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Mis à jour le 13 févr. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Les joueurs du Canadien, eux, ont réussi tout un tour de force en 15 minutes. Ils se sont acheté la paix d’esprit pour une semaine.

Un but de Tyler Toffoli marqué avec 14 minutes à jouer en troisième période a propulsé le Tricolore vers une victoire de 2-1 contre les Maple Leafs, samedi.

On n’exagère pas en parlant de paix d’esprit. Imaginez le scénario si le CH était reparti bredouille de la Ville Reine. On parlerait de la troisième défaite d’affilée, de la quatrième en cinq matchs. On se demanderait si le temps était venu de séparer Ben Chiarot et Shea Weber. On parlerait possiblement d’une attaque autrefois redoutable, qui aurait été blanchie pendant 123 minutes de suite.

Ce scénario d’apocalypse, suggéré à Weber dans une question en point de presse, a soutiré un très rare rire du capitaine. « On ne regardait pas ça comme ça, a assuré Weber. Le hockey est un sport de momentum. Il y en a dans les matchs et dans le cours d’une saison, et on n’en avait pas beaucoup en arrivant. »

Weber a eu beau rire, il a néanmoins reconnu qu’il y avait « beaucoup de tension. La frustration montait ». Claude Julien : « On aurait eu la semaine pour y penser. »

On peut imaginer à quoi auraient ressemblé les discussions quand il y a sept longs jours avant le match suivant. Combien de fois entend-on un joueur qui perd le premier d’une série de deux matchs en deux soirs se réjouir du fait que le prochain duel arrive rapidement ?

Le soulagement

Cette victoire, c’est le soulagement d’une équipe, mais surtout d’un joueur en particulier : Phillip Danault. Car on pourrait ajouter la question de son prochain contrat parmi toutes les questions qui auraient fait jaser après une défaite.

Son difficile début de saison a été largement documenté. Déjà, le 2 février, Julien tapait du pied. « Ils sont capables de jouer un peu mieux », disait-il en parlant de Danault, de Tomas Tatar et de Brendan Gallagher.

L’unité a été démantelée jeudi, Tatar a pris le chemin de la passerelle samedi et, dès sa deuxième présence, Danault voyait Auston Matthews lui subtiliser la rondelle avec une facilité déconcertante, pour préparer le but de Mitch Marner. « J’aurais aimé revoir ce jeu-là », a admis Danault.

Le Québécois a toutefois fait preuve d’une belle force de caractère et livré un duel enlevant à Matthews toute la soirée. Sur une présence en particulier, en fin de deuxième période, les deux centres ne se sont pas lâchés d’une semelle, échangeant quelques coups de bâton. Mais à la différence de la première période, où Matthews et Marner obtenaient une chance de marquer par présence, l’action se passait cette fois en territoire des Leafs.

Puis, en troisième période, le trio de Danault a eu le dernier mot en inscrivant les deux buts de leur camp, le deuxième marqué devant un Matthews particulièrement peu inspiré. Au bout du compte, le numéro 24 a été l’attaquant le plus utilisé par Julien, statistique qui revenait souvent ces dernières années, mais qu’on n’avait pas entendue depuis le troisième match de la saison.

« Je travaille toujours mentalement. Le hockey, c’est 100 % mental, a répondu Danault. Je devais oublier [le but de Matthews], on voulait pousser pour obtenir la grosse victoire. »

Plus tard, on sentira le soulagement, même si son premier but se fait toujours attendre. « Je me sens beaucoup mieux. J’ai poussé jusqu’à la fin, mes ailiers ont aidé énormément. Les défenseurs ont été solides, Price aussi. C’est une grosse victoire », a-t-il lancé avec un gros sourire.

Un peu de recul

Weber et Gallagher l’ont rappelé : il est encore possible de s’améliorer. Et effectivement, cette équipe n’est pas non plus sortie de l’auberge, et la semaine de congé permettra donc aux Montréalais d’améliorer certaines de leurs facettes.

Offensivement, ça demeure mince. Le CH n’a inscrit que huit buts à ses cinq derniers matchs. Les attaques en surnombre, qui étaient le pain et le beurre de cette équipe, ne sont plus aussi nombreuses parce que le jeu de transition en zone neutre n’est plus aussi efficace.

L’avantage numérique, que l’on n’a pas vu samedi, demeure dans un creux de vague, avec deux buts à ses 22 dernières occasions.

Et individuellement, certains joueurs n’auront pas la paix d’esprit à laquelle Danault aura droit. On pense principalement à Jesperi Kotkaniemi. En plus d’être coincé à un but depuis le quatrième match de la saison, il voit l’adversaire multiplier les chances de marquer contre lui et son trio. Pensons à cette horrible séquence en fin de première période, quand deux Feuilles d’érable ont tiré coup sur coup à bout portant.

Non, tout n’est pas parfait chez le Canadien. Mais c’est tout de même une équipe qui conclut son premier segment de calendrier avec une fiche de 9-4-2, fiche que bien des joueurs auraient prise volontiers si on leur avait présenté ce scénario en début de saison.

Dans le détail

La spectaculaire dégringolade de Tatar

Tomas Tatar a d’abord perdu sa place en avantage numérique. Puis, sa place au sein du trio de Danault. Puis, sa place dans la formation. Les mauvaises langues diront que la prochaine étape sera de passer au ballottage… On exagère, mais la dégringolade de Tatar depuis deux semaines est troublante. L’attaquant slovaque, meilleur marqueur du Canadien la saison dernière, a été laissé de côté au profit d’un Corey Perry qui ralentissait pourtant à vue d’œil depuis quelques matchs et qui n’en avait pas beaucoup à offrir samedi. De plus, le Canadien n’a obtenu aucun avantage numérique, là où Perry peut se rendre utile. « Nos standards cette année sont assez élevés. Tomas n’est pas un mauvais joueur, mais on s’attend à plus de lui, a indiqué Claude Julien. Pas seulement sur la feuille de pointage, mais ailleurs aussi. Il perd souvent la rondelle, il ne la sort pas de notre zone. Ce sont de petits détails. Ça va servir à garder tout le monde honnête, à dire qu’on s’attend à de bons matchs de tout le monde. »

Retour réussi pour Mete

Victor Mete disputait seulement son troisième match de la saison, et il s’est assuré que son tour revienne plus souvent. Le petit défenseur a offert un sans faute, aidé en partie par Claude Julien qui a réussi à lui éviter des confrontations trop corsées. Cela dit, Mete a limité le temps passé dans sa zone, terminant avec les meilleurs indicateurs de possession de rondelle du CH dans ce match (77,2 %). C’est d’ailleurs lui qui a généré possiblement la première attaque dangereuse des Montréalais, en deuxième période, en traversant la patinoire avant de faire la passe à Tyler Toffoli, qui a tiré. « Je l’ai trouvé très bon ce soir. On en a parlé après le match, c’était un de ses bons matchs, il a patiné et il a bien fait circuler la rondelle », a estimé Julien.

Suzuki apprend à la dure

Auston Matthews n’est pas seulement un tireur exceptionnel. La supervedette des Leafs a d’autres qualités, comme celle d’être bon aux mises au jeu. Avant le match de samedi, Matthews était à 53,8 % de succès cette saison. En fait, à l’exception de sa première saison, il s’est toujours maintenu bien au-dessus des 50 %. Ce qui nous amène à Nick Suzuki, lui qui continue à en arracher aux mises au jeu. Il était à 40,5 % avant le match, et n’a gagné que 3 de ses 11 mises au jeu. À écouter Matthews, il n’y a toutefois pas de miracle à faire. « C’était un des plus gros ajustements de ma carrière, reconnaissait Matthews, samedi matin. Dans notre division, il y avait Patrice Bergeron, Ryan O’Reilly à Buffalo, et Aleksander Barkov. Il y avait tellement de bons centres ! T’essaies d’apprendre sur le tas, t’essaies de tricher le mieux possible. » La bonne nouvelle pour Suzuki, c’est que les nouvelles divisions lui enlèvent justement des pattes certaines de ces confrontations. John Tavares demeure cependant excellent au cercle et Suzuki en a bavé contre lui (0 en 4).

Ils ont dit

Les choses arrivent vite. On ne blâme personne. Des erreurs, ça arrive toute la saison. C’est bien de voir les gars produire de l’attaque. Il a été bon si longtemps, et il continuera à être bon.

Shea Weber, à propos de la réaction de Danault après le but des Leafs

On s’est parlé au premier entracte, ils jouaient avec trois gars haut à la ligne bleue, et Claude a fait les bons ajustements.

Danault

Nos entraîneurs sont restés calmes, nous ont permis de trouver notre rythme. Le plus important a été Price. On n’aurait pas eu de chance en troisième s’il n’avait pas été là. On a essayé de trouver du momentum au fil du match. On a trouvé une façon de gagner, mais on a encore moyen de s’améliorer.

Brendan Gallagher

Quand Marc [Bergevin] lui a donné un nouveau contrat, les raisons étaient assez évidentes. C’est une bougie d’allumage. Il travaille toujours fort, même si ce ne sont pas toujours de gros matchs. C’est contagieux.

Julien, à propos de Gallagher

Dans des matchs serrés comme celui-ci, un avantage numérique peut faire la différence. Mais c’est correct, on doit générer notre propre momentum et ne pas compter là-dessus. On avait le match et ça nous a glissé des doigts, et c’est un goût amer dans la bouche.

Auston Matthews

Le match nous a échappé à la fin de la première période. Ç’aurait pu être au moins 2-0, ou 3-0. Ensuite le match a été un désastre pour nous.

Sheldon Keefe

En hausse 

Brendan Gallagher

Il était plus discret depuis quelques matchs. Le petit ailier a été une des bougies d’allumage du CH en troisième période.

En baisse 

Jesperi Kotkaniemi

La saison n’est peut-être vieille que de 15 matchs, mais il est drôlement temps que la pause arrive pour lui.

Le chiffre du match

1

Mitch Marner n’est peut-être pas Mike Bossy, mais il est capable de marquer des buts. Celui marqué samedi était toutefois son tout premier contre le Canadien… à son 17e match contre les Montréalais !