(Toronto) Vous vous souvenez de la fin du match entre le Canadien et les Maple Leafs, mercredi ? Vous vous souvenez de cette sortie de zone d’Auston Matthews, pendant que Carey Price était au banc des siens à la faveur d’un sixième patineur ? Vous vous souvenez de cette passe qu’a faite Matthews à Zach Hyman, qui a marqué ?

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Pour paraphraser la vieille réclame de Pepperidge Farm, Sheldon Keefe s’en souvient.

« Matthews avait la chance de tirer dans un filet désert et de prolonger sa séquence de [huit] matchs avec un but, mais il a plutôt fait une passe exceptionnelle à Hyman, qui avait une meilleure chance que lui de marquer », a rappelé Keefe, l’entraîneur-chef des Maple Leafs, après l’entraînement de vendredi.

Le Canadien renoue avec les Leafs samedi soir, au Scotiabank Arena, et si on se fie à ce qu’on a vu mercredi à Montréal, ce sont des Leafs bien différents de ceux auxquels nous avons été habitués ces dernières années. Un changement qui commence par Matthews, attaquant vedette que l’on n’a toutefois jamais confondu avec Patrice Bergeron. Pour Keefe, un jeu comme celui de mercredi illustre bien la transformation de Matthews depuis le début de la saison.

« Tout ce qu’on demande à l’équipe de faire, Auston le fait, a résumé Keefe. On demande à l’équipe d’être meilleure défensivement, d’être du bon côté de la rondelle et de créer des revirements, et il le fait. On a demandé aux joueurs de se servir de leur corps quand l’occasion se présente, et il le fait. Peu importe ce que j’ai demandé, Auston a décidé de montrer la voie.

« Ça a commencé en séries l’été dernier contre Columbus, même si on n’a pas eu le résultat voulu. Il bloquait des tirs, il se repliait. Bien sûr qu’il a eu sa séquence de buts cette saison, il a l’impact offensif attendu, mais il s’applique beaucoup sur les détails. C’est un gros contraste. »

Jeu défensif resserré

Mine de rien, les Leafs ont conclu cette semaine le premier quart de la saison au sommet du classement général de la LNH, avec une fiche de 11-2-1. Enfin, diront certains, excédés de les avoir vus repêcher au 5e rang en 2012 (Morgan Rielly), au 8e rang en 2014 (William Nylander), au 4e rang en 2015 (Mitch Marner) et au 1er rang en 2016 (Matthews).

C’est que, malgré cette jolie brochette de joueurs, malgré l’embauche à fort prix de John Tavares, de l’entraîneur-chef déchu Mike Babcock, les Leafs n’ont toujours pas gagné une seule série éliminatoire depuis 2004. C’est un peu de cette façon que se définit jusqu’ici la plus récente ère de la longue histoire des Leafs, une équipe qui a tout misé – financièrement, du moins – sur l’attaque.

Or, voici que ces Leafs, version 2021, offrent du jeu défensif resserré. Avant les matchs d’hier, ils pointaient au 7e rang de la LNH pour la moyenne de buts accordés (2,57). Avant cela ?

Classement des Maple Leafs pour les buts accordés

2019-2020 : 26e (3,17)

2018-2019 : 20e (3,04)

2017-2018 : 12e (2,80)

2016-2017 : 22e (2,85)

Après avoir permis quatre buts au CH, puis cinq buts aux Sénateurs, à leurs deux premiers matchs, les Leafs en ont accordé trois ou moins dans 11 de leurs 12 dernières sorties. La seule exception : une défaite de 4-3 contre les Oilers… en prolongation !

Après la victoire de mercredi à Montréal, Keefe avait d’ailleurs fièrement souligné que son équipe venait d’accorder son plus petit total de chances de marquer dans un match cette saison.

« C’est une des principales choses qu’on voulait améliorer cette saison, a admis Nylander, vendredi. Si on veut se rendre plus loin en séries, ça fait partie de ce qu’il faut améliorer. On a mis beaucoup d’efforts là-dessus. »

Le match de mercredi était un bel exemple de cette nouvelle discipline défensive. Rappelons que le CH avait ouvert la marque dès la 76e seconde du match. Les Torontois ont seulement donné la réplique avec cinq minutes à jouer en deuxième période, sans ouvrir inutilement le jeu dans l’intervalle.

« On est capables de calmer la tempête, comme on l’a fait au dernier match, a rappelé Hyman. On a attendu d’avoir nos chances et on en a profité. »

Le défi du Tricolore

Pendant sa visioconférence de vendredi, Keefe s’est fait demander ce qu’il considérait comme la plus grande amélioration de son équipe.

« C’est devenu plus difficile de se rendre à notre filet, a-t-il répondu. Cette saison, on voulait prioriser le travail devant notre filet, et l’engagement à le faire, même quand notre attaque ne fonctionne pas. Jusqu’ici, on le fait, et nos gros joueurs offensifs n’ont rien sacrifié. »

C’est justement la présence au filet adverse qui fait défaut au Tricolore, ce qui explique en partie la panne offensive de l’équipe depuis quatre matchs. Les Montréalais ont intérêt à trouver une solution, car ce sont ces mêmes Leafs qu’ils retrouveront aussi samedi prochain, au terme d’une semaine de congé.