Milan Lucic est peut-être détesté des partisans du Canadien, mais il est toujours généreux dans ses réponses en entrevue.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Vendredi, il était l’un des trois joueurs à participer à la visioconférence des Flames de Calgary à la suite de leur entraînement au Centre Bell, entre les matchs de jeudi et de samedi.

Lucic s’est vite exprimé quand on lui a demandé de revenir sur le match de jeudi, expérience paranormale pour un joueur comme lui, qui a pas mal tout vécu au Centre Bell. Après tout, il affrontait le Canadien pour la 75e fois (!) de sa carrière. En plus de ses 51 duels de saison, le gros ailier a rencontré le CH 24 fois en éliminatoires, dans 4 séries différentes, à l’époque où il jouait pour Boston.

Le Centre Bell bruyant, il est habitué. D’Alexei Emelin à Georges Laraque, en passant par Mike Komisarek, il s’y est fait des ennemis. Ça lui est même déjà arrivé d’y perdre un peu les pédales.

« C’est drôle, je disais avant le match que ce serait l’endroit le plus bizarre où jouer sans partisans, en raison de l’atmosphère qui règne habituellement ici, de ce que les fans amènent au match. C’était vraiment différent », a admis Lucic.

Nouvelle robustesse

L’ambiance, ça demeure anecdotique. Plusieurs joueurs réussissent à en faire abstraction une fois la rondelle déposée, et la LNH tente tant bien que mal d’en créer en diffusant du bruit artificiel par les haut-parleurs.

Ce qui se passe sur la patinoire est moins anecdotique, et là-dessus, Lucic a vu toute une différence dans la version du Canadien qui s’est présentée devant les Flames et qui l’a emporté 4-2.

« De la façon que [Marc] Bergevin et Claude [Julien] ont construit l’équipe, ils jouent un style plus dur. Ils vont t’avoir beaucoup plus à l’usure, grâce à leur ardeur au travail et à leur niveau de compétition. Par le passé, ils comptaient beaucoup plus sur leurs habiletés. C’est la différence que je vois dans leur équipe cette année. Regarde leur fiche jusqu’ici, et c’est pourquoi ils ont du succès. Ils compétitionnent, ils luttent et ils ont confiance en leur système. En tant qu’adversaire, tu dois dupliquer ce niveau de compétition et même le dépasser pour connaître du succès. »

Son coéquipier Rasmus Andersson, lui, rencontrait le Canadien pour la cinquième fois de sa carrière seulement. Il a néanmoins été impressionné. « Ils ont obtenu de bons joueurs, ils ont une bonne défense, un bon gardien, du talent en avant. Ils sont lourds, ils restent sur toi et jouent à l’intérieur [entre les cercles des mises au jeu]. On devra leur faire la vie dure », a estimé le défenseur suédois.

Ne regardez pas le nombre de mises en échec ; ce n’est pas comme ça que la robustesse et la lourdeur du CH se sont manifestées. L’équipe a été créditée de seulement 18 coups d’épaule.

Ça s’est plutôt vu quand, par exemple, Matthew Tkachuk a trouvé chaussure à son pied devant le filet en la personne de Ben Chiarot. Ou quand Shea Weber et Joel Edmundson se sont portés à la défense de la recrue Jake Evans.

« Ça me rappelle les équipes avec lesquelles j’ai joué avec Claude. Et ça lui sourit jusqu’ici, cette saison », a ajouté Lucic.

On garde en effet le souvenir d’une équipe des Bruins fort robuste pendant le séjour de Lucic à Boston, de 2007 à 2015. Lucic, Shawn Thornton et Zdeno Chara incarnaient ce visage, avec la contribution occasionnelle des Adam McQuaid, Gregory Campbell et Johnny Boychuk.

Mais ces Bruins ne multipliaient pas non plus les mises en échec. Pendant les huit saisons de Lucic sous les ordres de Julien, ils n’ont jamais fini plus haut que le 10e rang de la LNH dans cette catégorie. Une partie de l’explication vient sans doute du fait que ces équipes contrôlaient la rondelle plus souvent que l’adversaire, l’un des éléments de l’identité des équipes de Julien.

L’ancien adjoint

Un autre qui s’y connaît en la matière, c’est Geoff Ward, entraîneur-chef des Flames. Ward a été l’adjoint de Julien deux ans à Hamilton, dans la Ligue américaine, puis de 2007 à 2014 à Boston.

« Les ajouts qu’ils ont faits sont fantastiques », a lancé Ward, d’entrée de jeu.

« Ils jouent de la façon que Claude aime, et on voit son empreinte sur l’équipe. C’est semblable aux équipes qu’on avait à Boston ensemble. Ils peuvent jouer tous les styles, la défense est grosse et sort bien la rondelle, les attaquants sont responsables défensivement et explosifs offensivement quand ils ont une chance. C’est le même modèle. Et Claude est un bon entraîneur. Il y a une raison pour laquelle il a connu du succès. »

Julien, Ward et Lucic ont fait partie de grandes équipes ensemble. Les Bruins ont gagné la Coupe Stanley en 2011, se sont inclinés en finale deux ans plus tard. Quatre fois, l’équipe a fracassé les 100 points en une saison et elle était en voie de le faire lors de la saison écourtée de 2013.

Bref, il est normal que Ward et Lucic gardent un souvenir largement positif de leurs années sous Julien. Mais ils voient aussi une équipe qui montre une fiche de 5-0-2 en ce jeune début de saison. Une fiche qui ne tient visiblement pas de la chance.

En bref

Entraîneur « dur »

Donnons à Lucic ce qui lui revient : il n’a pas cherché à embellir la réalité quand il a été interrogé sur Julien. « On ne se parle plus beaucoup », a admis le colosse. Ça ne l’empêche pas d’être reconnaissant envers son ancien coach, sous lequel il a connu ses meilleures saisons dans la LNH. « Il a été dur avec moi, il ne m’a jamais laissé baisser la garde, il s’est assuré que je sois à mon meilleur tous les soirs. Il a tiré le meilleur de moi. Je n’aimais pas toujours ça, tu ne l’apprécies pas toujours sur le coup, mais avec le recul, tu vois que c’était pour le mieux. Il voulait mon bien. » Lucic aimerait toutefois mettre fin à sa séquence de quatre défaites de suite contre son ancien entraîneur. « Ça serait bien d’en gagner une ! »

Markstrom de retour ?

Ward n’a pas voulu confirmer l’identité de son gardien pour le match de ce samedi. Il est toutefois plausible de croire qu’il s’agirait de Jacob Markstrom, qui a eu droit jeudi à son premier congé de la saison. Embauché comme joueur autonome sur les termes d’un contrat de 6 ans et 36 millions de dollars, Markstrom montre jusqu’ici une fiche de 2-2-1, une moyenne de 2,62 et une efficacité de , 911. « Il nous donne une chance de gagner tous les soirs, et c’est un vrai professionnel », a dit de lui Ward.

À la défense de Välimäki

Juuso Välimäki a connu une dure soirée au bureau jeudi. Il était au banc des pénalités quand le Canadien a ouvert la marque. Sur le but de Shea Weber, c’est sur son bâton que la rondelle a dévié. Il a conclu sa soirée de travail à - 1. Välimäki était un espoir fort prometteur des Flames, repêché au 17e rang en 2017, mais n’a pas joué un seul match en 2019-2020 en raison d’une blessure à un genou. Il a disputé 19 matchs en Finlande l’automne dernier et tente maintenant de retrouver son rythme dans la LNH. Son confrère défenseur Rasmus Andersson s’est porté à sa défense. « Ça arrive, des matchs comme ça. Contre Toronto, je croyais avoir joué le pire match de ma vie. Tu es parfois mieux de regarder le match tout seul, de trouver tes points positifs et de passer à autre chose. Ça n’aide pas de lire que tu as eu un mauvais match. Il est encore jeune, il a seulement joué une vingtaine de matchs depuis deux ans. Et il sera peut-être notre meilleur défenseur au prochain match. »