La formule est tellement usée qu’on n’y porte pratiquement plus attention : « Il faut jouer pendant 60 minutes. »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Pour le Canadien, on pourrait presque écrire 61 minutes, car après 20 matchs disputés cette saison, 17 min 30 s de prolongation ont été rendues nécessaires. Il faudrait donc repenser le discours pour promouvoir une intensité sans faille pendant 60 min 52 s.

Il tient par contre de l’évidence de dire que les minutes n’ont pas toutes la même valeur. On misera sur l’avantage numérique pour marquer des buts, comme on s’appuiera sur un désavantage numérique bien exécuté pour gagner de la confiance et du tempo.

Cette saison, des minutes ont toutefois une valeur démesurée pour le Tricolore : celles passées à cinq contre cinq. Non pas à égalité numérique tout court – nous y reviendrons. Mais bien lorsque cinq patineurs et un gardien affrontent cinq autres patineurs et un gardien.

Au cours des 20 premières rencontres de la saison 2021, le Canadien a passé environ les trois quarts (76,9 %) de son temps à cinq contre cinq (936 min 11 s au total, soit un peu moins de 47 minutes par rencontre en moyenne).

Dans ces circonstances, il a été l’un des meilleurs du circuit : quatrième dans toute la LNH au chapitre des buts marqués par tranche de 60 minutes (2,88), deuxième quant aux buts accordés (1,86/60 min). Des statistiques remarquables qui devraient placer l’équipe au sommet de sa division.

Le problème, et il est de taille, c’est qu’il y a 13 – même 14, dans le cas du CH – autres minutes dans un match. En avantage numérique, l’équipe ne convertit que 18,6 % de ses chances, au 18e rang de la ligue. En désavantage numérique, on ne neutralise l’adversaire que dans une proportion de 76 % (22e). Ce n’est pas catastrophique, mais c’est loin d’être bon.

Puis il y a le reste. Les autres situations dites « à forces égales », qui représentent tout de même 4,2 % du temps de jeu chez le Canadien : à trois contre trois, à quatre contre quatre, ou lorsqu’un gardien a quitté son filet au profit d’un patineur supplémentaire dans un camp ou dans l’autre.

À ce chapitre, la déroute est complète. Deux buts pour (2,35/60 min) et neuf buts contre (10,57/60 min). Des performances qui valent le 28e et le 29e rang dans la LNH, respectivement.

En prolongation, à trois contre trois, le CH n’a toujours inscrit aucun but et en a accordé trois. À quatre contre quatre, aucun but non plus, mais deux accordés, en quelque 20 minutes et demie. Lorsque le CH a retiré son gardien en fin de match dans le but de créer l’égalité, par trois fois il a vu l’adversaire marquer dans un filet désert, mais jamais un sixième attaquant n’a valu un but. Lorsque l’adversaire a retiré son gardien : 2 buts pour, 1 contre.

Ces chiffres peuvent sembler anecdotiques. Mais ils prennent tout leur sens lorsqu’on constate qu’ils s’étalent sur un peu plus de 51 minutes de jeu. Si la tendance devait se maintenir, à la fin de la semaine, c’est déjà l’équivalent d’un match entier qui aura été bousillé si on ne rajuste pas le tir. Et ce, même si ces situations ne représentent que 4,2 % du temps de jeu total.

« Pas inquiet »

Le nouvel entraîneur-chef Dominique Ducharme va « changer des choses », a prédit Jonathan Drouin, lundi, au cours d’une visioconférence qui suivait la séance d’entraînement du Canadien. « Je ne suis pas inquiet », a-t-il ajouté.

Le Québécois réagissait à la statistique selon laquelle son équipe a été blanchie à trois contre trois et à quatre contre quatre en 2021.

Samedi soir dernier, à Winnipeg, la prolongation n’a duré que 36 secondes, au cours desquelles les Montréalais n’ont pas touché au disque. Les Jets en ont profité pour dominer le jeu, tirer trois fois sur la cible et marquer.

L’échantillon peut sembler mince. Mais la tendance est bien claire : en cinq présences en prolongation depuis le début de la campagne, le Canadien a obtenu 13 tentatives de tir, mais en a accordé 26 à l’adversaire. Exprimé autrement : la rondelle n’est pas la sienne à trois contre trois.

Ça fait inévitablement partie des « choses à changer », selon Drouin, qui a mis l’accent sur l’importance de prendre (et garder) le contrôle de la rondelle.

« Il y a eu des situations cette année où l’autre équipe avait la rondelle pendant 45 secondes, 1 minute, faisait un changement et envoyait des gars “frais”, alors que toi, tu es fatigué. Mentalement, ça embarque… », a-t-il analysé.

Déjà, après la défaite de samedi, Ducharme avait indiqué que son équipe allait « toucher » à cet aspect « le plus rapidement possible ». Lundi, il a insisté sur le fait que les améliorations à apporter étaient nombreuses, à l’heure où le CH tente de freiner à cinq sa série de matchs sans victoire.

« Il n’y a rien qu’on fait par hasard », a d’abord dit le nouvel entraîneur-chef.

« On essaie de progresser partout. J’ai aimé la manière dont nos joueurs ont apprivoisé ce qu’on a appris […] à Winnipeg. Ils sont arrivés [lundi] matin avec la même façon de penser. On va régler les dossiers un à la fois. »

Drouin a aussi détaillé quelques-uns des éléments qui devraient changer sous la direction de Ducharme. Une couverture défensive repensée (voir la capsule ci-après), mais aussi des contre-attaques appuyées sur la vitesse et… sur la possession de la rondelle.

Des principes imaginés avant tout pour le jeu à forces égales, et non pas seulement à cinq contre cinq.

« On ne peut pas travailler 10 choses en même temps, avait ajouté Drouin quelques minutes auparavant. On essaie d’apporter des ajustements chaque jour. »

En bref

Défense resserrée

L’observateur averti aura remarqué que les Jets de Winnipeg ont eu beaucoup moins d’espace pour manœuvrer en zone du Canadien samedi soir comparativement à l’avant-veille. Ce n’est pas un hasard, a expliqué Joel Edmundson, qui a souligné que des modifications ont déjà été apportées aux patrons de jeu en défense. Auparavant, les défenseurs étaient appelés à couvrir presque exclusivement la zone derrière les points de mise en jeu, laissant le reste du territoire aux attaquants en repli. Dorénavant, les arrières sont invités à poursuivre le joueur marqué en optant plus spontanément pour une couverture homme à homme, aidés par les ailiers qui doivent prévenir les débordements. « Ce sont de petits changements, mais on s’améliore chaque jour, a dit Edmundson. Ça demande beaucoup d’écoute et d’apprentissage. » Dominique Ducharme a d’ailleurs conclu la séance d’entraînement de lundi en s’entretenant longuement avec tout son groupe de joueurs pour discuter du travail en zone défensive.

Encore sous le choc

Lorsqu’il a garé sa voiture au Centre Bell, le samedi 20 février, Dominique Ducharme était entraîneur adjoint du Canadien. Lorsqu’il l’a retrouvée, dimanche dernier, après un voyage de huit jours, il était entraîneur-chef de l’équipe. C’est en s’assoyant derrière le volant qu’il a mesuré pleinement ce qui s’était passé. « Je me suis dit : “Wow, ça change vite au hockey… C’est spécial !” », a-t-il raconté. Il a aussi constaté que ces changements affecteraient sans conteste sa vie, mais aussi celle des membres de sa famille à qui, de son propre aveu, il n’a pas consacré beaucoup de temps depuis quelques jours. « Je vais avoir plus de feedback cette semaine », a-t-il dit en souriant. Interrogé sur sa réaction aux critiques qu’il va désormais affronter au quotidien, il a répondu que le jour de sa nomination, il savait qu’il avait « huit millions d’assistants coachs ». « C’est correct, c’est de la passion », a-t-il précisé.

Price, Anderson…

Ducharme a affirmé lundi qu’il n’avait pas encore décidé qui de Carey Price ou de Jake Allen amorcerait le match de ce mardi soir contre les Sénateurs d’Ottawa. L’alternance en vigueur depuis le début de la saison, appuyée par deux jours sans match, aurait normalement donné de facto le filet à Price. Mais le seul fait que son entraîneur a une « décision » à prendre témoigne de l’incertitude qui pèse sur le gardien numéro 1 du CH. Et pour cause : Price a accordé 21 buts durant ses 6 derniers matchs, au cours desquels il n’a gagné qu’une fois. Lundi, il a passé une quinzaine de minutes à s’exercer seul avec Stéphane Waite, entraîneur des gardiens du CH. Allen a lui aussi eu son tour en solo. « Je l’ai toujours dit : je ne suis pas inquiet pour Carey Price. Aucunement », a insisté Ducharme. Par ailleurs, il est « improbable » que Josh Anderson fasse un retour au jeu contre les Sénateurs, lui qui a raté le match de samedi en raison d’une blessure.