Vincent Lecavalier et Alexis Lafrenière ont plusieurs points en commun.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Les deux proviennent de la grande région de Montréal. Les deux ont joué pour l’Océanic de Rimouski. Les deux ont constitué un premier choix au total dans la LNH.

Lecavalier et Lafrenière ont aussi connu des départs timides dans la LNH. Après neuf matchs, Lafrenière a seulement un point à sa fiche, un but en prolongation.

Après neuf matchs, Lecavalier avait obtenu seulement deux points. Le premier choix du Lightning de Tampa Bay en 1998 avait amassé seulement six points à ses 31 premiers matchs, à 18 ans. Comme s’il n’avait déjà pas assez de pression, le propriétaire de l’époque avait même osé le comparer à Michael Jordan le jour du repêchage…

Si Lafrenière veut s’encourager, Lecavalier a terminé sa carrière avec 949 points en 1212 matchs, une saison de 52 buts et de 108 points, cinq saisons de 30 buts ou plus, 56 points en 75 matchs de séries éliminatoires, quatre participations au match des étoiles, un trophée Maurice-Richard, le 81e rang de l’histoire au chapitre des buts et une Coupe Stanley…

J’ai été nerveux pendant au moins 40 matchs au début. J’étais comme un enfant qui réalisait enfin son rêve. Chaque aréna avait quelque chose de spécial.

Vincent Lecavalier

« Je me souviens du premier match à Detroit, contre Steve Yzerman. Les Red Wings, c’était mon club quand j’étais jeune. J’étais impressionné pendant les mises en jeu ; la première contre Gretzky, contre Messier, Yzerman évidemment. Je me souviens aussi de la première contre Guy Carbonneau. Il était rendu à Dallas. J’ai grandi en regardant le Canadien et il était à Montréal dans ce temps-là. »

Lecavalier n’est pas étonné du départ timide de Lafrenière.

« Il y a McDavid, Crosby, mais sinon, c’est rare que les joueurs produisent à 18 ans dans la Ligue nationale. Je sais qu’il en a 19, c’est un late, mais ça ne change rien, c’est sa première année, il y a un ajustement à faire. Tu es dans l’inconnu au début. Tu ne produiras pas comme dans les rangs juniors. Des fois, ça prend un peu plus de temps. »

Le premier choix de la LNH en 2020 a été replacé au sein d’un troisième trio, mercredi, à l’entraînement des Rangers.

PHOTO BRUCE BENNETT, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Alexis Lafrenière, des Rangers de New York

« Moi aussi, Jacques [Demers] m’avait placé sur le troisième trio, avec Craig Janney et Sandy McCarthy. Je prenais mon trou. J’essayais de gagner ma confiance, mais ça n’était pas facile. Il y a le junior, la Ligue américaine, même les rangs collégiaux, tu joues contre les meilleurs. Ce n’est pas une ligue facile.

« Quand tu commences à produire, à gagner ta confiance et celle de tes entraîneurs, tu obtiens plus de temps de jeu et la production démarre. Si tu comptes à ton premier match, il y a peut-être trois ou quatre buts qui vont suivre. Sinon, ça peut être plus long. »

Lecavalier a un conseil pour le jeune homme. « Je ne sais pas s’il se met de la pression ou si les Rangers lui en mettent, mais il ne doit pas s’en faire et surtout rester lui-même. Ne pas changer parce qu’il est rendu dans la Ligue nationale. C’est un processus. »

Au moins 15 minutes par match

L’ancienne gloire du Lightning a remarqué que Lafrenière avait joué seulement neuf minutes lors du match contre les Penguins de Pittsburgh, lundi.

« Avec un club jeune comme les Rangers, il ne devrait jamais jouer moins de 15 minutes par match. C’est l’avenir de l’organisation. Moi, je jouais 19, 20 minutes. À 14 minutes, tu n’as plus les mêmes occasions. Tu lui donnes au moins 40, 50 matchs pour s’adapter. Tu ne peux pas me dire que côté talent, il est le sixième ou le septième attaquant de l’équipe. »

Lecavalier a eu la chance d’avoir de bons mentors à Tampa.

« J’habitais chez [mon coéquipier] Enrico Ciccone pendant le camp d’entraînement, puis il a été échangé en octobre. J’ai pris ça dur. C’est lui qui m’a montré comment être un professionnel à mes premiers mois. C’est encore un grand chum pour moi. Il y en a eu d’autres, mais pas comme lui. Darcy Tucker était encore jeune, mais il a bien pris soin de moi. Sandy McCarthy, Wendel Clark, mon premier cochambreur, on avait de bons vétérans. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @BWIPP

Vincent Lecavalier lors du repêchage de la LNH en 1998

Les Rangers ont fait le ménage récemment en écartant de l’organisation le défenseur Tony DeAngelo pour écarts de conduite répétés. « Tu ne veux pas de négativité dans le vestiaire. Ce n’est pas bon pour Alexis Lafrenière de voir un gars comme ça agir de cette façon. Les Rangers ont pris la bonne décision. Tu ne veux pas que ça devienne un cancer, tu ne veux pas que les jeunes croient que c’est toléré d’agir comme ça. »

À la retraite depuis 2016, Lecavalier, 40 ans, s’investit à temps plein dans les activités de ses trois enfants, dans la région de Tampa.

« Mes deux filles de 10 et 7 ans jouent au golf et je suis cadet pour elles. Je coache mon garçon de 9 ans au hockey. Il faut faire parfois deux ou trois heures de route parce qu’il y a des équipes partout en Floride. On a aussi fait des tournois AAA à Nashville et à Dallas. Ça fait trois ans que je coache le fils de Jon Cooper. Je dirigeais aussi les fils de Dan Girardi et de Peter Budaj l’an dernier. On a une belle petite équipe. »

Le hockey mineur a fait un boom aux États-Unis ces dernières décennies. « À Tampa aussi, dit-il. Gagner la Coupe Stanley [en 2004] a vraiment popularisé le hockey en Floride. Ils viennent d’ailleurs de construire un gros aréna de cinq patinoires il y a trois ans ; il y a quatre, cinq arénas dans la région de Tampa, mais il nous manque encore de la glace. »

Il n’exclut pas un retour dans le monde du hockey, mais pas dans l’immédiat. « Peut-être quand mes enfants auront grandi, dans cinq ou dix ans », explique-t-il.