Le nom de Jesse Ylonen n’est pas celui qui enflamme le plus les discussions sur les espoirs du Canadien de Montréal. Ça pourrait changer. Très vite, même.

Mis à jour le 12 févr. 2021
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Le Finlandais de 21 ans a disputé vendredi soir son tout premier match en Amérique du Nord, alors que le Rocket de Laval a lancé sa saison.

Choix de deuxième ronde du Tricolore en 2018, il aurait dû faire ses débuts de notre côté de l’Atlantique il y a presque un an, mais alors qu’il s’apprêtait à disputer son tout premier match, en mars 2020, la COVID-19 a frappé.

On ne peut pas dire que la pause forcée ait ralenti sa progression. Vendredi, il a récolté une mention d’aide dans une victoire convaincante de 5-1 du Rocket sur les Senators de Belleville. Mais surtout, son aplomb a suscité l’admiration.

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« Je n’avais même pas pensé à ça ! », a dit son compagnon de trio Joël Teasdale, après la rencontre, à propos des débuts nord-américains de son coéquipier. Le Québécois a lui aussi réussi sa rentrée chez le Rocket – et chez les professionnels –, avec deux points.

Teasdale a ajouté qu’il ne connaissait Ylonen que de réputation avant le camp d’entraînement, ne l’ayant jamais vu jouer. « C’est encore plus surprenant. Je lui lève mon chapeau », a-t-il ajouté.

« Il a joué de manière incroyable, a abondé Joseph Blandisi, vétéran de 26 ans qui pilotait le trio avec ses deux jeunes ailiers. Il voit bien la glace, il a toujours la tête haute, il n’a pas peur d’aller se salir les mains dans la circulation lourde. C’est comme s’il jouait ici depuis deux ans. C’est tout un joueur de hockey. »

Expérience

Il faut tout de même le souligner : Ylonen a vu neiger. Et ce n’est pas comme s’il sortait d’une grotte non plus.

Déjà, au camp de développement de 2018, il a fait écarquiller les yeux des observateurs par son coup de patin très au-dessus de la moyenne. Or, les amateurs québécois n’ont pas encore pu le voir à l’œuvre puisqu’il a disputé les deux dernières saisons dans la Liiga, principal championnat de Finlande. L’automne dernier, il s’est aussi rapporté à son club des années précédentes, les Pélicans de Lahti, afin de garder la forme.

Dans un circuit reconnu pour son aspect défensif, il s’est contenté de 56 points en 127 rencontres. Son passage à la Ligue américaine laisse toutefois présager des jours heureux sur le plan offensif. Même s’il n’a récolté qu’un point à son premier match, ses atouts sont manifestes.

« Je n’avais pas obtenu autant de chances de marquer depuis longtemps, s’est emballé Blandisi. C’est comme s’il avait des yeux derrière la tête. Et il est fort : il s’entraîne comme une bête. Il a un talent spécial. »

De fait, sur le premier des deux buts de Blandisi dans cette rencontre, l’ancien des Penguins de Pittsburgh s’est faufilé dans l’enclave avant d’accepter une savante passe en retrait du Finlandais. « Je ne pensais pas qu’il m’avait vu », d’ajouter Blandisi.

Le tir d’Ylonen est par contre l’une de ses armes favorites. Les statistiques officielles ne lui en confèrent qu’un, mais il a décoché au moins quatre lancers au cours de la partie qui ont été bloqués ou qui ont raté la cible. L’un d’eux, un foudroyant tir du poignet, a terminé sa course sur le poteau au deuxième vingt.

Critique

En visioconférence après la rencontre, le principal concerné a dit se sentir « très confortable » avec ses compagnons de trio.

Il a ajouté « apprendre de nouvelles choses chaque jour » afin, surtout, se s’adapter au jeu de la Ligue américaine, plus rapide que sur le circuit finlandais. « Tout va plus vite », a-t-il résumé.

Critique, il a affirmé vouloir améliorer sa défense et son jeu physique. On le croit sur parole, mais a priori, le constat semble sévère.

En fin de deuxième période, il a gagné une bataille dans le coin de la zone offensive, mais sa passe devant le filet n’a pas trouvé preneur. Le jeu s’est transporté jusqu’en territoire du Rocket, et il est lui-même venu mettre fin à la contre-attaque grâce à un repli rapide et efficace.

Son entraîneur, Joël Bouchard, a été plus élogieux. « Je m’y attendais un peu », a-t-il lancé à propos de la performance de son nouveau protégé.

« C’est un joueur dont j’ai vu rapidement la progression [au camp d’entraînement], a-t-il repris. Au dernier match intraéquipe, j’ai senti qu’il s’était vraiment laissé aller. C’est un gars de talent, et il se dégêne. Il a de beaux atouts à développer. C’est seulement un match, alors on ne va pas crier victoire tout de suite, mais on est contents de la façon dont il a su s’adapter. »

Visiblement lancé, Bouchard en a rajouté une couche : « C’est un jeune homme très honnête par rapport à ses performances, à ce qu’il voit. Sa maturité m’impressionne beaucoup. Il sait ce qui se passe dans le monde. »

C’est probablement ce qui explique son regard aussi dur sur son propre jeu. Or, s’il a encore de l’espace pour se « dégêner », l’avenir pourrait en effet être florissant.

Il est vrai que c’était « seulement un match ». Mais pour un premier, c’en était tout un.

En bref

Magique pour Teasdale

La rencontre de vendredi a été riche en premières, alors que les Québécois Rafaël Harvey-Pinard et Joël Teasdale ont fait leurs débuts chez les professionnels. Employé sur le premier trio en remplacement d’Alex Belzile (blessé), Harvey-Pinard a bien paru aux côtés de Jordan Weal et Yannick Veilleux. Le jeune homme a « plus que suivi » le rythme des deux vétérans, a salué son entraîneur. La soirée a par contre été particulièrement magique pour Teasdale, dont c’était le premier match depuis le mois d’août 2019. Une longue réhabilitation puis le confinement l’ont tenu à l’écart du jeu pendant 20 longs mois. Lorsqu’il a marqué en fin de match, à la suite d’un bel effort individuel, le banc du Rocket a explosé et ses coéquipiers sur la glace se sont jetés sur lui. À son retour au banc, il a reçu les félicitations souriantes de Joël Bouchard, qui a été son entraîneur pendant 3 ans dans la LHJMQ. « Ç’a été dur de gérer mes émotions, a-t-il avoué. Avant le match, il fallait contrôler mon excitation. Je suis content de mettre ça derrière moi. Ça fait du bien. » Il a ajouté que Bouchard avait été d’un « grand soutien » au cours de la dernière année et demie, et que son premier but chez les pros lui rappelait son premier filet dans le junior, alors que Bouchard l’attendait encore au banc. « Il ne l’a pas eue facile, ce petit gars-là, a rappelé l’entraîneur. On est tous contents pour lui. »

Victoire sans appel

Le match de vendredi a vu le Rocket ne faire qu’une bouchée de son premier adversaire de la saison. Joël Bouchard a eu beau répéter à quel point les Senators ont « toute une équipe », ça n’a pas toujours paru. Les quatre trios des Lavallois ont martelé le pauvre gardien Joey Daccord, souvent laissé à lui-même. Blandisi a marqué deux fois, imité par Xavier Ouellet, Lukas Vejdemo et Joël Teasdale. Peu occupé, mais très assuré, tout particulièrement pendant un long désavantage numérique de deux hommes, le gardien Cayden Primeau a repoussé 21 des 22 rondelles dirigées vers lui. Il cédera sa place à Michael McNiveau, alors que les deux mêmes équipes remettent ça dès ce samedi.