedin et Alex Burrows. Mais c’est un euphémisme de dire que leurs parcours sont différents. Les deux premiers ont été repêchés par les Canucks aux deuxième et troisième rangs en 1999. Ils venaient d’avoir 20 ans quand ils ont donné leurs premiers coups de patin dans la LNH.

Le Québécois, lui, a dû emprunter le parcours du combattant. Ignoré aux repêchages de la LHJMQ puis de la LNH, il a fait un long détour par l’ECHL (134 matchs) et par la Ligue américaine (107 matchs) avant d’obtenir sa chance chez les Canucks.

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Cela ne l’a pas empêché de faire rapidement bonne impression.

« Je me souviens que Henrik et moi, même si on jouait sur des trios offensifs et que Burrows était plutôt sur la quatrième unité, on s’est tout de suite dit que c’était un joueur avec lequel on aimerait jouer », rappelle Daniel Sedin.

« Il comprenait parfaitement la game. Il a bien joué sur chacun des trios et il a fait son chemin jusqu’en haut de la formation. Chaque fois, il rendait ses coéquipiers meilleurs par sa grande capacité à s’adapter aux situations. »

Signes précurseurs

Dans une entrevue accordée à François Gagnon, de RDS, l’entraîneur Alain Vigneault a identifié deux de ses anciens protégés chez les Canucks dont il savait qu’ils « avaient les aptitudes pour devenir coachs » : Manny Malhotra et Alex Burrows.

Sedin ne savait rien des déclarations de Vigneault lorsqu’on lui a demandé de se prononcer sur le même sujet. Sa réponse, tout de même : Malhotra et Burrows.

Deux hommes qui, en plus d’avoir rapidement trouvé un poste derrière un banc de la LNH (Malhotra est adjoint à Toronto), ont ceci en commun d’être d’anciens spécialistes du désavantage numérique devenus les architectes de l’avantage numérique.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Manny Malhotra était membre du Canadien de Montréal en 2015

« Ces deux gars-là sont tellement intelligents, ils ont tellement bien compris les deux aspects du jeu, que c’est parfaitement cohérent de voir qu’ils s’occupent aujourd’hui du jeu de puissance, poursuit Daniel Sedin. Je pense que tu peux jouer plus longtemps en désavantage numérique, pendant ta carrière, ce qui te donne un meilleur échantillon à analyser. En contrepartie, ç’a toujours été très dur, pour moi, de comprendre comment jouer en infériorité numérique. »

Sedin retient en outre l’attention aux détails maladive de Burrows.

[Alex Burrows] relevait tellement de choses. Il observait ses coéquipiers et les joueurs de l’autre équipe. Il regardait leur manière de se comporter, ce qu’ils faisaient sur la glace. On le faisait tous jusqu’à un certain point, mais Alex était le meilleur à ce chapitre.

Daniel Sedin

Ses deux compagnons de trio pouvaient surtout le constater dans la manière de leur coéquipier de se préparer à affronter un adversaire donné. Avant même qu’aient eu lieu les breffages et les séances vidéo, il connaissait par cœur les particularités des joueurs qu’il s’apprêtait à affronter. « Il s’adaptait et changeait son jeu pour donner ce qu’il avait de meilleur contre tout le monde. »

Communication

Sur le plan personnel, Sedin décrit Burrows comme un « grand communicateur » : une expression résolument à la mode, car c’est de cette manière qu’on qualifie son nouveau patron Dominique Ducharme depuis une semaine. « Il est tout le temps en train de parler sur la glace », a confirmé Jonathan Drouin, lundi.

À Vancouver, il était celui qui accueillait les jeunes joueurs et qui les mettait à l’aise au sein de leur nouvelle équipe. En outre, comme c’est encore un nouveau retraité — il a disputé sa dernière saison à Ottawa en 2017-2018 —, « il comprend ce que les joueurs vivent, ce qu’ils traversent au cours d’une saison », selon Daniel Sedin.

Après que Burrows eut quitté les Canucks au cours de l’hiver 2017, les jumeaux et lui sont restés en contact, malgré la distance. Le Québécois s’est rendu à Vancouver il y a un an pour assister à la cérémonie de retrait de leurs chandails. Et Daniel n’a pas manqué de lui envoyer ses félicitations en apprenant la nouvelle de sa promotion, la semaine dernière.

« Il a la même vision du sport que Henrik et moi, conclut le Suédois. Il comprend le jeu d’une manière peu commune. Et il adore parler de hockey. »

Ce qui, en soi, est une excellente nouvelle pour le Tricolore qui, avec seulement deux victoires à ses 10 derniers matchs, ne dira non à aucune bonne idée.

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Daniel et Henrik Sedin

Toujours à Vancouver

Après leur retraite, en 2018, Henrik et Daniel Sedin ont décidé de rester à Vancouver plutôt que de rentrer dans leur pays natal, la Suède. « Nos enfants ont grandi ici, c’est tout ce qu’ils ont connu, explique Daniel. Pour eux, Vancouver, c’est la maison. On va rester ici au moins jusqu’à ce qu’ils aient fini l’école. » Les deux frères s’étaient promis de prendre leurs distances avec le hockey jusqu’à nouvel ordre, et ils tiennent parole. Diriger les équipes de soccer mineur de leurs enfants respectifs est le plus près qu’ils sont passés d’un retour dans le sport. Une incursion future dans le monde du hockey n’est pas exclue toutefois, indique Daniel Sedin, mais rien n’est sur la table pour le moment.