Chaque année, lors des cérémonies du match d’ouverture au Centre Bell, on s’amuse à noter qui reçoit les ovations les plus chaleureuses.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

L’exercice n’a rien de scientifique – on oublie toujours le satané sonomètre sur l’étagère dans l’entrée à la maison –, mais d’année en année, Brendan Gallagher, Carey Price et Shea Weber sont les plus applaudis.

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Impossible de se livrer à un tel exercice cette année, pour les tristes raisons que l’on connaît. Le Canadien a toutefois eu la brillante idée de laisser des travailleurs de la santé s’occuper de la présentation des joueurs. L’exercice était réussi, la prestation du CH qui a suivi aussi. Résultat : un gain de 4-2 sur les Flames de Calgary.

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Carey Price

Jake Evans et Tyler Toffoli ont eu droit à la plus grande dose d’amour, mais c’est surtout en raison des charismatiques Joazard Wiguens et Sébastien Savard qui les ont présentés.

Mais on peut se demander qui d’autre, à part les suspects habituels, aurait eu droit à de chaleureuses ovations, après les six matchs joués par les Montréalais sur la route avant la grande rentrée. Alexander Romanov, la nouvelle coqueluche ? Nick Suzuki, dont le talent crève les yeux ? Jesperi Kotkaniemi, pour son beau retour ? Toffoli, marqueur le plus prolifique de la LNH en ce jeune début de saison ?

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Toutes ces réponses sont probablement bonnes, parce que le Canadien de 2021, au risque de se répéter, est l’équipe la plus équilibrée que l’on ait vue depuis très, très longtemps par ici.

La « vraie » profondeur

Claude Julien aurait lui aussi mérité une ovation, ne serait-ce que pour le nombre de façons différentes qu’il trouve de répondre aux questions sur son équipe depuis un mois.

L’idée de la profondeur, ainsi, était un thème populaire à son point de presse d’après-match. Son explication était intéressante.

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Andrew Mangiapane et Alexander Romanov

« Il n’y a pas de doute que ça nous facilite le travail, mais ça fonctionne seulement si tout le monde joue bien. Si des gars sont en panne, ça dilue la profondeur. En ce moment, on peut utiliser nos quatre trios, nos six défenseurs, même nos deux gardiens. En plus, on est en santé. On espère que ça va continuer. »

Ces dernières années, les succès du Tricolore reposaient de façon démesurée sur certains éléments. Ça commence évidemment par Carey Price. Jeudi, il est passé à 78 secondes de réussir un jeu blanc… d’une vingtaine d’arrêts. À l’exception du premier match à Edmonton, le numéro 31 n’a pas eu à multiplier les miracles. Le voici avec une efficacité de ,898, une statistique plutôt ordinaire… mais une fiche victoires-défaites de 3-0-2.

En défense, c’était souvent mince derrière Weber et Jeff Petry. Ben Chiarot est monté en grade l’an passé, Romanov et Joel Edmundson ont aussi de bonnes responsabilités. Même Brett Kulak s’en tire bien, malgré des minutes réduites.

Mais c’est surtout au centre que ça crève les yeux. Phillip Danault, l’homme à tout faire des dernières années, n’a plus besoin d’être surutilisé. Jeudi, il n’a joué qu’une quinzaine de minutes, comme samedi. La semaine dernière à Vancouver, il a même connu une soirée de 11 minutes. On parle ici d’un joueur que Julien employait… 19 minutes la saison dernière ! Même en désavantage numérique, une des spécialités de Danault, Julien s’en remet de plus en plus à Evans et à Suzuki.

« On a plus d’éléments qu’on peut utiliser. Ça peut dépendre de quel côté se fait la mise en jeu, a expliqué Julien. Evans est droitier, Suzuki est droitier, Phillip est gaucher. C’est une question de coaching. On y va avec la meilleure chance de gagner la mise en jeu ou avec un gars frais et dispos pour commencer une présence. »

Danault était parfois appelé à la rescousse quand l’avantage numérique tombait à plat. Pas besoin de renforts cette année : l’équipe a inscrit hier ses septième et huitième buts. Le but de Gallagher a été préparé par Kotkaniemi, un de ces jeunes centres derrière Danault.

« Il prend de la maturité. Il est devenu plus fort qu’à sa première saison, a rappelé Julien. Il est plus fort le long des rampes, il gagne ses bagarres. À ses premières saisons, il avait souvent les quatre fers en l’air. »

Suzuki continue sa progression constante ; c’est lui qui est l’avant le plus utilisé par Julien après sept matchs (17 min 36 s), soit une minute de plus que Danault. Evans, lui, a maintenant des responsabilités équivalentes à celles de Danault en désavantage numérique.

Et par une drôle d’ironie, Danault contribue à ce nouveau partage des tâches, notamment par les nombreuses séances de mises en jeu auxquelles il se prête avec ses jeunes coéquipiers à l’entraînement.

« On est trois jeunes centres et Phil nous aide au quotidien avec ses petits trucs », disait Kotkaniemi après la victoire de jeudi.

Ce nouvel équilibre des choses n’aidera peut-être pas Danault s’il veut décrocher le gros lot à Montréal. Mais ça, c’est l’affaire du joueur, de son agent et de Marc Bergevin. Julien, lui, a beau jeu de distribuer les tâches entre-temps. Les résultats sont probants jusqu’ici.

En hausse : Jesperi Kotkaniemi

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Josh Anderson et Jesperi Kotkaniemi

Deux passes, dont une qu’il a obtenue parce qu’il s’est décidé à utiliser son tir, ce que Claude Julien lui demande sans arrêt. Du succès aux mises au jeu (67 %) pour couronner le tout.

En baisse : Paul Byron

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Paul Byron

Il a accompli du bon travail en désavantage numérique, mais sa pénalité en fin de deuxième période, à 3-0 Canadien, aurait pu permettre aux Flames de revenir dans le match.

Le chiffre du match : 7

Nick Suzuki est constant. Il a un point dans chacun des sept matchs jusqu’ici.

Dans le détail

Attaquant ou frappeur de puissance ?

Décidément, Josh Anderson y prend goût. Après l’avoir fait à Vancouver, le gros attaquant s’est permis un autre but en tapant au vol une rondelle bloquée par le gardien adverse. Cette fois, Anderson a sauté sur un retour de tir de Jesperi Kotkaniemi pour inscrire son quatrième but de la saison. Ses talents sont tels qu’on se demande si ses coéquipiers ne devraient pas le surnommer Brady, en l’honneur de Brady Anderson, un honnête frappeur d’une quinzaine de circuits par année avec les Orioles, qui en avait étrangement frappé 50 en 1996. Mais bon, on s’écarte. Josh Anderson compte maintenant cinq points. Il aura donc mis sept matchs à dépasser son total de la saison dernière, enregistré en 26 rencontres. Il a visiblement trouvé son rôle aux côtés de Jonathan Drouin et Nick Suzuki, qui se trouvent avec de plus en plus de facilité sur la patinoire.

Astuce intéressante

Depuis des années, Phillip Danault et Artturi Lehkonen sont pratiquement inséparables en désavantage numérique. Jeudi, Claude Julien s’est toutefois permis une variation, envoyant plutôt Danault et un autre centre, Jake Evans, pour amorcer une infériorité numérique. C’était la fin de la deuxième période, et Julien voulait visiblement se donner toutes les chances de gagner la mise au jeu. C’est finalement Danault qui l’a prise même si elle était à droite, du côté fort d’Evans. Les Montréalais ont vite dégagé leur territoire. Avec Joel Armia blessé et Paul Byron au banc des pénalités, ce sont Nick Suzuki et Tyler Toffoli qui ont ensuite été délégués, et 20 secondes plus tard, Toffoli marquait un but qui ne passera peut-être pas aux jeux de la semaine… Lors du désavantage numérique suivant, en début de troisième période, Julien a remis Byron avec Jake Evans.

Gaudreau discret

La tenue de Johnny Gaudreau est remarquée en ce début de saison. Le dynamique attaquant débarquait à Montréal avec au moins un point dans chaque match cette saison, pour un total de sept en cinq rencontres. C’était un joli revirement de situation pour lui, après une campagne 2019-2020 inférieure à ses standards d’excellence (58 points en 70 matchs). Gaudreau a fini par obtenir un point avec 23 secondes à jouer au match, mais du reste, il a été carrément neutralisé, incapable d’utiliser sa vitesse pour créer des occasions de marquer. En fait, c’est surtout le trio d’Elias Lindholm que l’on a vu bourdonner en territoire montréalais. Quant à Gaudreau, il est intéressant de noter qu’un autre attaquant de format miniature, Kailer Yamamoto (Oilers), en avait également arraché contre les gros défenseurs du CH.

Un titre de plus pour Lapointe

Par ailleurs, le Canadien a annoncé jeudi soir que le directeur du personnel des joueurs du Canadien, Martin Lapointe, avait signé une prolongation de contrat de trois ans. Lapointe ajoute à son titre celui du recrutement amateur. Ce poste était occupé par Shane Churla, qui a quitté le Tricolore pour se joindre aux Panthers de la Floride en novembre dernier. Le partage des tâches reste toutefois comme auparavant, donc Trevor Timmins demeure le grand responsable du recrutement. Le rôle additionnel de Churla consistait donc notamment à participer au « cross over », soit cette démarche qui consiste à aller voir jouer des espoirs qui évoluent dans les territoires d’autres recruteurs régionaux, en guise de validation. Lapointe, 47 ans, travaille pour le CH depuis 2012.

Ils ont dit

Il a quand même scoré, donc c’est dur de le niaiser. Je ne sais pas combien de buts il a dans la LNH, mais ce n’était pas un de ses plus beaux. On en a ri un peu ! Ça ne passera pas au top 10 à RDS.

Jonathan Drouin, à propos du but de Tyler Toffoli

C’était drôle de lever le bâton vers les gradins quand il n’y a pas de partisans. J’aime mieux quand il y a des gens dans les gradins.

Jesperi Kotkaniemi

Vous l’avez vu à RDS, c’était vraiment serré. Ma décision de demander une révision, c’était simple : essayer de protéger le jeu blanc de Carey. On avait joué un bon match devant lui, il le méritait.

Claude Julien, à propos du premier but des Flames

Le 3e but nous a coupé les jambes… et le 4e nous en a rajouté. Et spécialement quand il n’y a pas de foule. Parfois, c’est la foule qui te donne de l’énergie, mais pas maintenant.

Geoff Ward, entraîneur-chef des Flames