Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Souvenez-vous, à l’école, lorsqu’il y avait un changement de professeur en plein milieu de l’année. Pour les chouchous, c’était un cauchemar. Ils risquaient de perdre leurs privilèges. Pour les négligés, au contraire, c’était une deuxième chance inespérée.

Au hockey, c’est pareil. Lorsqu’un nouvel entraîneur-chef est nommé, tous les compteurs sont remis à zéro. Le premier match sert de première audition. Pour montrer qu’on mérite de garder ses privilèges. Ou pas.

Alors, comment ça s’est passé, jeudi soir, pour les débuts de Dominique Ducharme ?

Mal.

Très mal.

Un désastre.

Surtout pour les vétérans.

C’était pourtant bien parti. En première période, l’effort et l’intensité étaient là. J’ai même cru voir Charles Hamelin porter le numéro 90. Mais ça n’a pas duré. Le Canadien s’est vite épuisé. Il est devenu passif. Puis il a répété les mêmes erreurs que lors des défaites contre les Sénateurs et les Maple Leafs, plus tôt cette semaine.

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

« Jamais je n’ai senti Price aussi fragile que maintenant. Plusieurs fois, on l’a vu se retourner et regarder le fond du filet pour vérifier s’il avait bel et bien arrêté la rondelle », écrit notre chroniqueur.

Les quatre défenseurs vétérans (Shea Weber, Jeff Petry, Ben Chiarot et Joel Edmundson) ont tous écopé de punitions inutiles. Les Jets en ont profité pour inscrire un but en supériorité numérique, et un deuxième dans les secondes suivant la fin d’un surnombre. L’enclave ressemblait de nouveau à une autoroute de 10 voies à Los Angeles, où les adversaires pouvaient circuler librement. Les Jets ont cadré sept tirs de cette zone payante. Quatre ont mené à des buts.

Derrière les défenseurs du Canadien, Carey Price a connu un autre départ embarrassant. Son troisième cette semaine. Depuis samedi, en excluant les tirs de barrage, il a accordé 14 buts. Soit presque autant que Jake Allen (15) dans toute la saison !

Jamais je n’ai senti Price aussi fragile que maintenant. Lors du premier but des Jets, il a échappé la rondelle. Il s’est ensuite fait déjouer entre ses jambières. Plusieurs fois, on l’a vu se retourner et regarder le fond du filet pour vérifier s’il avait bel et bien arrêté la rondelle. C’est franchement inquiétant. Il n’inspire plus confiance à personne. Je ne vois pas comment Dominique Ducharme pourrait le préférer à Jake Allen pour le match de ce samedi.

Les attaquants ? C’est plus mitigé. La sortie hâtive de Josh Anderson, blessé en première période, a modifié la composition des trios. Joel Armia en a profité pour se distinguer aux côtés de Jonathan Drouin (inspiré) et de Nick Suzuki. Phillip Danault a obtenu une longue audition. Presque 22 minutes. Ç’a été difficile en infériorité numérique, mais il a bien fait à forces égales, avec quatre tirs. C’est très bien, considérant qu’il n’a pris que deux mises en jeu sur 22 en territoire adverse.

À l’opposé, les vétérans Paul Byron (employé au centre) et Artturi Lehkonen ont passé la majeure partie de la soirée empêtrés dans leur zone. Lehkonen a terminé la soirée avec un différentiel de -3 en seulement 11 minutes de jeu. Tout ça après avoir été retranché lors des deux derniers matchs. Son statut de titulaire doit être remis en question.

Prochaines auditions ? Ce samedi. Encore contre les Jets. Et si le Canadien joue toujours mal, attendez-vous à voir de nouveaux visages dans la formation mardi prochain.

La famille d’abord

En octobre, le Montréalais Marc Dos Santos, des Whitecaps de Vancouver, m’avait confié vivre la période la plus sombre de sa carrière d’entraîneur. Pas à cause des résultats de son club. Parce que la pandémie avait forcé son équipe à s’exiler aux États-Unis pendant plusieurs mois pour affronter ses rivaux américains.

C’est tellement difficile que si ça devenait une chose normale dans le sport, je ne sais pas si c’est ce que je voudrais faire.

L’entraîneur montréalais Marc Dos Santos, des Whitecaps de Vancouver

« C’est à ce point-là. J’ai une famille. Trois enfants. Peut-être que si tu es seul, avec un sac à dos, tu t’en fous. Mais je pense que pour n’importe quel coach qui tient à construire une famille, qui veut être un père, ce n’est pas une situation soutenable à long terme. »

Quatre mois plus tard, Dos Santos est toujours en poste. Mais Thierry Henry, lui, en a eu assez. Après une année loin des siens, il a choisi de rentrer à la maison avant la fin de son contrat.

Le moment de l’annonce, à une semaine de l’ouverture du camp d’entraînement, n’est pas idéal. Mais impossible d’en vouloir à Henry. Écoutez, la saison est à nos portes, et on ne sait toujours pas :

1) où le CF Montréal jouera ;

2) quand il partira aux États-Unis ;

3) combien de temps il y restera.

Trois données quand même importantes pour une conciliation travail-famille réussie.

Cette situation malheureuse, causée par les règles de quarantaine, compliquera assurément la recherche d’un successeur. À court terme, l’adjoint Wilfried Nancy, avec le club depuis cinq ans, assurera l’intérim.

Nancy n’est pas une supervedette. Il n’a pas le profil de Thierry Henry. Ni celui de Rémi Garde. Sauf qu’il est disponible. Il connaît bien les joueurs. La ligue. Et surtout, surtout, les mœurs – compliquées – de la maison. C’est déjà beaucoup. Il mérite qu’on lui donne la chance de diriger cette équipe.