Semaine très, très, très difficile pour la Ligue nationale de hockey dans sa gestion de la COVID-19. cinq clubs sont en pause forcée :

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

• Les Devils du New Jersey, aux prises avec une éclosion importante. Combien de cas, exactement ? C’est compliqué. La LNH place dans un même panier les joueurs atteints et ceux à risque d’avoir été infectés. En deux jours, le nombre de joueurs sous surveillance est passé de 10 à 14, puis à 18. Donc presque toute la formation.

PHOTO ETHAN MILLER, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les Golden Knights de Vegas sont privés de tous leurs entraîneurs depuis quelques jours.

• Les Sabres de Buffalo, adversaires des Devils la fin de semaine dernière. Leur entraîneur-chef, Ralph Krueger, 61 ans, est porteur du virus.

• Le Wild du Minnesota et l’Avalanche du Colorado, qui se sont affrontés trois fois cette semaine, ont au total neuf joueurs placés sous surveillance.

• Les Golden Knights de Vegas, privés de tous leurs entraîneurs depuis quelques jours.

Êtes-vous surpris ? Pas moi. Ce chaos était hautement prévisible. Car depuis quelques mois, partout où les hockeyeurs n’ont pas été enfermés dans une bulle hyperhermétique, il y a eu des éclosions.

Souvenez-vous des camps qui ont précédé les séries de la LNH, l’été dernier. Une quarantaine de joueurs ont été infectés. Notamment Brett Kulak et Xavier Ouellet, du Canadien. Le virus a aussi frappé dans la KHL. En Finlande. En Suède. En Allemagne. En Autriche. Dans le hockey universitaire américain. Chez l’Armada de Blainville-Boisbriand. Chez les Voltigeurs de Drummondville. Chez le Phœnix de Sherbrooke. Chez les Tigres de Victoriaville.

Attendez 15 secondes, je dois reprendre mon souffle.

OK, ça va mieux. Prêts pour la suite ?

La Ligue nationale féminine de hockey vient de suspendre son tournoi éliminatoire. Cause ? Une éclosion incontrôlable parmi les joueuses. Au Vermont, l’automne dernier, les autorités sanitaires ont lié 87 cas à une éclosion dans un aréna de hockey. Au New Hampshire, au moins 158 personnes ont été infectées lors de parties de hockey. En Colombie-Britannique, des hockeyeurs adultes partis jouer pour le plaisir en Alberta ont ensuite contaminé « des douzaines de personnes » dans leur communauté, a déploré le gouvernement. Plus des dizaines d’autres éclosions ici et là.

Il faut se rendre à l’évidence.

Le virus adore le hockey.

Et ce n’est pas réciproque.

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Pourquoi le hockey est-il plus touché que d’autres sports par le virus ?

Ça fait des mois que les experts cherchent la réponse. Dans un dossier récent du Washington Post, un spécialiste en ingénierie soupçonnait que les particules du virus restaient en suspension de six à neuf pieds au-dessus de la patinoire. Autre hypothèse : les hockeyeurs effectuent des présences courtes, intenses, et rentrent souvent au banc, ce qui augmente le rythme de la respiration et l’échange de particules.

On se demande également si un joueur infecté peut contaminer ses adversaires sur la glace. En septembre, ça nous semblait exagéré. Aujourd’hui ? C’est plus nuancé.

Même la LNH a reconnu, mercredi, que c’était une possibilité. Je reproduis ici un échange de courriels entre le journaliste John Vogl, du site The Athletic, et le commissaire adjoint de la LNH, Bill Daly.

John Vogl : « Une étude des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et de la NFL a démontré qu’il n’y avait pas de contamination pendant une partie au football. Était-ce la croyance de la LNH pour le hockey ? Et, considérant la situation des Devils et des Sabres, croyez-vous toujours cela ? »

Bill Daly : « Nous n’avons vu aucune preuve définitive d’une contamination entre deux équipes. Nous ne l’excluons pas. Nous nous ajusterons si c’est nécessaire et approprié. »

Je souligne : « Nous ne l’excluons pas. »

Puis, jeudi matin, la LNH a modifié substantiellement son protocole contre la COVID-19. Elle a exigé le retrait immédiat des baies vitrées derrière le banc des joueurs, pour favoriser la circulation de l’air. Les réunions de préparation avant les parties seront maintenant virtuelles. Et il devra y avoir un minimum de six pieds entre les casiers des joueurs dans le vestiaire. Les équipes devront elles-mêmes trouver des solutions si les pièces actuelles sont trop exiguës.

Les bancs et les vestiaires.

Les deux principales sources d’inquiétude de la Santé publique du Québec pour la pratique du hockey mineur dans la province.

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Parmi les hockeyeurs de la LNH atteints de la COVID-19, il y a beaucoup d’asymptomatiques. Des joueurs légèrement malades. Mais il y en a aussi qui ont subi des conséquences plus graves.

C’est le cas de Marco Rossi, 19 ans, meilleur espoir du Wild du Minnesota. Il a contracté la COVID-19 en novembre. Malgré des maux de dos attribués au virus, il a quand même disputé le Championnat mondial junior, pendant le temps des Fêtes.

Depuis ? Il a subi de nouvelles complications. Il a échoué à l’examen médical du Wild. Il est retourné chez lui, en Autriche. Les médecins du club ont affirmé à The Athletic être « sûrs que ça ne mettra pas fin à sa carrière ». Mais ils ignorent à quel moment il pourra rejouer. Seule certitude : ce ne sera pas cette saison.

L’accumulation de ces mauvaises nouvelles et l’inquiétude manifeste de la LNH provoquent la réflexion.

D’une part, j’adore le hockey mineur. Je suis père de deux joueurs passionnés. Je passe plus de 200 jours par année dans les arénas. J’y trouve plusieurs sujets pour mes chroniques. Je crois aussi fermement à l’importance de la pratique sportive pour la santé physique et mentale de nos jeunes.

De l’autre, je constate que le virus est très à l’aise dans les arénas. Beaucoup trop.

C’est dommage, mais dans les circonstances, dans les régions en zone rouge, il est plus prudent d’attendre la vaccination de masse ou une chute spectaculaire des cas avant d’organiser des parties à l’aréna de quartier.