La question était banale, mais la réponse, intéressante. Après l’entraînement de vendredi, on a demandé à Phillip Danault s’il se souvenait de la dernière fois que ses deux ailiers étaient droitiers, comme c’est le cas depuis qu’il joue avec Tyler Toffoli et Brendan Gallagher.

Publié le 19 févr. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

« Ça ne m’est jamais arrivé de jouer avec deux droitiers, mais j’ai toujours voulu ça, a répondu Danault en visioconférence.

L’attaquant a ensuite décrit ce qui lui plaisait, dans l’idée d’évoluer avec deux tireurs droitiers. « Deux one-timers [tirs sur réception]. C’est un très bon trio pour l’instant. Deux droitiers, j’ai toujours eu ça derrière la tête et je n’aurais jamais pensé que ça arriverait. Ça a cliqué samedi et il faut continuer. »

Il est quand même amusant de constater qu’un joueur toujours à la recherche de son premier but de la saison pense d’abord aux possibilités de passes à ses compagnons de trios. C’est toutefois là un joueur qui a toujours trouvé bien des façons de se mettre en valeur avant de marquer des buts.

Depuis son arrivée dans la LNH, Danault ne totalise que 50 buts en 354 matchs. Dans la Ligue américaine ? Vingt en 160 matchs. C’est donc dire que bon an, mal an, Danault marque un but tous les sept ou huit matchs. Et qu’après 15 matchs, il n’a donc que deux buts de retard par rapport à son rythme de croisière habituel.

« Le seul élément que je dois améliorer, c’est la confiance, estime Danault. Tu marques un but, et ensuite, ça s’enchaîne. Je ne suis pas inquiet, je vais au filet, j’ai des chances, je vais continuer à être affamé et à faire mon travail défensivement. »

L’autre contribution

Autre samedi, autre duel contre les Maple Leafs de Toronto, cette fois à Montréal. Et dans les circonstances, Danault a en effet intérêt à se concentrer à « faire son travail défensivement ».

C’est que malgré sa panne offensive, il est toujours chargé d’affronter les meilleurs trios adverses. C’était le cas quand Tomas Tatar était son ailier gauche, ce l’est encore maintenant que Toffoli a remplacé le Slovaque.

En deux matchs ensemble, Toffoli, Danault et Gallagher ont donc surtout affronté Connor McDavid dans le premier match et Auston Matthews dans le deuxième. Or, qui sont les meilleurs marqueurs de la LNH en ce début de saison ? McDavid est 1er, Matthews est 4e et Mitch Marner, l’ailier de Matthews, occupe le 3rang.

Simplement dans la dernière semaine, Matthews a ajouté 5 buts et 3 aides à sa fiche, en 3 matchs. Depuis le duel de samedi dernier entre Montréal et Toronto, Joe Thornton est revenu au jeu, et complète maintenant le trio avec Matthews et Marner.

« Avec Thornton, qui amène un bon gabarit, c’est un trio très dynamique », a relevé Danault.

Les chiffres sont encore embryonnaires pour juger le travail du nouveau trio de Danault. En 2 matchs, les trois comparses ont contrôlé les deux tiers des tentatives de tirs (67 %), un excellent ratio. Par contre, dans la colonne qui compte le plus, c’est égal : 2 buts marqués, 2 buts accordés. Aux chances de marquer, selon Natural Stat Trick, le trio de Danault en a généré 6, et l’adversaire, 7.

On le disait, l’échantillon est mince, et la bévue de Danault contre Matthews, derrière son filet, samedi dernier, pèse donc lourd en ce moment. Mais le trio du Québécois a néanmoins disputé un fort match après une première période brouillonne.

« Si on enlève le but où il a perdu la rondelle, ce trio a été très bon. Il a marqué deux gros buts et Phil était au cœur de ça », a rappelé l’entraîneur-chef du Canadien, Claude Julien.

Phil était une clé de la victoire à Toronto. J’ai moi-même vécu des léthargies, ça arrive au cours d’une carrière. On connaît l’importance de Phil pour notre groupe. Les points ne sont pas là, mais il nous donne de bonnes présences. J’aime jouer avec lui et il me facilite la vie. Les points viendront parce qu’il donne toujours un effort.

Brendan Gallagher

N’empêche, il y a un petit quelque chose qui accroche dans son jeu cette saison. Quelque chose qui fait en sorte que des jeux comme celui qui a mené au but de Toffoli, samedi, semblent moins fréquents qu’au cours des deux dernières saisons.

Certains diront que ce quelque chose, ce sont les négociations de contrat, qui semblent assez compliquées de l’extérieur. Quand les négociations filtrent dans les médias, comme ce fut le cas le mois dernier, c’est rarement bon signe. Quoique comme on l’a vu avec Gallagher à l’automne, ce n’est pas toujours irrécupérable.

Sinon, ce quelque chose peut simplement être la nervosité qui vient avec l’attente du premier but. Sans dire que c’est la théorie du coach, c’est du moins ce qu’il espère.

« Je ne sais pas si c’est une chose en particulier. On sait, et il sait, qu’il peut être un peu meilleur, a rappelé Claude Julien. Il ne joue pas terriblement mal, mais il a une coche de plus. Ça va venir, il a des chances, ce n’est pas comme s’il n’en avait pas du tout. Souvent, c’est le premier but qui est dur à aller chercher, et ensuite, ça vient plus facilement. On espère que ce soit le cas avec lui. »

Danault est à tout le moins entre bonnes mains avec Toffoli, un joueur qui connaît un départ infiniment meilleur que Tatar cette saison.

« C’est un joueur très solide, très intelligent, dans les deux sens de la patinoire. Sa vision est exceptionnelle. Il achète du temps à son centre et son ailier. Il crée de l’espace dans des situations inattendues. Il joue de l’excellent hockey », a énuméré Danault.

Reste maintenant à voir ce que ça donnera contre le trio de l’heure dans la LNH.