S’il y avait un concours de la plus belle victoire morale, celle du Canadien samedi soir se classerait parmi les finalistes.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Cette défaite de 2-1 en prolongation contre les Jets à Winnipeg a en effet été encaissée de la façon la plus noble.

> Le sommaire du match

Imaginez. Limiter une des attaques les plus dangereuses de la LNH à 18 tirs après 60 minutes. Embouteiller ces Jets pendant le gros de la soirée. Tirer quatre fois sur le poteau. En plus, le seul but est marqué par un joueur, Nick Suzuki, qui commençait à ralentir offensivement. Tout ça en l’absence de Josh Anderson, un élément important de l’attaque.

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

Nick Suzuki a été l’unique buteur du Canadien.

« On voulait être forts sur la rondelle, et ça a aidé notre jeu de transition. Ça nous a aidés en défense. Ça va aller en s’améliorant. C’était un pas dans la bonne direction », a résumé Suzuki, employant une formule ensuite reprise par Jake Allen.

« Les gars ont été bons en cinq contre cinq. Les Jets ont eu leurs meilleures chances en avantage numérique. Mais j’ai vécu quelques changements d’entraîneur, et la transformation n’arrivera pas du jour au lendemain. C’était un pas dans la bonne direction », a dit Allen.

PHOTO TERRENCE LEE, USA TODAY

Jake Allen bloque un lancer de Mark Scheifele.

« Ça fait quoi, trois jours ? Les joueurs ont les oreilles grand ouvertes. Je suis très content de la progression des choses dont on a parlé », a ajouté le nouvel entraîneur-chef du Tricolore, Dominique Ducharme.

Aucun doute, tout ça est vrai. Le CH a livré samedi la meilleure – et de loin – de ses cinq performances depuis la semaine de congé.

Ducharme parlait samedi matin de « quatre ou cinq » éléments sur lesquels il souhaitait voir une progression, après avoir pu organiser un premier entraînement complet vendredi. Personne ne précisera quels sont ces éléments, mais à vue de nez, l’implication des défenseurs en attaque en était un. Toute la soirée, un arrière appuyait l’attaque, rarement de façon trop audacieuse. Et on ne parle pas seulement de Jeff Petry, qui a l’habitude de le faire. Même Joel Edmundson, probablement le défenseur le moins doué de l’équipe avec la rondelle, l’a transportée à plusieurs reprises. Selon Mikael Nahabedian (@hunterofstats, sur Twitter), qui compile des données sur la transition, Edmundson a effectué six sorties de zone en contrôlant la rondelle ; seul Petry en a fait plus chez le Canadien !

Le jeu en unité de cinq était sur toutes les lèvres après le match, et en effet, l’amélioration sautait aux yeux. Les Montréalais avaient continuellement cinq joueurs cadrés dans les plans de caméra, un assez bon indicateur de la distance entre les joueurs. C’était tout le contraire du match de jeudi, quand les Jets orchestraient des montées avec tout l’espace au monde.

Que Ducharme ait pu implanter de tels changements après un seul entraînement complet est prometteur pour la suite des choses.

Ces précieux points perdus

Cela dit, dans une saison de 56 matchs, une équipe ne peut pas collectionner les victoires morales, surtout pas quand il s’agit d’une cinquième défaite de suite.

Par ailleurs, le Tricolore a maintenant perdu ses cinq matchs qui ont nécessité du temps supplémentaire : trois en prolongation, deux en tirs de barrage. Ce sont donc cinq points laissés sur la table, qui pourraient hanter l’équipe dans la course aux séries dans deux mois. Rappelons qu’en 2018-2019, le CH avait raté les séries par deux points, après avoir perdu huit points en bris d’égalité.

L’écart de talent est une chose ; la division Nord est bourrée d’attaquants aux habiletés supérieures, qui sont de véritables poisons en prolongation. De son côté, le Canadien, bâti sur l’équilibre et la profondeur, est forcément moins bien servi dans cette phase du jeu.

Ducharme a néanmoins une vision stratégique pour la prolongation, qu’il a exposée après le match, en justifiant l’emploi de Petry, Phillip Danault et Joel Armia contre l’unité de trois attaquants des Jets (Kyle Connor, Nikolaj Ehlers et Paul Stastny).

PHOTO TERRENCE LEE, USA TODAY SPORTS

Nikolaj Ehlers (au centre) a marqué le premier but des Jets.

« Le but était de prendre possession de la rondelle. Si on y arrive et qu’on la conserve, on peut ensuite faire les bons changements et leur faire payer. C’est pour ça que Phil était là, Armia a été un de nos meilleurs, ou notre meilleur attaquant, au dernier match aussi. Et le trio de Suzuki avait eu beaucoup de présences en fin de match. Je voulais le ramener contre trois attaquants fatigués. »

Ducharme assure aussi que la prolongation fait partie des aspects qu’il souhaite peaufiner avec son équipe. « Il y a des choses qu’on peut instaurer sans les pratiquer, a-t-il rappelé.

« Je trouve le résultat dommage pour nos joueurs, ce soir. Ce point-là va nous revenir, un soir où on ne le méritera pas. »

En hausse : Alexander Romanov

On a revu le défenseur confiant du début de la saison. Le joueur de première année s’est nettement plus impliqué offensivement.

En baisse : Jeff Petry

Ça ne s’améliore pas pour celui qui a été le meilleur défenseur du CH dans le premier quart de la saison. Les deux jours de congé lui feront du bien.

Le chiffre du match : 75

Le Canadien a contrôlé 75 % des tentatives de tirs à 5 contre 5 (indice Corsi) dans ce match. Montréal a généré 68 tentatives de tirs, et en a accordé seulement 23, selon les données de Natural Stat Trick.

Dans le détail

Toffoli se promène !

Tyler Toffoli va bien connaître ses coéquipiers ! En l’absence de Josh Anderson (blessé au bas du corps), c’est Toffoli qui a été désigné pour jouer à la droite de Nick Suzuki et Jonathan Drouin. Toffoli joue donc avec un troisième centre différent en trois matchs, lui qui avait joué avec Jesperi Kotkaniemi jeudi, et avec Phillip Danault mardi, à Ottawa. La blessure à Anderson signifie que l’unique trio intouché jusqu’ici cette saison a été démantelé. C’était donc forcément la première fois que Suzuki jouait avec Toffoli. Par contre, on a souvent vu ce dernier avec Drouin dans différentes situations ces derniers matchs, notamment en duo à 3 contre 3. Ils évoluent aussi au sein de la même unité d’avantage numérique depuis le début de la saison. Visiblement, le courant semble passer entre les trois attaquants, qui ont généré de la pression en zone adverse. Toffoli a fini le match avec six tirs.

Le règlement du casque

Plusieurs partisans ont crié au scandale en première période, quand les officiels ont laissé le défenseur des Jets Sami Niku effectuer un jeu avec la rondelle (et replacer sa spectaculaire chevelure) même s’il venait de perdre son casque. Le règlement stipule en effet qu’un joueur doit retourner au banc dès qu’il perd son casque, s’il est incapable de le remettre sur sa tête. D’ailleurs, plus tôt cette saison, Alexander Romanov avait été puni, car il avait fait un détour vers la rondelle en rentrant au banc. Cela dit, le règlement 9.6 précise qu’un joueur peut, « dans un délai raisonnable », terminer son jeu s’il a la rondelle ou si elle est proche de lui. Lors de la séquence de samedi, par exemple, la rondelle est revenue rapidement vers Niku, qui l’a aussitôt passée à un coéquipier avant de rentrer au banc. Niku a visiblement bénéficié de la nuance du règlement.

> (Re)voyez la séquence

Armia dans une bonne séquence

Joel Armia a tendance à fonctionner par séquence, et il n’y a aucun doute qu’il en connaît actuellement une bonne. Le gros Finlandais n’a pas été aussi productif que jeudi, quand il a inscrit deux buts. Mais il a connu une soirée sensationnelle en échec-avant, provoquant une perte de rondelle après l’autre à l’adversaire. Sur le but de Nick Suzuki, c’est d’ailleurs lui qui a subtilisé la rondelle à un joueur des Jets, et non le moindre : Mark Scheifele. En zone défensive aussi, il a brisé sa part de jeux des Jets. En point de presse, Ducharme a justifié sa présence en prolongation en disant qu’il avait été « le meilleur, ou un des meilleurs attaquants » du CH samedi, de même que dans le match de jeudi.

Ils ont dit

C’était de la chance. J’ai travaillé là-dessus dans le junior et j’ai tenté ma chance. J’ai pris le gardien à contrepied sur son poteau.

Nick Suzuki, à propos de son but

Il s’agit d’identifier un joueur. On y a travaillé plusieurs fois. C’est du un contre un. Une fois que tu as identifié ton homme, tu dois le suivre, et c’est là qu’on s’est mis dans le pétrin, quand on perdait un gars et qu’il y avait un retour.

Jeff Petry, à propos du jeu en prolongation

Je n’aime jamais blâmer un but sur le fait que j’avais la vue voilée. Oui, des gars sont passés devant moi, mais ça ne change rien, mon travail est de l’arrêter.

Jake Allen, à propos du premier but des Jets

Les choses dont on a parlé, on les a appliquées. On a tout de suite vu l’effet dans notre jeu. On voyait aussi la confiance s’installer à mesure que le match progressait. Il y a même des choses qu’on n’a pas eu le temps de pratiquer, dont on a juste parlé, et qu’on faisait de plus en plus.

Dominique Ducharme

Je crois beaucoup que la game est honnête avec toi, quand tu travailles comme on l’a fait. On n’a pas été parfaits, on n’a pas géré la rondelle parfaitement, surtout dans les deux premières périodes. Mais ce point-là va nous revenir.

Dominique Ducharme