Un grand sage, probablement Pat Burns, a déjà déclaré qu’on ne pouvait pas toutes les gagner. C’est un peu cette perle de philosophie qui résume le mieux ce qui est arrivé jeudi soir au Centre Bell.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

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Il est arrivé que les Sénateurs d’Ottawa, de loin le pire club du hockey, sont débarqués ici, et qu’ils se sont mis à rappeler aux Montréalais cet état de fait, encore et encore : non, on ne peut pas toutes les gagner.

Au bout de 60 minutes, c’est en plein ce qui est survenu, et ce sont les Sénateurs qui sont allés réussir l’improbable, avec une victoire de 3 à 2. Ça nous rappelle qu’un autre grand sage, peut-être Pierre Pagé, a déjà dit que ça se jouait sur la glace avant tout.

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Connor Brown et Tim Stützle

C’est bien ce que l’on a vu.

« J’ai trouvé qu’on s’était battus un peu avec la rondelle, a résumé Claude Julien, lors d’un point de presse fort divertissant sur vidéo. Notre première période n’a pas été si pire… c’est surtout que les deux buts rapides à la fin nous ont fait mal. Mais on n’était pas là du tout lors de la deuxième période. On a poussé en troisième, mais ça n’a pas été un gros match de notre part. »

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Combat entre Erik Gudbranson et Corey Perry

Le Canadien en était à sa troisième rencontre en quatre soirs. Les Sénateurs, eux, en étaient à un troisième match en cinq soirs. Si on calcule bien, ça donne un soir de différence, et il faut croire que ce petit écart a eu un gros impact, tellement les visiteurs volaient sur la glace, alors que le Canadien, pour une très rare fois cette saison, présentait le visage d’une équipe amorphe la plupart du temps, épuisée, avec un réservoir d’intensité bien bas, trop bas pour espérer gagner dans cette ligue, même si c’est passé près à la fin.

Et puis aussi, il faut bien le souligner, la bataille des gardiens a eu lieu… avec un résultat différent de ce que l’on aurait pu prévoir. Avant le match, il aurait fallu travailler très fort pour trouver un parieur prêt à miser sur Matt Murray face à Carey Price, et pourtant, c’est lui, le gardien des Sénateurs, qui a connu la meilleure soirée.

Price, avec 3 buts sur seulement 22 tirs, a été assez ordinaire, merci, et le Canadien n’a pas l’habitude de se remettre d’une telle performance de son gardien.

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On peut aussi souligner le jeu atroce en avantage numérique, et le manque de discipline dont Ben Chiarot s’est rendu coupable en fin de match, avec une punition de quatre minutes qui a eu pour effet de fermer les livres, bien que le Canadien ait trouvé le moyen de marquer un septième but cette saison en désavantage numérique. S’il y avait eu des partisans dans les gradins, c’est à ce moment précis qu’ils se seraient levés pour aller devancer le trafic. C’est sans parler de la punition à Tatar, avec 24 secondes avant la fin, alors que son club avait (enfin) le vent en poupe.

« Ils ont joué de manière solide lors des deux premières périodes… on s’est replacés, on a dominé le jeu en troisième, mais il nous a manqué un petit quelque chose », a résumé Price.

Une mauvaise dans le système, donc ? Ça se peut et ça arrive. Il faudra seulement que ça ne devienne pas une habitude, comme la saison dernière, par exemple, quand le Canadien échappait trop souvent des matchs faciles comme celui-là.

Dans le détail

Sublime Stützle!

« Il a été exceptionnel ce soir. » « Son coup de patin, sa vision, c’est vraiment unique. » Ces paroles sont respectivement de D.J. Smith et de Thomas Chabot. Ils parlent, vous le devinerez, de Tim Stützle. Après l’avoir vu aller contre le Tricolore, on comprend mieux pourquoi bien des dépisteurs se demandaient qui de lui ou de Quinton Byfield était le deuxième espoir du repêchage cette année. Les Kings ont finalement choisi Byfield au 2e rang, mais tout indique que les Sénateurs ne seront pas trop mal pris avec Stützle! L’attaquant allemand a joué avec hargne, était constamment près de la rondelle, a servi une magnifique passe à Chris Tierney pour préparer le but de Thomas Chabot en première période, et s’est offert un but contre Carey Price, du côté court s’il vous plaît. Stützle a terminé son match avec un but et deux passes.

Une histoire de mises au jeu

On parle beaucoup des jeunes centres du Canadien derrière Phillip Danault, mais ce n’est pas tellement plus vieux à Ottawa! Derek Stepan et Chris Tierney ont du métier dans le corps, mais on tombe ensuite à Colin White, qui amorce sa troisième saison complète dans la LNH, et à Josh Norris, qui jouait le 14e match de sa carrière jeudi. Au bout du compte, ce sont trois des cinq buts qui se sont marqués sur des mises au jeu, chaque fois gagnées par le centre le plus expérimenté. Brady Tkachuk a battu Jake Evans, Tierney a battu Nick Suzuki, et sur le but du CH en fin de match, Danault a battu White. Suzuki en arrache particulièrement cette saison. Il a gagné seulement 4 mises au jeu sur 15 jeudi, et montre un taux de succès de 40,2 % cette saison. « On est jeunes au centre, on a encore des croûtes à manger. C’est difficile, mais la seule façon de passer à travers, c’est de leur donner l’expérience », a résumé Claude Julien.

L’avantage numérique en panne

Non seulement les mises au jeu ont coûté deux buts au Tricolore, elles lui ont aussi fait mal en avantage numérique, où les Montréalais en ont remporté quatre sur neuf. Ces mises au jeu ont grandement nui, de même que le manque de cohésion, perceptible notamment par les deux dégagements refusés commis par le Canadien. Julien a tenté une expérience en délogeant Tomas Tatar de l’attaque à cinq pour déployer une unité costaude avec Josh Anderson ET Corey Perry. Les résultats ont été quelconques, et mis à part un bon tir de Tyler Toffoli pris depuis l’enclave, Montréal n’a rien généré de bien menaçant. « On a libéré le devant du filet », a souligné D.J. Smith, l’entraîneur-chef des Sénateurs. Le Tricolore a maintenant un seul but à ses 16 dernières occasions en avantage numérique.

« Mon pire match de la saison »

Ce fut de loin mon pire match de la saison… On a eu une soirée difficile. Il va falloir rebondir certain. Mon jeu au cercle de mise en jeu doit changer, je ne peux pas perdre autant de mises en jeu. Je dois regarder la vidéo et être prêt pour le prochain match.

Nick Suzuki

Nick a connu une soirée difficile… Il a raison de le dire, ce fut son plus difficile de la saison. Mais ça va arriver à des athlètes fiers.

Claude Julien

Ça a été notre meilleur trio et de loin. On a vu la cohésion qu’ils ont démontrée ensemble par le passé.

Claude Julien, à propos du trio de Phillip Danault

La pénalité de quatre minutes, on l’a méritée, c’était un bâton élevé avec du sang, mais je ne suis pas d’accord du tout avec celle de deux minutes ensuite à Tatar. Ce n’était pas une grosse mise en échec. C’est malheureux, mais ça fait partie du hockey.

Claude Julien

On a joué un très bon match sur la route. On a essayé de les limiter le plus possible. Ils ont poussé fort à la fin. Notre désavantage numérique a été très bon, notre avantage numérique a marché. Je suis très content.

D.J. Smith

Comme j’ai dit à Nick [Paul], c’est apprécié de voir qu’on se tient. C’était une solide mise en échec. Il m’a bien eu. Je l’ai vu s’en venir, j’ai essayé de bouger. C’est un gars physique. Tu dois le savoir quand il est sur la patinoire, parce qu’il cherche la grosse mise en échec. Il m’a frappé directement dans le chest, tout était correct.

Thomas Chabot, à propos de la mise en échec d’Alexander Romanov